Un enfant de six mois atteint de la rougeole est soigné dans une clinique de Larintsena, à Madagascar, le 21 mars dernier.

Bond de 300 % des cas de rougeole dans le monde, rapporte l’OMS

GENÈVE — Les cas de rougeole dans le monde ont été multipliés par quatre au premier trimestre 2019 par rapport à la même période de l’an dernier, a alerté lundi l’OMS, l’Afrique et l’Europe étant les régions les plus touchées.

Jusqu’en 2016, la maladie était pourtant en diminution.

Mais la rougeole resurgit un peu partout dans le monde, à cause d’une défiance envers les vaccins dans les pays riches et d’un mauvais accès aux soins dans les pays pauvres.

«Les données préliminaires mondiales montrent que les cas déclarés ont augmenté de 300 % au cours des trois premiers mois de 2019, par rapport à la même période en 2018. Cette augmentation fait suite à des augmentations consécutives au cours des deux dernières années», a indiqué l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un communiqué.

«Bien que ces données soient provisoires [...], elles indiquent une tendance claire. De nombreux pays sont en proie à d’importantes flambées de rougeole, et toutes les régions du monde connaissent une augmentation soutenue du nombre de cas», a ajouté l’agence spécialisée de l’ONU.

L’OMS estime que moins d’un cas sur 10 est signalé dans le monde, ce qui signifie que l’ampleur de l’épidémie est bien plus importante que les statistiques officielles.

«À ce jour, en 2019, 170 pays ont signalé 112 163 cas de rougeole à l’OMS. L’an dernier à la même date, 28 124 cas de rougeole avaient été recensés dans 163 pays», soit une multiplication par quatre du nombre de cas à l’échelle mondiale, a détaillé l’OMS.

L’Afrique est la région la plus touchée par la flambée de cas, avec une hausse de 700 % au cours des trois premiers mois de l’année (en comparaison annuelle), suivie par l’Europe (+ 300 %), la Méditerranée orientale (+ 100 %), les Amériques (+ 60 %) et la région de l’Asie du Sud-Est/Pacifique occidental (+ 40 %).

La rougeole est l’une des maladies les plus contagieuses au monde pour laquelle il n’existe pas de traitement curatif, mais elle peut être prévenue par deux doses d’un vaccin «sûr et efficace», insiste l’OMS.

Des flambées de rougeole sévissent en République démocratique du Congo, en Éthiopie, en Géorgie, au Kazakhstan, au Kirghizistan, à Madagascar, en Birmanie, aux Philippines, au Soudan, en Thaïlande et en Ukraine, «causant de nombreux décès, principalement parmi les jeunes enfants», a averti l’OMS.

«Au cours des derniers mois, le nombre de cas a également atteint des sommets dans des pays où la couverture vaccinale globale est élevée, notamment aux États-Unis, en Israël, en Thaïlande et en Tunisie, car la maladie s’est propagée parmi des groupes de personnes non vaccinées», a-t-elle expliqué.

«Antivax»

Dans les pays occidentaux, les «antivax» s’appuient sur une publication de 1998 liant le vaccin contre la rougeole et l’autisme. Pourtant, l’OMS a balayé à plusieurs reprises ces critiques et il a été établi que l’auteur de la publication, le Britannique Andrew Wakefield, avait falsifié ses résultats, et plusieurs études ont montré depuis que le vaccin n’augmentait pas le risque d’autisme.

La défiance peut aussi avoir des motifs religieux.

Frappé par une épidémie de rougeole, un comté au nord de New York et la mairie de la ville américaine ont déclaré l’état d’urgence sanitaire et pris des mesures extrêmes, au grand dam des antivaccins. Les quartiers les plus touchés sont ceux à forte population ultraorthodoxe juive.

Avant que la vaccination ne soit introduite en 1963 et généralisée, le monde enregistrait tous les deux ou trois ans d’importantes épidémies de rougeole qui pouvaient causer environ 2,6 millions de décès par an, selon l’OMS.

En 2017, 110 000 décès imputables à la rougeole ont été enregistrés dans le monde, selon l’organisation.

Les autorités sanitaires mondiales insistent sur l’importance du vaccin, au niveau individuel, mais aussi collectif : une couverture vaccinale élevée (95 % de la population) protège les personnes qui ne peuvent elles-mêmes être vaccinées, notamment car leur système immunitaire est affaibli.

Or, ce taux de couverture globale (pour la première dose de vaccin) stagne depuis plusieurs années à 85 % selon l’OMS. Pour la deuxième dose, ce taux atteint 67 %.