L’auteur du livre «Peur: Trump à la Maison-Blanche», sorti l’an dernier, était à Montréal, jeudi, un peu moins d’une semaine après le dépôt du rapport d’enquête du procureur spécial Robert Mueller.

Bob Woodward estime qu’un chapitre est clos avec le rapport Mueller

MONTRÉAL — Bob Woodward affirme ne pas avoir été surpris par l’issue de l’enquête Mueller, le célèbre journaliste américain du «Watergate» ajoutant que les conclusions auraient pu être différentes s’il y avait eu des enregistrements de conversations avec le président Donald Trump.

L’auteur du livre «Peur: Trump à la Maison-Blanche», sorti l’an dernier, était à Montréal, jeudi, un peu moins d’une semaine après le dépôt du rapport d’enquête du procureur spécial Robert Mueller.

Dans une table ronde avec quelques journalistes avant la tenue d’une conférence, M. Woodward a fait valoir que tout reposait sur la «qualité de la preuve». Il a laissé tomber qu’il avait lui-même parlé à des gens n’ayant pas témoigné dans le cadre de l’enquête Mueller, tout en reconnaissant que le procureur spécial s’était entretenu avec plusieurs centaines de personnes.

M. Woodward estime qu’un chapitre est clos, et que les conclusions du rapport Mueller sont «significatives» et ne laissent plus de place pratiquement à un procès contre Donald Trump relativement à une collusion présumée avec la Russie.

Selon lui, le résumé qu’en a fait le ministre de la Justice, Bill Barr, est «exact».

«Vous recevez un rapport du FBI ou du grand jury qui conclut que la personne sur laquelle ils enquêtaient n’a pas commis de crime, c’est la fin», a fait valoir M. Woodward.

Bien sûr, Donald Trump n’est pas «innocenté» pour autant, et il y a encore «bien d’autres éléments» à fouiller dans d’autres enquêtes ou par les médias.

Et il estime qu’un juge aurait le pouvoir d’ordonner le dévoilement de l’entièreté du rapport.

La table ronde a surtout tourné autour de la pratique du journalisme, l’auteur exhortant les professionnels du métier à encore «aller sur le terrain» à l’ère de l’Internet.

Avec son discours bien aiguisé, M. Woodward appelle à «se présenter et à se la fermer», disant aussi que les silences portent souvent leurs fruits.

«Les gens aiment sortir la vérité si on leur en donne l’occasion», a fait valoir le vétéran journaliste et auteur.

Bob Woodward, rédacteur en chef adjoint au «Washington Post» où il travaille depuis 1971, a réussi à faire parler de multiples sources clés au fil de sa carrière. Y a-t-il une recette?

«La première fois au téléphone, commencez à pleurer», blague M. Woodward.

Plus sérieusement, il recommande au journaliste - ou à l’auteur d’ouvrages politiques -, de dire simplement à une source: «J’ai besoin de votre aide.»

«C’est la vérité. Ça établit la relation, c’est fantastique», dit-il, tout en ajoutant l’importance d’être bien préparé et de ne pas simplement «supplier».

Si vous rappelez à sa mémoire des propos passés, et que sa réponse est que «seule ma mère a lu ça», il risque de vous prendre au sérieux, a-t-il fait valoir.

Quand un journaliste souligne le grand nombre de relationnistes par rapport au nombre de reporters, M. Woodward a cette réponse: «Vous êtes chanceux. Ils sont tous des sources potentielles. Allez frapper à leur porte.»

En promotion au Québec pour la traduction en français de son livre sur la présidence Trump, M. Woodward figurera parmi les invités de l’émission «Tout le monde en parle» cette semaine.

M. Woodward a partagé deux Prix Pulitzer et a écrit ou coécrit 19 ouvrages. De Richard Nixon à Trump, neuf de ses livres portent sur des présidents des États-Unis. «Peur: Trump à la Maison-Blanche» s’est vendu à plus de 1,2 million d’exemplaires en une semaine aux États-Unis.