L'ex-président Lula (2003-2010) a été condamné en première instance à neuf ans et six mois de prison pour corruption et blanchiment en juillet 2017, une peine alourdie à 12 ans et un mois en appel en janvier.

Brésil: Lula reste en prison

BRASILIA — L'ex-président Lula a entrevu l'espoir de sortir de prison durant quelques heures mercredi, mais le président de la Cour suprême a fait déchanter les partisans de l'icône de la gauche en suspendant la décision d'un confrère.

En début d'après-midi, la décision du juge de la Cour suprême Marco Aurélio de Mello avait fait l'effet d'une bombe : tous les condamnés en appel ayant introduit des recours vers des instances supérieures pourraient être libérés, y compris Luiz Inacio Lula da Silva.

De quoi déclencher un vif tollé, à 13 jours seulement de l'investiture du président élu d'extrême droite Jair Bolsonaro, qui avait manifesté durant la campagne son désir de voir Lula «pourrir en prison».

Le juge Mello avait décidé «la suspension de l'exécution des peines» de condamnés «dont tous les recours ne sont pas encore épuisés».

Quelques minutes plus tard, les avocats de Lula s'étaient empressés de déposer une requête pour que l'ex-président (2003-2010) soit libéré immédiatement.

Mais la procureure générale Raquel Dodge a présenté un recours contre la décision du juge Mello, qui a finalement été suspendue par le président de la Cour suprême, José Antonio Dias Toffoli, mettant fin à environ cinq heures de flou juridique.

«Consécration de l'impunité»

Deltan Dallagnol, procureur responsable de l'opération anticorruption Lavage-express, était auparavant monté au créneau, considérant la décision de Marco Aurelio Mello «erronée» et «aux effets catastrophiques», symbolisant «la consécration de l'impunité».

Il s'est également élevé contre l'instabilité juridique que suscitent ce genre de décisions intempestives.

D'après l'agence de presse d'État Agencia Brasil, 169 000 détenus auraient pu être libérés.

Déclenchée en 2014 au Brésil, l'opération Lavage Express a dévoilé un énorme réseau de corruption monté par les groupes brésiliens du bâtiment.

L'ex-président Lula (2003-2010) a été condamné en première instance à neuf ans et six mois de prison pour corruption et blanchiment en juillet 2017, une peine alourdie à 12 ans et un mois en appel en janvier.

Il a ensuite été incarcéré en avril, la Cour suprême ayant décidé par un vote très serré (six contre cinq) que la peine devait être appliquée dès la condamnation en deuxième instance, même si d'autres recours restaient en suspens.

Marco Aurelio Mello était un des juges qui avaient voté contre l'emprisonnement de Lula, tout comme Dias Toffoli, qui à l'époque n'était pas président de la plus haute juridiction du Brésil.

En 2016, les 11 juges de la Cour suprême avaient rendu un jugement qui fait depuis jurisprudence : la peine doit être purgée dès le rejet d'un premier appel.

Mardi, M. Dias Toffoli a décidé que le sujet serait débattu à nouveau en séance plénière le 10 avril prochain.

«Marginaux rouges»

Le 8 juillet dernier, Lula s'est aussi vu proche de la sortie de prison quand un juge d'une cour d'appel avait décidé de le libérer en plein dimanche, alors qu'il était d'astreinte, mais sa décision avait également été annulée par la suite.

Accusé d'avoir reçu un appartement en bord de mer de la part d'un groupe de BTP en échange de faveurs dans l'obtention de marchés publics, l'ex-président a toujours clamé son innocence.

Mis en cause dans d'autres dossiers, il pourrait être condamné prochainement pour avoir bénéficié, selon le parquet, de travaux financés par des groupes du BTP entre 2010 et 2014 dans une ferme à Atibaia, dans l'État de Sao Paulo.

L'icône de la gauche, qui a quitté le pouvoir avec une cote de popularité record en 2010, se dit victime d'un complot ayant visé à l'empêcher de briguer un troisième mandat à la présidentielle d'octobre dernier, dont il était considéré comme le favori.

Le scrutin a finalement été remporté par Jair Bolsonaro, qui prendra ses fonctions le 1er janvier.

Il a battu au second tour Fernando Haddad, désigné par le PT pour remplacer Lula après que ce dernier eut été déclaré inéligible.

Durant l'entre-deux tours, M. Bolsonaro avait promis lors d'un discours enflammé de «nettoyer» le pays des «marginaux rouges» et assuré que Lula allait «pourrir en prison».

Une fois élu, il a décidé de nommer ministre de la Justice Sergio Moro, juge anticorruption emblématique dont le principal fait d'armes est justement d'avoir condamné l'ex-président de gauche en première instance.

M. Bolsonaro, qui tenait mercredi la première réunion de son futur gouvernement, s'est réjoui de la décision de suspension prise par le président de la Cour suprême dans une affaire qui «pourrait compromettre la tranquillité de la société brésilienne».

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TEMER ACCUSÉ DE CORRUPTION ET DE BLANCHIMENT D'ARGENT

SAO PAULO — La procureure générale du Brésil, Raquel Dodge, a accusé mercredi le président Michel Temer de corruption et de blanchiment d’argent dans une affaire de détournements dans le secteur portuaire, indique un communiqué du ministère public.

Ces accusations sont le résultat d’une enquête concernant des irrégularités dans un décret de mai 2017, date à laquelle M. Temer était déjà président, et qui ont profité à plusieurs entreprises du secteur portuaire, a précisé la procureure.

M. Temer prouvera devant les tribunaux qu’il «n’y a pas eu d’irrégularités dans le décret sur les ports, ni de bénéfices illégaux d’aucune entreprise», a réagi le Palais présidentiel de Planalto dans un communiqué.

Selon la procureure, M. Temer aurait reçu, par l’intermédiaire de quatre entreprises, des paiements indus du groupe Rodrimar, principal bénéficiaire du décret. Le responsable du groupe, Antonio Celso Grecco, a également été mis en cause, ainsi que l’ex-conseiller du président, Rodrigo Roucha Lores.

Au total, six personnes sont visées par cette enquête.

D’après la procureure, quelque 32 millions de réals (8,2 millions de dollars) auraient ainsi été détournés. Cette dernière a demandé que cette somme soit restituée par les accusés.

L’affaire avait été ouverte en septembre 2017.

C’est la troisième enquête judiciaire dans laquelle est accusé Michel Temer depuis qu’il est arrivé au pouvoir en août 2016, succédant à Dilma Rousseff, dont il était auparavant le vice-président, après la destitution de Mme Rousseff par le Congrès pour manipulation des comptes publics.

Les deux premières accusations contre M. Temer avaient été rejetées par un vote du Congrès. Son mandat prenant fin le 1er janvier, date à laquelle lui succédera le président élu d’extrême droite Jair Bolsonaro, le pouvoir législatif n’aura cette fois pas le temps d’étudier cette nouvelle accusation, comme le stipule la cadre juridique brésilien.

Raquel Dodge a demandé, d’après le communiqué du ministère public, que l’affaire soit examinée par la justice fédérale de Brasilia à partir du 1er janvier.

D’après l’enquête, la participation de Michel Temer à des activités illégales du secteur portuaire a commencé en 1998, alors qu’il était député fédéral.

Le communiqué rappelle que M. Temer ne peut être poursuivi que pour des faits exécutés durant l’exercice de son mandat et, par conséquent, aucune autre accusation concernant des irrégularités pour des faits antérieurs n’a été retenue.