Miguel Diaz-Canel (à droite) a passé trois décennies à gravir discrètement les échelons du pouvoir cubain, jusqu'à être pressenti pour devenir président le mois prochain après 60 ans de pouvoir des frères Castro.

Diaz-Canel, le visage de Cuba post-Castro

LA HAVANE — Au lendemain d'élections générales ouvrant la voie au départ du président cubain Raul Castro, tous les regards se tournent vers son successeur présumé Miguel Diaz-Canel, apparatchik modèle de 57 ans sur lequel devrait reposer la continuité du régime.

Né après la révolution, ce dirigeant aux cheveux poivre et sel et au regard perçant a passé trois décennies à gravir discrètement les échelons du pouvoir cubain, jusqu'à être pressenti pour devenir président le mois prochain après 60 ans de pouvoir des frères Castro.

Si sa désignation est confirmée d'ici le 16 avril prochain, M. Diaz-Canel aura la lourde tache de fédérer autour de sa personne, consolider les acquis de la révolution et poursuivre la transition économique esquissée par Raul Castro.

«Ni un parvenu ni un intrus»

Depuis qu'il a été désigné numéro deux du régime en 2013, cet homme qu'on dit abordable, quoique peu souriant et au talent d'orateur relatif, prend de plus en plus de place dans les médias d'État et représente fréquemment Raul Castro lors de missions à Cuba et à l'étranger.

«Ce n'est ni un parvenu ni un intrus», dit de lui le président sortant, vantant ses trois décennies de loyaux services et sa «solide fermeté idéologique».

Dans les arcanes du pouvoir cubain, sa qualité de «civil» et son goût pour les jeans détonnent. Il a su se donner une image moderne en se faisant l'avocat d'une ouverture accrue de l'île à internet et d'une presse plus critique.

Mais dans le même temps, il s'est appliqué à éviter toute polémique, ne donnant pas d'interviews et ne s'exprimant que lors d'activités publiques ou dans l'anonymat de réunions à huis clos.

Ses partisans assurent qu'il «sait écouter» et insistent sur sa simplicité, mais ce fan déclaré des Beatles sait aussi se montrer inflexible, comme l'a illustré l'année dernière une vidéo fuitée sur internet par la dissidence.

Dans ce document, il prône devant des cadres du parti l'intransigeance contre les portails internet d'information indépendants, une poignée d'ambassades et bien sûr l'opposition, illégale à Cuba.

Parcours exemplaire

Professeur d'université au début de sa carrière, cet ingénieur en électronique originaire de la province de Villa Clara (centre) est rapidement devenu un cadre du tout-puissant Parti communiste cubain (PCC).

En 1994, il est nommé premier secrétaire du PCC dans sa province, alors frappée comme le reste du pays par la crise causée par la coupure des subsides vitaux de Moscou. À l'époque, il n'est pas rare de le voir circuler à bicyclette parmi les habitants séduits par cette simplicité peu commune chez les hauts cadres du régime.

En 2003, alors en poste dans la province stratégique de Holguin (est), riche en matières premières, il fait son entrée parmi les quinze membres du bureau politique du parti, fonctions indispensables à tout aspirant au pouvoir.

En mai 2009, Raul Castro, qui a hérité trois ans plus tôt du pouvoir de son frère Fidel malade, le convoque à La Havane pour lui confier le ministère de l'Éducation supérieure, puis en mars 2012 il accède à l'une des huit vice-présidences du Conseil des ministres.

Ne manquait alors que sa présence au sein du Conseil d'État, où il entre spectaculairement en 2013, accédant directement au poste de premier vice-président, soit numéro deux de facto du régime.

Une aura à forger

S'il assume comme attendu la présidence du Conseil d'État le 16 avril prochain, il deviendra de fait chef des armées, et devra composer avec la vieille garde des généraux «historiques», dont plusieurs occupent de hautes fonctions au sein du PCC et du gouvernement.

Une tâche qui s'annonce ardue pour un homme dont l'expérience militaire se résume à un service de trois ans dans une unité de missiles antiaériens entre 1982 et 1985.

«Il existe à Cuba une tradition d'hommes forts à la tête de l'État», souligne l'expert cubain Arturo Lopez-Levy, professeur à l'Université du Texas Rio Grande Valley.

Or «le profil de Miguel Diaz-Canel apparaît comme plus faible (...) Il n'a pas de pouvoir au-delà de celui qui lui a été donné», ajoute l'universitaire, soulignant en outre que le dirigeant est toujours resté silencieux sur les thèmes «décisifs pour le pays» tels que l'économie ou la diplomatie.

Pour le guider, Raul Castro s'est chargé de lui dessiner une feuille de route à laquelle il devra se conformer. Ces «lignes directrices» votées par le parti et le Parlement dessinent les orientations politiques et économiques à mener d'ici 2030, avec pour objectifs la consolidation du régime et la poursuite de «l'actualisation» d'un modèle économique obsolète.