Les Européens redoutaient dimanche de voir les négociations à Bruxelles, sur un plan de relance post-coronavirus massif, s’achever sur un échec.
Les Européens redoutaient dimanche de voir les négociations à Bruxelles, sur un plan de relance post-coronavirus massif, s’achever sur un échec.

COVID-19: toujours aucun compromis sur le plan de relance de l’Union européenne

BRUXELLES — D’intenses tractations étaient toujours en cours dans la nuit de dimanche à lundi entre Européens pour tenter de parvenir à un compromis sur un plan de relance post-coronavirus jugé crucial à l’heure où le cap des 600 000 morts a été franchi dans le monde.

Face à une progression continue du virus et à la crainte d’une deuxième vague, de nombreux pays ont décidé de renforcer les mesures sanitaires, à l’image de la France où, dès lundi, le port du masque sera obligatoire dans les lieux publics clos, sous peine d’une amende de 135 euros.

À Hong Kong, où la cheffe de l’exécutif Carrie Lam a fait état dimanche d’une situation «critique» avec un record de plus de 100 contaminations en 24 heures, de nouvelles mesures ont été annoncées, dont celle de rendre obligatoire le port du masque dans les espaces publics clos ou encore l’obligation de travailler depuis la maison pour le personnel non essentiel de la fonction publique.

En Europe, au-delà des réponses sanitaires prises à l’échelle nationale, tous les yeux étaient tournés dimanche soir vers Bruxelles où les 27 tentent depuis trois jours de parvenir à un compromis sur un plan de relance de 750 milliards d’euros.

Du montant global du plan à l’équilibre entre prêts et dons, en passant par le contrôle des fonds versés ou un mécanisme liant les subventions au respect de l’État de droit dans les pays bénéficiaires, les points de dissension persistent.

Et malgré les efforts répétés du président français Emmanuel Macron et de la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays assure la présidence tournante de l’Union, aucune fumée blanche ne s’est échappée à ce stade du dîner entre les dirigeants européens.

Les deux camps restent sur leurs positions: d’un côté, les Pays-Bas et leurs alliés dits «frugaux» (Danemark, Suède et Autriche, ainsi que la Finlande), qui préfèrent les prêts aux subventions et qui prônent une diminution du volume global du plan, de l’autre le reste du bloc avec Paris et Berlin en tête qui refusent d’obtenir un compromis «au prix de l’ambition européenne».

Le dernier projet prévoit toujours un plan de 750 milliards d’euros, mais désormais composé de 300 milliards de prêts et 450 milliards de subventions — qui n’auront pas à être remboursés par les bénéficiaires — contre 250 milliards de prêts et 500 milliards de subventions initialement.

100 000 morts en 21 jours

La COVID-19, qui a contaminé plus de 14 millions de personnes et fait au moins 601 822 morts depuis fin décembre, selon un bilan établi dimanche par l’AFP, continue de se propager ou reprend dans de très nombreux pays.

Le nombre de décès a doublé en un peu plus de deux mois et plus de 100 000 morts ont été enregistrés en 21 jours, depuis le 28 juin.

«Nous avons été mis à genoux par un virus microscopique. La pandémie a démontré la fragilité de notre monde», a lancé samedi le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

Partout, la crise sanitaire se double d’une crise économique et sociale, comme à Los Angeles où des «frigos communautaires» ont fait leur apparition dans les rues, offrant de la nourriture gratuite à ceux qui en auraient besoin.

«Si vous avez besoin de vider le frigo, personne ne va vous juger. Si vous avez besoin d’une tomate ou si vous n’y mettez qu’une tomate, vous pouvez», dit à l’AFP Marina Vergara, bénévole et organisatrice de L.A. Community Fridges, qui a déjà installé sept appareils dans la ville et veut en mettre davantage.

Les États-Unis restent le pays le plus touché tant en nombre de morts que de contaminations confirmées (140.120 décès pour 3,7 millions de cas), et connaissent depuis plusieurs semaines une flambée des infections dans le Sud et l’Ouest.

Viennent ensuite le Brésil (78 772 morts), le Royaume-Uni (45 273), le Mexique (38 888) et l’Italie (35 042).

Mesure de «dissuasion nucléaire» 

En Espagne, face à un quasi triplement du nombre de cas en une semaine, quatre millions d’habitants de Barcelone, la deuxième ville du pays, sont appelés depuis samedi à «rester chez eux», les autorités tentant ainsi d’éviter un nouveau confinement obligatoire.

En Grande-Bretagne, le premier ministre Boris Johnson a prévenu qu’il n’utiliserait qu’en dernier ressort la carte du reconfinement et comparé une telle solution à une mesure de «dissuasion nucléaire», dans une interview dimanche au Daily Telegraph.

Il espère un retour à la normale «pour Noël» malgré de vives craintes sur une deuxième vague. Un risque que le conseiller scientifique de son gouvernement, Patrick Vallance, a jugé «élevé».

Le virus continue aussi ses ravages en Amérique centrale, où les hôpitaux sont au bord de l’effondrement et les protestations de soignants se multiplient : «Je suis médecin, pas martyr» proclament, devant le plus grand hôpital de Panama, des pancartes brandies par des médecins épuisés.

Sur une note plus optimiste, à Tokyo les admirateurs de sumo ont pu assister dimanche, pour la première fois depuis janvier, à une compétition de ce sport traditionnel, ce en dépit des signes d’une résurgence de l’épidémie.

«Et bien, ça fait peur», confie Katsuhiko Ochiai, 59 ans, venu de la région voisine de Chiba pour assister à la première journée de compétition. «Mais j’adore le sumo, alors je ne veux pas rater ça.»