Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président américain Donald Trump lors d’une rencontre à la Maison-Blanche le 20 mars dernier.

Affaire Khashoggi: Trump accuse les Saoudiens de «mentir»

WASHINGTON — Le président américain Donald Trump, qui faisait face dimanche à une pression croissante aux États-Unis pour qu’il agisse contre l’Arabie Saoudite, a durci le ton envers Ryad, évoquant des «mensonges» dans les explications sur la mort du journaliste Jamal Khashoggi.

«Il y a manifestement eu tromperie et mensonges», a-t-il déclaré dans un entretien publié tard samedi soir par le Washington Post, journal auquel collaborait M. Khashoggi, exilé aux États-Unis depuis 2017 après être tombé en disgrâce auprès du pouvoir saoudien.

«Leurs histoires partent dans tous les sens», a ajouté le locataire de la Maison-Blanche, qui avait jugé «crédible» la veille la version de Ryad selon laquelle le journaliste aurait été tué au cours d’une rixe au consulat saoudien à Istanbul.

Jamal Khashoggi s’était rendu le 2 octobre pour des démarches administratives à la représentation diplomatique saoudienne, dont il n’est jamais ressorti, contrairement à ce qu’avait initialement affirmé Ryad.

Donald Trump a cependant tenu à ménager le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, «une personne forte», qui «aime vraiment son pays», selon lui.

«Personne ne m’a dit qu’il était responsable. Personne ne m’a dit qu’il n’était pas responsable. Nous ne sommes pas arrivés à ce point», a dit le président américain, évoquant la «possibilité» que MBS n’ait eu qu’a posteriori connaissance des événements.

«J’aimerais qu’il (MBS) ne soit pas responsable. Je pense que c’est un allié très important pour nous. Notamment avec l’Iran qui mène tellement d’activités néfastes à travers le monde, c’est un bon contrepoids», a-t-il encore confié au Washington Post, mentionnant à plusieurs reprises au cours de l’entretien l’importance des liens économiques entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a estimé dimanche, dans un entretien à Fox News, que la «relation stratégique» entre Washington et Ryad «surmontera» l’affaire Khashoggi et ses répercussions diplomatiques.

«Pas crédible du tout»

Le changement de ton de Donald Trump intervient alors que la pression se fait plus forte autour de lui, au sein même de son propre camp, afin qu’il prenne des sanctions à l’encontre de l’Arabie Saoudite.

Bob Corker, président républicain de la puissante commission des Affaires étrangères du Sénat américain, a confié dimanche matin sur CNN avoir le «sentiment» que MBS était «derrière» la mort de Jamal Khashoggi.

«S’il a tué ce journaliste, la ligne rouge aura été franchie et il faudra qu’il en paie le prix et soit puni», a lancé le sénateur, appelant à une réponse «collective» et «appropriée» des «États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne».

Lindsey Graham, sénateur républicain proche de M. Trump, a par ailleurs estimé sur Fox News que la version avancée par l’Arabie saoudite n’était «pas crédible du tout».

«Il est ridicule de croire que 18 personnes se rendraient en Turquie pour tuer M. Khashoggi et que personne au gouvernement n’en sache rien», a-t-il dénoncé, ciblant directement le prince héritier saoudien.

«L’Arabie Saoudite est un pays et MBS est une personne. Je suis prêt à séparer les deux», a-t-il dit. «Si nous acceptons cela, toute autre personne en position de le faire fera de même (...) et nos ennemis ne nous respecteront plus».

Le sénateur démocrate Dick Durbin a demandé de son côté, dans un communiqué, à ce que l’ambassadeur de l’Arabie Saoudite aux États-Unis soit «officiellement expulsé», «jusqu’à l’aboutissement d’une enquête menée par une tierce partie sur l’enlèvement et le meurtre de Jamal Khashoggi.

D’importants sénateurs des deux bords politiques avaient dès le 10 octobre mis leur poids dans cette affaire en déclenchant un processus qui force Donald Trump à rendre au Congrès américain, sous 120 jours, ses conclusions sur la disparition du journaliste.

La Maison-Blanche doit, en rendant ses conclusions, dire si elle compte imposer des sanctions.

Mais le Congrès, où l’indignation face à l’Arabie saoudite est palpable, pourrait de toute façon agir de son côté, en bloquant les ventes d’armes proposées par la Maison-Blanche à Ryad, voire voter des sanctions.

Si Donald Trump s’y opposait, le Congrès pourrait surmonter son veto avec une majorité de deux tiers.