Bertrand Cantat en concert à La Rochelle en mars dernier.

Bertrand Cantat sort de sa réserve devant son public parisien

PARIS — Après un début de tournée chahutée, le chanteur de rock français Bertrand Cantat, condamné pour la mort en 2003 de sa compagne l’actrice Marie Trintignant, est sorti de sa réserve jeudi lors de son unique date parisienne, marquée par la présence d’une poignée de manifestants.

L’ex-leader de Noir Désir, dont la présence sur scène indigne les défenseurs des droits des femmes s’en est pris à la presse au début du concert, après avoir entonné les titres Amie nuit et Amor fati tirés de son premier album solo.

«Merci à vous d’être là malgré tout», a-t-il déclaré devant une salle à moitié remplie, avant de s’en prendre à «ceux qui ne sont pas là pour des bonnes raisons» et aux journalistes. «Vous avez quelque chose contre moi. Si certains sont en train de jubiler, il y a aucune limite à quel point je vous emmerde...» a lancé le chanteur de 54 ans.

«Cantat a-t-il le droit de chanter?», s’interrogeait l’hebdomadaire L’Obs en une ce jeudi, relayant une question qui poursuit le chanteur depuis presque 15 ans.

«Il a le droit d’être là, et nous aussi on a le droit!», a estimé Gaelle, 40 ans, une fan de longue date.

«Je pars du principe que le droit à l’oubli c’est important. C’est son métier de chanter, c’est ça qu’on oublie», renchérit Camille, 28 ans. Et le voir en concert «n’empêche pas d’être féministe», souligne la jeune fan.

À l’inverse, des militants de l’association Osez le féminisme se sont mobilisés avant le concert pour marquer leur indignation.

«On ne peut pas dissocier l’homme de l’artiste», a estimé Marion Georgel, une porte-parole de l’association.

«Pas d’honneur pour les tueurs», «la musique adoucit les meurtres» ou «Marie Trintignant ne sera plus jamais applaudie», pouvait-on lire sur les banderoles de la quinzaine de manifestants installés à la sortie du métro. Certains brandissaient des photos de l’actrice, morte sous les coups de son compagnon.

Un appel au rassemblement avait conduit la salle parisienne de l’Olympia à annuler les deux concerts de Cantat prévus le 29 et 30 mai, par crainte de «risques sérieux de troubles à l’ordre public».

Près de 15 ans après la mort de Marie Trintignant à Vilnius, Cantat, qui avait rempli les salles en 2014 avec son groupe Détroit, a vu la pression s’intensifier autour de sa tournée, la première en son nom propre.

Pas de festivals d’été

Les premiers concerts ont déchaîné les passions, avec manifestations devant les salles et invectives. À Grenoble mi-mars, il avait été accueilli aux cris d’«assassin!». Face à cette mobilisation, Bertrand Cantat a renoncé aux festivals d’été.

«Je n’ai aucune raison juridique d’empêcher Bertrand Cantat de chanter», a estimé Daniel Colling, le patron de la salle du Zénith.

«C’est un monsieur qui a fait un acte condamnable, qui a été condamné, qui a fait de la prison», ajoute-t-il.

Concerts jusqu’en décembre

Bertrand Cantat a été condamné à huit ans de prison en Lituanie. Transféré en France, il a été libéré en 2007 après avoir purgé plus de la moitié de sa peine.

Icône rock française, le chanteur de Bordeaux a progressivement repris son activité publique à partir de 2010, avec un album et une tournée avec Détroit suivi de la sortie, en décembre, de son premier album solo Amor Fati.

La promotion du disque s’est faite sur fond de polémique à la suite d’une couverture des Inrocks consacrée au chanteur en octobre, en pleine tempête Weinstein.

Une «une» dont Cantat s’est excusé dans une lettre publiée sur Facebook. Dans ce texte, il évoquait aussi son «droit à exercer [son] métier», tout en «renouvelant» sa «compassion» à la famille et aux proches de Marie Trintignant.

La justice a confirmé cette semaine effectuer de nouvelles vérifications sur un autre dossier, le suicide de son ex-femme Krisztina Rady en 2010, tout en précisant que cela ne devrait pas «remettre en question» les premières conclusions qui avaient mis hors de cause le chanteur.