Le président de l’Agence mondiale antidopage, Craig Reedie, s’est dit confiant que la Russie respecte les obligations qui sont liées à sa réhabilitation.

Dopage : l'AMA lève ses sanctions contre la Russie

VICTORIA, Seychelles — L’Agence mondiale antidopage (AMA) a réadmis la Russie malgré une vague de protestations, mettant fin à une suspension de près de trois ans pour avoir mis sur pied un système de dopage étatique.

Réunie à huis clos aux Scheyelles, la commission exécutive a voté en faveur de la réadmission par neuf voix contre deux et une abstention. «Aujourd’hui, nous avons échoué à l’égard des sportifs honnêtes dans le monde», a décrié la Norvégienne Linda Helleland, vice-présidente de l’AMA, qui a voté contre la levée des sanctions contre la Russie. 

«L’AMA a essentiellement dit aux athlètes du monde qu’elle se fiche de leur droit de concourir à chances égales», a réagi le Centre canadien pour l’éthique dans le sport.

L’AMA a décidé de réadmettre la Russie après avoir fait marche arrière sur deux conditions clés qu’elle avait elle-même exigées : que la Russie accepte le rapport ayant conclu à l’implication du gouvernement dans ce système de dopage et de camouflage de cas positifs; et que la Russie donne accès aux preuves qui lui ont servi pour discréditer le laboratoire de Moscou.

En annonçant que l’Agence russe antidopage (RUSADA) était maintenant conforme, l’AMA a indiqué qu’elle serait soumise «à de strictes conditions». Il y a maintenant «un échéancier clair» pour que la Russie donne accès aux échantillons entreposés dans son laboratoire de Moscou à l’AMA, a déclaré son président, Craig Reedie. Mais aucune date n’a été annoncée. Aucune mention d’une admission de conspiration de l’État afin d’aider des athlètes russes de la part de la Russie dans ce dossier n’a par ailleurs été évoquée.

«Sans cette approche pragmatique, nous resterions dans l’impasse et les données du laboratoire resteraient hors de notre portée indéfiniment, privant nos enquêteurs d’informations potentiellement cruciales», a souligné Reedie. «Nous allons de l’avant. J’espère sincèrement et je m’attends à ce que les autorités russes respectent leurs obligations.»

Pour apaiser Moscou?

Cette décision a été interprétée par certains comme étant une façon pour l’AMA, ainsi que pour le Comité international olympique, d’apaiser une superpuissance du monde du sport qui refuse d’admettre ses torts. La commission qui a voté en faveur de la réadmission de la Russie est composée de six personnes provenant du mouvement olympique et de six autres des autorités gouvernementales.

«Je ne pense pas que l’AMA puisse être accusée d’avoir cédé, même si le comité exécutif est composé de la famille olympique», a estimé Christiane Ayotte, directrice du laboratoire antidopage du Centre INRS de l’Institut Armand-Frappier. «Il n’y a eu que deux votes contre : il y a donc des gouvernements qui étaient en faveur. L’AMA est faite ainsi : il n’y a pas eu de pression, mais le grand cirque du sport était à l’œuvre.

«Encore une fois, l’AMA suit les règles et les recommandations des comités, mais je pense qu’elle oublie l’émotivité, les sentiments qui font partie de ce dossier, et la façon dont plusieurs athlètes peuvent se sentir floués par le retour des Russes», a ajouté Mme Ayotte.

L’enjeu est crucial pour Moscou. Au-delà de l’image de la Russie dans le sport, la levée des sanctions peut favoriser sa réintégration au sein de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), qui l’a bannie de compétitions depuis novembre 2015. Prudente, l’IAAF a prévenu jeudi soir qu’elle suivait son propre processus et que sa prochaine réunion sur le sujet aurait lieu début décembre.  Avec La Presse canadienne

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LE LANCEUR D'ALERTE, UN «MÉCRÉANT»

C’est Grigory Rodchenkov, ex-directeur du laboratoire de Moscou, qui a été le lanceur d’alerte à la source de la divulgation du scandale de dopage russe. Loin de l’en remercier, Christiane Ayotte estime qu’il est à la source du problème et elle n’a pas mâché ses mots à son endroit. «C’est un mécréant. Il l’a toujours été et l’est encore! Et je me retiens. Rodchenkov a contribué au problème», a indiqué la directrice du laboratoire antidopage du Centre INRS de l’Institut Armand-Frappier, à Montréal.

«C’est l’AMA qui l’a forcé à fuir, l’a obligé à démissionner et qui le poursuit depuis des années afin de mettre fin à son petit jeu lucratif, qui lui a mis beaucoup d’argent dans les poches, en passant. Alors on peut comprendre qu’il ait un os contre l’AMA. Mais moi, je ne veux plus entendre parler de lui. On n’est quand même pas pour écouter un tricheur pareil, d’une intelligence limite, venir nous dire ce qu’il faudrait qui soit fait ou non. Les Russes sont des tricheurs. Il était un tricheur. Tant pis pour lui, qu’il disparaisse!»  La Presse canadienne

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CE QU'ILS ONT DIT...

«Jamais, jamais, avec tout ce que les Russes ont fait — incluant le labo russe — je ne pourrai avoir confiance qu’ils vont complètement avoir changé leurs façons de tricher. [...] Je vais personnellement m’assurer, dans les limites de mes capacités d’agir, que personne ne les aide à redevenir les tricheurs qu’ils étaient» – Christiane Ayotte. La directrice du laboratoire antidopage du Centre INRS de l’Institut Armand-Frappier, à Montréal

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«Les criminels ont pris le contrôle du tribunal» – Jean-Luc Brassard, dans une entrevue accordée à Radio-Canada

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«L’AMA a envoyé un message clair au monde : nous faisons passer les désirs d’une petite poignée de dirigeants sportifs avant les droits de millions d’athlètes propres et avant les rêves de milliards d’amateurs de sport» – Travis Tygart, grand patron de l’agence américaine antidopage