Les agriculteurs français s’inquiètent de l’avenir de la PAC, dont la France est l’un des principaux bénéficiaires, après le départ du Royaume-Uni.

Emmanuel Macron face aux inquiétudes des agriculteurs français

PARIS - Le glyphosate, le Mercosur, la PAC: le président français Emmanuel Macron a répondu samedi à une foule d’interpellations, parfois agitées, lors de l’inauguration du salon de l’Agriculture, grand-messe annuelle de la profession à Paris.

Emmanuel Macron y a été accueilli par des sifflets, mais aussi des applaudissements, illustration des tensions actuelles au sein d’un monde paysan en pleine réorganisation.

Sifflé à plusieurs reprises sur son parcours par des membres du syndicat des jeunes agriculteurs, le chef de l’État a bifurqué pour aller parler «droit dans les yeux» à ses contempteurs, des céréaliers qui protestaient contre la fin du glyphosate et contre le projet d’accord de libre-échange UE/Mercosur.

«Je vous engueule parce que je n’aime pas qu’on me siffle derrière; mais après je viens vous voir et on s’explique», leur a-t-il lancé. Avant de leur assurer calmement que «personne ne sera laissé sans solution».

«J’ai cassé les parcours et les codes pour aller au-devant d’eux, et ils se sont arrêtés de siffler. On s’est expliqué, je crois qu’ils ont compris», a-t-il dit à la presse.

Cette visite intervient après des manifestations d’agriculteurs dans tout le pays contre le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay).

Les éleveurs français craignent l’importation en Europe de 70 000 tonnes de viande bovine sud-américaine par an, avec des droits de douane réduits.

Ils redoutent une concurrence déloyale de cette viande industrielle produite à très bas coûts et selon des critères sanitaires et de qualité beaucoup moins exigeants qu’en Europe.

Face à un agriculteur, déguisé en vache, qui se plaint lui de «la grande distribution» qui «se moque» des paysans, le président a répliqué: «il y aura des contrôles et des résultats concrets». «Vous verrez des sanctions fortes sur ce sujet des négociations  commerciales».

Sur l'Europe 

Puis, il a embrayé sur l’Europe avant de rencontrer le commissaire européen à l’Agriculture Phil Hogan: «pour la prochaine Politique agricole commune (PAC), je veux un mécanisme de garantie de prix minimum pour les éleveurs européens. Si on ne fait pas attention, on ne pourra plus choisir, ce sera le marché du prix qui aura décidé pour nous».

Les agriculteurs français s’inquiètent de l’avenir de la PAC, dont la France est l’un des principaux bénéficiaires, après le départ du Royaume-Uni. Vendredi à Bruxelles, les dirigeants européens ont constaté leurs divisions sur ce sujet.

La présidente du puissant syndicat agricole FNSEA, Christiane Lambert a salué samedi la «prise de position très ferme» du président français devant les autres chefs d’État européens sur le budget de la PAC.

M. Macron «a vraiment dit et affirmé que pour les priorités nouvelles, il fallait des ressources nouvelles. Il a aussi dit qu’il y avait accord du président de la Commission européenne Juncker sur cette approche-là», a-t-elle relevé.

Pour déminer le terrain devant l’angoisse du monde rural, le président avait déjà expliqué jeudi à 700 jeunes agriculteurs reçus à l’Élysée qu’il voulait réorganiser l’agriculture en «filières» pour tenter de garantir sa rentabilité, tout en la sortant de sa dépendance aux fonds publics européens.

En 2016, près de 40% des chefs d’exploitation agricole ont perçu un revenu mensuel négatif ou n’excédant pas 360 euros, selon les dernières statistiques officielles.

Macron adopte une poule

Le président français a même profité de sa longue visite au salon de l’agriculture samedi à Paris pour adopter une poule, qui devrait être chargée de lui fournir des oeufs frais à l’Elysée.

Après avoir flatté le museau de «Haute», la vache égérie du salon, soupesé une biquette grise et admiré les innombrables spécialités régionales brandies sur son passage au cours de sa première visite du salon en tant que chef de l’Etat, Emmanuel Macron s’est soudain retrouvé avec une belle poule rousse dans les bras, qu’il a acceptée en souriant.

La poule lui a été offerte devant les caméras par le directeur général des poulets de Loué dans la Sarthe (ouest), Yves de la Fouchardière. Ou comment obtenir une publicité instantanée au cours d’un exercice obligé pour tous les présidents en exercice.

«Je la prends, mais il faut qu’on trouve un système pour la protéger du chien», lui a dit Emmanuel Macron, un brin amusé, évoquant Nemo, le labrador présidentiel, adopté fin août dans un refuge de la Société protectrice des animaux (SPA).

Un récent écho de presse paru dans le journal Le Figaro avait évoqué le souhait de son épouse Brigitte Macron de réaliser un jardin potager à l’Elysée, comme l’avait fait Michelle Obama à la Maison Blanche.

Alors, pourquoi pas avec une poule dans le jardin ?

«C’est très à la mode en ville», souligne Johann Coenne, le commissaire général du salon de l’aviculture de Paris, interrogé par l’AFP. «Mais il faudrait un coq aussi pour équilibrer», a-t-il suggéré.

Le président a avoué que jusqu’à présent «c’est le ministère de l’Intérieur» qui «fournit» les oeufs à l’Elysée. «Ils ont des poules».

«On va faire un poulailler à l’Elysée !», a-t-il dit.