Monde

Lilly, la Greta Thunberg de la Thaïlande

BANGKOK — «Je suis une enfant en guerre.» Lilly, 12 ans, sèche l’école, grimpe sur sa planche et pagaye au milieu d’un canal de Bangkok embouteillé de détritus qu’elle ramasse avec précaution. Son combat : le plastique en Thaïlande, sixième plus gros contributeur mondial à la pollution des océans.

En juin, l’adolescente américano-thaïe a remporté une première victoire : aider à convaincre un grand distributeur à Bangkok, Central, de ne plus délivrer de sacs à usage unique dans ses supermarchés une fois par semaine.

Dans la foulée, d’autres groupes de distribution implantés en Thaïlande, dont l’opérateur de la chaîne japonaise 7-Eleven omniprésente dans le royaume, se sont engagés début septembre à cesser d’en distribuer à partir de janvier 2020.

«Ça va dans la bonne direction», sourit Lilly, en enfonçant sa pagaie pour s’approcher d’un sac rempli de cannettes rouillées et de bouteilles éventrées.

«Au début, je me trouvais trop jeune pour militer, mais Greta [Thunberg] m’a donné confiance. Quand les adultes ne font rien, c’est à nous, les enfants, d’agir.»

Ralyn Satidtanasarn, dite Lilly, ne sera pas à New York aux côtés de la jeune Suédoise, égérie de la lutte contre le réchauffement climatique, pour le défilé organisé le 20 septembre quelques jours avant la conférence de l’ONU sur le climat. Elle manifestera à Bangkok. «Ma place est ici. La lutte doit se faire aussi en Asie du Sud-Est», estime-t-elle.

Récemment, plusieurs pays de la région — la Thaïlande, le Cambodge, les Philippines, la Malaisie, l’Indonésie — sont montés au créneau, refusant d’être «la poubelle» de l’Occident, et ont renvoyé des conteneurs entiers de déchets plastiques directement à l’envoyeur.

Mais ils continuent d’en générer des quantités astronomiques sur leur territoire.

Plastique omniprésent

En Thaïlande, le sac plastique est omniprésent pour emballer les centaines de milliers de repas servis dans les cantines de rue, les boissons apportées au travail... Un Thaïlandais en utilise en moyenne huit par jour, soit près de 3000 par an, d’après les données du gouvernement, 12 fois plus que dans l’Union européenne.

Et la Thaïlande est le sixième plus gros contributeur à pollution des océans, selon l’ONG de défense de l’environnement Greenpeace.

La récente mort d’un bébé dugong — une espèce menacée de mammifère marin — qui avait ingurgité trop de résidus plastiques a enflammé les réseaux sociaux.

Les autorités thaïlandaises ont alors de nouveau évoqué une fin du sac à usage unique d’ici 2022, conformément à une feuille de route ambitieuse élaborée en début d’année.

Grève au gouvernement

Mais certains doutent de son efficacité. «Aucun mécanisme juridiquement contraignant n’est prévu et sensibiliser le public ne sera pas suffisant», met en garde Tara Buakamsri, directeur local de Greenpeace.

Dans la lignée du mouvement lancé par Greta Thunberg, Lilly a d’abord fait des sit-in devant le siège du gouvernement. Elle a aussi sollicité un rendez-vous avec le premier ministre Prayut Chan-O-Cha. Sans succès.

«Je me suis dit que si le gouvernement ne m’écoutait pas, il fallait parler directement à ceux qui distribuaient les sacs plastiques pour les convaincre d’arrêter», explique-t-elle.

La jeune fille peut compter sur le soutien de sa mère qui aide à écrire ses discours devant des responsables de l’ONU, d’ambassades...

«Au début, j’ai cru à une lubie d’enfant. Mais elle s’est accrochée», raconte la maman, Sasie, elle-même ex-militante écologiste.

«Sa force est d’être une petite fille sans intérêt privé à défendre.»

«Lobbies ultra-puissants»

Lilly a commencé à militer à l’âge de huit ans après des vacances sur une plage du royaume «couverte de plastiques».

Depuis, même si parfois elle a «envie de s’arrêter pour aller jouer», elle participe aux sessions de nettoyage organisées par l’association Trash Hero (Les héros des ordures).

La dernière en date a eu lieu au cœur de Bang Krachao, un quartier connu comme «le poumon vert de Bangkok», jonché par endroits d’une multitude de pailles, de bouteilles et d’emballages rejetés par le fleuve Chao Praya.

Beaucoup croient en la force de conviction de cette toute jeune adolescente. «Il est très difficile d’ignorer un enfant lorsqu’il demande pourquoi nous détruisons la planète sur laquelle il doit vivre», souligne Kakuko Nagatani-Yoshida, du Programme des Nations unies pour l’environnement.

Monde

Boris Johnson «pensait que le Brexit allait perdre»

LONDRES — L’ex-premier ministre britannique David Cameron a affirmé lundi que l’actuel chef du gouvernement, Boris Johnson, pariait sur un échec du vote en faveur du Brexit lors du référendum de 2016.

«Vous savez, juste quelques minutes avant d’aller expliquer pourquoi il était en faveur du Brexit, il m’a envoyé un texto disant : “Le Brexit va être écrasé comme un crapaud sous une herse”», a déclaré David Cameron dans une entrevue sur la chaîne de télévision ITV.

«Il pensait que le vote pour le Brexit perdrait, mais il ne voulait pas renoncer à la chance d’être du côté romantique, patriotique et nationaliste du Brexit», a poursuivi l’ancien premier ministre conservateur (2010-2016).

Mais Boris Johnson «n’avait jamais défendu [le Brexit] avant, il pensait que [le Brexit] allait perdre et c’est pour cela qu’il a fait le choix» de le soutenir, a-t-il insisté.

Boris Johnson a été l’un des grands artisans de la victoire du Brexit lors du référendum en juin 2016, qui a vu les Britanniques voter à 52 % pour une sortie du bloc européen.

Ancien maire de Londres et ex-ministre des Affaires étrangères, «BoJo» a succédé à Theresa May comme premier ministre fin juillet en promettant de sortir coûte que coûte le Royaume-Uni de l’UE le 31 octobre, avec ou sans accord de retrait conclu avec Bruxelles.

Pénuries alimentaires et troubles publics

À 45 jours de la date prévue du Brexit, il envisage ouvertement un divorce sans accord, malgré certaines prévisions alarmantes, établies par son propre gouvernement, de pénuries alimentaires, de médicaments et de risques de troubles publics.

«Je regrette énormément où nous en sommes arrivés», a confié David Cameron, qui restera dans l’Histoire comme le premier ministre par lequel est arrivé le Brexit. «Je prends ma part de responsabilité, parce que c’était mon référendum, ma campagne [en faveur du maintien dans l’UE] et je l’ai perdu», a poursuivi l’homme de 52 ans.

Mais si David Cameron exprime des regrets, il refuse d’endosser la responsabilité de «tout ce qui a suivi» le référendum du 23 juin 2016. L’ex-dirigeant avait annoncé dès le lendemain sa démission.

Autour du globe, 17 septembre 2019

Monde

Cette fois-ci, Trump frappera-t-il l'Iran?

WASHINGTON — Donald Trump optera-t-il pour l'option militaire face à l'Iran? En juin, il avait renoncé à la dernière minute. Après des attaques de drones visant l'Arabie saoudite, il fait face à l'une des décisions les plus importantes de sa présidence.

Une nouvelle fois, le dirigeant républicain est confronté au dilemme qui traverse son mandat: sa détermination à projeter - tweets guerriers à l'appui - l'image d'un président fort, et sa volonté, maintes fois répétée en campagne, de tourner la page de l'implication militaire américaine au Moyen-Orient, trop coûteuse à ses yeux.

Monde

Edward Snowden prêt à rentrer aux États-Unis si son procès était «juste»

WASHINGTON — Rentrer aux États-Unis est «mon but ultime», mais «je veux un procès juste», a déclaré le lanceur d’alerte américain Edward Snowden dans un entretien diffusé lundi sur la chaîne CBS à la veille de la publication de ses mémoires.

Réfugié en Russie depuis qu’il a dénoncé la surveillance massive des communications et d’internet dans son pays en 2013, cet ancien employé de l’agence américaine de renseignement NSA est inculpé aux États-Unis pour espionnage et vols de secrets d’État.

«J’aimerais rentrer aux États-Unis, c’est mon but ultime, mais je ne vais pas passer le reste de ma vie en prison», confie-t-il à CBS. «Donc j’ai une revendication de base sur laquelle il faut qu’on se mette tous d’accord: c’est que je puisse avoir un procès juste.»

«Je ne demande pas de pardon» ni de «passe-droit», poursuit-il, en accusant les autorités américaines de prévoir «un procès d’un autre type» avec «des procédures spéciales».

«Elles ne veulent pas que le jury considère les motivations qui m’ont poussé à agir. […] Elles veulent seulement qu’il examine si mes actions étaient légales ou illégales, pas si elles étaient justes ou mauvaises», regrette-t-il.

«Il n’est pas dur de bâtir un argumentaire pour dire que j’ai violé la loi», reconnaît Edward Snowden. Mais selon lui «c’est la question la moins intéressante» et il faudrait que les jurés s’interrogent plutôt sur les conséquences de ses actions : «Ont-elles bénéficié aux États unis ou causé du mal ?»

Face à cette impasse, Edward Snowden a demandé l’asile à une vingtaine de pays, dont l’Allemagne et la France, qui lui ont refusé pour des raisons variées. «On va voir comment ils gèrent les réactions à mon nouveau livre», glisse-t-il.

Ses mémoires, publiées simultanément dans une vingtaine de pays, dont les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Brésil ou encore Taïwan, sortiront mardi.

Écrit entièrement par Edward Snowden lui-même, l’ouvrage est publié aux États-Unis par Metropolitan Books (Macmillan) sous le titre  «Permanent record». La version française intitulée «Mémoire vive» paraît aux éditions du Seuil.

Monde

Attaque contre l'Arabie saoudite : le pétrole s'affole, les tensions diplomatiques montent

LONDRES — Le cours du pétrole s’est envolé lundi après l’attaque contre des installations pétrolières saoudiennes, qui a réduit brutalement l’approvisionnement du monde en or noir, et réveillé la crainte d’une escalade militaire entre États-Unis et Iran.

La Chine comme l’Union européenne ont appelé à la «retenue» lundi, après que Washington a accusé Téhéran d’être à l’origine de cette attaque, revendiquée par des rebelles yéménites.

La Russie a de son côté demandé à la communauté internationale de «ne pas tirer de conclusions hâtives».

Le marché de son côté encaissait «la plus grande perturbation ponctuelle de l’offre de pétrole de toute l’histoire», affirme Ipek Ozkardeskaya, analyste pour London Capital Group.

Lundi, le pétrole bondissait de 10 % à 66,24 $US à Londres, où est coté le baril de Brent de la mer du Nord, et de 8,50 % à 59,51 $US à New York pour le «light sweet crude», référence américaine du brut.

+20 %

À l’ouverture, les cours avaient bondi de 20 % à Londres, le plus fort mouvement en cours de séance depuis 1991 et la guerre du Golfe.

«L’attaque a annulé environ la moitié de la production saoudienne, soit quelque 5 % de la production mondiale», remarque Craig Erlam, de la maison de courtage Oanda.

Les explosions de samedi ont déclenché des incendies dans l’usine d’Abqaiq, la plus grande pour le traitement de pétrole au monde, et Sur le champ pétrolier de Khurais.

Les autorités saoudiennes ont rapidement dit qu’il n’y avait pas eu de victimes. Mais le flou persiste sur la capacité du premier exportateur de brut du monde à rétablir le fonctionnement normal de Saudi Aramco, son empire pétrolier qu’il espère introduire bientôt en Bourse.

Selon des experts, Ryad devrait pouvoir rétablir lundi un tiers de sa production. Le royaume a aussi déjà promis de mobiliser ses vastes réserves pour amortir le choc, et le président américain Donald Trump s’est dit prêt à faire de même aux États-Unis, pour amortir le choc pétrolier.

Il y a «plein de pétrole !», a-t-il twitté.

«Pour le moment, les marchés sont bien approvisionnés avec de nombreuses réserves commerciales», a confirmé lundi matin l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

L’OPEP, cartel mondial d’exportateurs d’or noir dominé par l’Arabie Saoudite, restait pour sa part muette lundi matin. Le Wall Street Journal croit savoir que l’organisation n’a pas l’intention dans l’immédiat de pomper davantage pour compenser la perte de production saoudienne, pas plus que la Russie, autre grande puissance des hydrocarbures.

Escalade entre Washington et Téhéran

Si le monde n’apparaît pas menacé dans l’immédiat d’une pénurie d’or noir, les marchés manifestent aussi lundi par leur coup de sang la crainte d’une escalade militaire entre Washington et Téhéran.

Les États-Unis se sont dits «prêts à riposter» aux attaques de drones, après que le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a accusé samedi l’Iran d’être à l’origine de l’attaque.

Les rebelles yéménites Houthis, soutenus par l’Iran et qui font face depuis cinq ans à une coalition militaire menée par Ryad, ont revendiqué ces attaques contre les installations du géant public Aramco.

Il n’y a aucune preuve que cette «attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique mondial» soit venue du Yémen, avait commenté samedi Mike Pompeo.

Téhéran a jugé ces accusations «insensées» et «incompréhensibles», par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, qui a laissé entendre qu’elles avaient pour but de justifier «des actions futures» contre l’Iran.

La Chine a appelé les États unis et l’Iran à la «retenue» et à éviter toute «escalade des tensions dans la région». «En l’absence d’une enquête incontestable qui permette de tirer des conclusions, il n’est peut-être pas responsable d’imaginer qui doit être tenu pour responsable» de cet incident, a déclaré Hua Chunying, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dont le pays est le grand rival régional de l’Iran, a assuré que Ryad était «disposé et capable» de réagir à cette «agression terroriste».

Mais James Dorsey, expert du Moyen-Orient à la S. Rajaratnam School of International Studies à Singapour, a estimé des représailles directes peu probables : «Les Saoudiens ne veulent pas d’un conflit ouvert avec l’Iran […] Ils aimeraient que d’autres se battent pour eux, mais les autres sont réticents».

Ce regain de tension entre Américains et Iraniens intervient après des mois de tension diplomatique entre les deux pays.

Avant d’accuser Téhéran d’être à l’origine des attaques de drones contre les installations pétrolières saoudiennes, Washington avait déjà rendu l’Iran responsable en mai et juin d’attaques et d’actes de sabotage contre des pétroliers dans le golfe.

Monde

Brexit : l'UE reste sur sa faim après la rencontre Juncker-Johnson

LUXEMBOURG — L'UE est restée sur sa faim après un déjeuner entre le premier ministre britannique Boris Johnson et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker lundi à Luxembourg, estimant que Londres n'a toujours pas présenté de solution satisfaisante au problème sensible de la frontière irlandaise, et ce à six semaines du divorce.

Boris Johnson s’était dit «prudent, juste prudent» à son arrivée. «Prudemment optimiste», lui avait fait écho Jean-Claude Juncker.

La rencontre entre les deux dirigeants, la première depuis l’arrivée de Boris Johnson à son poste, a servi à «faire le point», ont constaté chacun de leur côté l’exécutif européen et Downing Street.

«Le président Juncker a rappelé qu’il était de la responsabilité du Royaume-Uni d’apporter des solutions juridiquement opérationnelles qui soient compatibles avec l’accord de retrait», a rapporté la Commission dans un communiqué. «De telles propositions n’ont pas encore été faites».

Côté britannique, le rendez-vous a été qualifié de «constructif».

«Intensifier»

«Les dirigeants ont convenu qu’il est nécessaire d’intensifier les discussions», a indiqué Londres, précisant que des réunions étaient désormais prévues «sur une base quotidienne», et pas seulement à un niveau technique, mais entre le négociateur en chef de l’UE Michel Barnier et le ministre du Brexit Stephen Barclay. Les deux hommes étaient présents à Luxembourg lundi.

Boris Johnson doit aussi rencontrer lundi le premier ministre du Luxembourg, Xavier Bettel. Cet entretien sera suivi d’une conférence de presse.

La question irlandaise reste au coeur des négociations. L’UE exige que Londres présente des solutions alternatives au «backstop», la clause de sauvegarde incluse dans l’accord de retrait refusé trois fois par le parlement britannique. Elle doit permettre d’éviter le retour d’une frontière physique dans l’île d’Irlande en gardant le Royaume-Uni dans un «territoire douanier unique» à défaut d’autre solution.

En prélude à cette rencontre, Boris Johnson avait publié dimanche une tribune dans le Daily Telegraph : «si nous pouvons faire suffisamment de progrès dans les prochains jours, j’ai l’intention de me rendre au sommet crucial du 17 octobre et de finaliser un accord qui protégera les intérêts des entreprises et des citoyens des deux côtés de la Manche, et des deux côtés de la frontière en Irlande».

Patience

Mais les Européens sont pour l’instant restés de marbre face aux forfanteries de M. Johnson. Lorsqu’il annonce «d’énormes progrès» sur la manière de traiter le problème de la frontière nord-irlandaise et se compare à Hulk, un super-héros, pour libérer son pays des entraves européennes, ils répondent «attendre» des propositions concrètes et se disent «peu optimistes» sur les chances d’un divorce arrangé le 31 octobre.

«L’Europe ne perd jamais patience», a assuré Jean-Claude Juncker à son arrivée à Luxembourg.

Malgré les dispositions prises par le parlement britannique, hostile à un Brexit sans accord, Boris Johnson «a redit qu’il ne demanderait pas un report et retirerait le Royaume-Uni de l’UE le 31 octobre», souligne Downing Street.

Lundi matin à Bruxelles, où se tenait une réunion des ministres des Affaires européennes --sans représentation du Royaume-Uni--, le chef de la diplomatie belge Didier Reynders a suggéré que Boris Johnson «apporte quelques idées».

«Si Boris Johnson ne vient pas avec quelque chose de nouveau pour sa rencontre avec Juncker, alors, honnêtement, il n’y a plus besoin pour nous de discuter et il y aura un Brexit dur», a averti son homologue autrichien Alexander Schallenberg.

Il n’y a «rien de bien tangible jusqu’à présent», a confié à l’AFP un diplomate européen de haut rang, commentant les dernières réunions entre le conseiller de Boris Johnson, David Frost, et l’équipe de Michel Barnier à Bruxelles.

Résolution très sévère

La perspective d’un divorce sans accord est redoutée par les patrons européens : «un désastre», selon Markus Beyrer, directeur général de Business Europe.

Le Parlement européen, qui devra approuver un éventuel accord avec Londres, a de son côté haussé le ton. Il votera mercredi une résolution très sévère dans laquelle il exige une clause de sauvegarde (le «backstop») pour empêcher le retour d’une frontière physique entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord, ce que Boris Johnson refuse.

Le président du Parlement européen David Sassoli a prévenu que l’assemblée ne donnerait pas son feu vert si les obligations prévues dans l’accord de retrait sur ses engagements financiers, le droit des citoyens et l’Irlande n’étaient pas respectées.

La solution serait de limiter la clause de sauvegarde à l’Irlande du Nord, a rappelé le président du Parlement. Cette région resterait territoire douanier de l’UE et deviendrait la frontière avec le reste du Royaume-Uni (Angleterre, Écosse et Pays de Galles), une solution pour l’instant rejetée par les Britanniques, car elle ouvre la porte à une réunification de l’Irlande.

Monde

Pyongyang demande des garanties de sécurité pour reprendre les négociations

SÉOUL — La Corée du Nord a exigé lundi des États-Unis des garanties de sécurité comme condition préalable à la reprise des négociations sur le nucléaire, venant doucher les espoirs de progrès à court terme.

Les discussions entre Pyongyang et Washington sont au point mort depuis le fiasco du deuxième sommet, en février à Hanoï, entre le leader nord-coréen Kim Jong Un et le président américain Donald Trump.

Les deux hommes ont eu une nouvelle entrevue en juin, brève, dans la zone démilitarisée (DMZ) qui divise la péninsule coréenne. Ils étaient convenus de reprendre les discussions au niveau opérationnel sur le nucléaire après des mois de blocage.

Et Pyongyang a proposé la semaine dernière que ces négociations aient lieu fin septembre, ce que Washington a jugé «encourageant». Mais peu après la Corée du Nord a tiré deux nouveaux «projectiles» en mer.

Lundi, un haut responsable du ministère nord-coréen des Affaires étrangères a déclaré que «les discussions sur la dénucléarisation pourraient être possibles quand les menaces et les obstacles mettant en danger notre sécurité et empêchant notre développement seront indubitablement levés».

La Corée du Nord a toujours affirmé que des garanties de sécurité étaient nécessaires à la conclusion d’un accord sur le nucléaire. Mais elle a rarement demandé de telles garanties comme préalable aux discussions.

Le directeur général du département des affaires américaines au ministère nord-coréen, dont le nom n’a pas été cité, a affirmé dans le communiqué diffusé par l’agence KCNA que les discussions au niveau opérationnel étaient attendues «dans quelques semaines».

Il a ajouté qu’il revenait désormais à Washington de faire que ces discussions soient une opportunité d’aller plus loin ou «une occasion de précipiter la crise».

«Une proposition que soumettront les États-Unis lors des négociations pourrait améliorer les relations ou, au contraire, renforcer l’hostilité mutuelle», a-t-il poursuivi.

En dépit des tensions grandissantes des dernières semaines, M. Trump soutient que sa relation avec M. Kim demeure bonne.

Malgré l’absence d’avancée récente dans les négociations, les deux hommes ont échangé des lettres. Dans une missive envoyée le mois dernier, le leader nord-coréen a de nouveau invité M. Trump à venir à Pyongyang, rapporte lundi le journal sud-coréen JoongAng Ilbo.

Lors de leur premier sommet, en 2018 à Singapour, les deux hommes avaient signé une déclaration très vague en faveur de «la dénucléarisation de la péninsule coréenne». Aucun progrès n’a été réalisé depuis, les deux parties n’étant pas d’accord sur le sens exact de cet engagement.

Monde

La justice ordonne la démolition d’un hôtel construit sur des ruines incas

LIMA — La justice péruvienne a ordonné la démolition d’un hôtel de la chaîne Sheraton à Cuzco, qui lors de sa construction avait entraîné le démantèlement de murs incas vieux de cinq siècles dans un quartier appartenant au patrimoine mondial de l’Humanité, a rapporté dimanche la presse locale.

Cette décision met fin à un bras de fer judiciaire de trois ans entre les autorités de la ville de Cuzco, ancienne capitale de l’Empire inca située dans le sud-est du Pérou, et l’entreprise péruvienne de BTP chargée de la construction de l’hôtel, R & G SAC. Le bâtiment «porte atteinte à l’harmonie et à la configuration typologique du centre historique de Cuzco», a estimé le juge Wilber Bustamante de la cour supérieure de justice de Cuzco dans son jugement, cité par le quotidien El Comercio.

Le juge a ordonné la restauration des murs incas détruits pour construire l’hôtel, mais «les dommages sont irréversibles», a déploré le président du comité technique du conseil régional de Cuzco, Carlos Somocursio, qui avait porté plainte contre les promoteurs, sur la chaîne TV Peru.

L’hôtel de sept étages avait été construit dans une zone où la hauteur des immeubles est normalement limitée à deux étages. Le ministère de la Culture avait infligé une amende de 2,2 millions de dollars à l’entreprise de bâtiment.

L’immeuble, dont la construction avait été interrompue en 2016 par les autorités alors qu’il était quasiment achevé, se trouve dans le quartier monumental de Cuzco, déclaré patrimoine culturel de l’Humanité par l’UNESCO en 1983.

Selon les autorités, les murs incas ont été détruits sans autorisation entre 2012 et 2014 par l’entreprise responsable des travaux. La marque Sheraton appartient à la chaîne d’hôtels américaine Marriott International, basée à Bethesda, dans la banlieue de Washington. Cuzco, l’une des principales destinations touristiques du Pérou, est un point de passage obligatoire pour se rendre à la citadelle inca de Machu Picchu. Agence France-Presse

Monde

Attaques contre le pétrole saoudien: les États-Unis «prêts à riposter»

WASHINGTON — Les États-Unis se sont déclarés dimanche «prêts à riposter» aux attaques de drones la veille contre des installations pétrolières en Arabie saoudite, qui ont entraîné une réduction de moitié de sa production, stratégique pour l’économie mondiale.

«L’approvisionnement en pétrole de l’Arabie saoudite a été attaqué. Il y a des raisons de croire que nous connaissons le coupable, sommes prêts à riposter en fonction des vérifications, mais nous attendons que le Royaume (saoudien) nous dise qui il estime être le coupable de cette attaque, et sous quelle forme nous devrons agir!», a tweeté Donald Trump, qui faisait ainsi pour la première fois allusion à une éventuelle réponse militaire.

Dans un tweet précédent, le président américain avait «autorisé l’utilisation du pétrole de la Strategic Petroleum Reserve, si besoin, pour une quantité qui reste à définir».

Les rebelles yéménites Houthis, soutenus par l’Iran et qui font face à une coalition militaire menée par Riyad, ont revendiqué ces attaques contre les installations du géant public Aramco.

Il n’y a aucune preuve que cette «attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique mondial» soit venue du Yémen, avait commenté samedi le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, accusant l’Iran d’être à l’origine de l’attaque et assurant que les États-Unis allaient œuvrer pour assurer l’approvisionnement des marchés.

Téhéran a jugé ces accusations «insensées» et «incompréhensibles», par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, qui a laissé entendre qu’elles avaient pour but de justifier «des actions futures» contre l’Iran.

L’Irak a de son côté réfuté tout lien avec l’attaque après que le Wall Street Journal a indiqué que des responsables américains et saoudiens étudiaient la possibilité que des missiles aient pu être tirés sur les installations pétrolières depuis l’Irak.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dont le pays est le grand rival régional de l’Iran, a assuré que Riyad était «disposé et capable» de réagir à cette «agression terroriste».

Mais James Dorsey, expert du Moyen-Orient à la S. Rajaratnam School of International Studies à Singapour, a estimé des représailles directes peu probables : «Les Saoudiens ne veulent pas d’un conflit ouvert avec l’Iran (...) Ils aimeraient que d’autres se battent pour eux, mais les autres sont réticents».

Nervosité des marchés

La Bourse de Riyad a réagi à ces attaques en chutant de 3 % à son ouverture, avant de reprendre une partie de ses pertes.

Les explosions de samedi ont déclenché des incendies dans l’usine d’Abqaiq, la plus grande pour le traitement de pétrole au monde, et sur le champ pétrolier de Khurais. Selon le ministère saoudien de l’Intérieur, les attaques n’ont fait aucune victime.

L’infrastructure énergétique saoudienne avait déjà été touchée par les Houthis, notamment en août et en mai, en représailles selon eux à la campagne de bombardement menée par Riyad contre des zones qu’ils contrôlent au Yémen.

Mais cette frappe est d’un autre ordre : elle a provoqué une réduction brutale de production de 5,7 millions de barils par jour, soit environ 6 % de l’approvisionnement mondial.

Cela pourrait ébranler la confiance des investisseurs dans Aramco, géant pétrolier qui prépare son introduction en Bourse.

L’opération a été retardée plusieurs fois, notamment en raison de conditions défavorables.

Tandis que les marchés surveillent de près la réaction de l’Arabie saoudite, le PDG d’Aramco, Amin Nasser, a déclaré que «des travaux» étaient «en cours» pour rétablir la production.

Le prince Abdel Aziz ben Salmane, récemment nommé ministre de l’Énergie, a assuré qu’une partie de la baisse de production serait compensée par les stocks.

Un retour à la normale complet de la production pourrait prendre des semaines, selon Bloomberg News citant des sources anonymes.

Ryad, premier exportateur mondial de pétrole brut, dispose de cinq gigantesques installations de stockage souterrain.

La Maison-Blanche a fait savoir que M. Trump n’excluait toujours pas l’hypothèse d’une rencontre avec le président iranien Hassan Rohani malgré les accusations portées contre Téhéran.

L’envoyé de l’ONU au Yémen, Martin Griffiths, s’est déclaré «extrêmement préoccupé» par les attaques, également condamnées par des voisins de Riyad (les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Koweït). Paris a exprimé sa «solidarité» avec Riyad.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné les attaques et appelé toutes les parties à «la retenue pour prévenir toute escalade», selon son porte-parole.

Autour du globe, 16 septembre 2019

Insolite

Chats, dauphins et corbeaux: l’histoire secrète des animaux espions de la CIA

WASHINGTON — Au début de l’année 1974, Do Da était le premier de sa classe d’espionnage, prêt à devenir un agent de haut vol de la CIA: ses performances étaient meilleures lorsqu’il était sous pression, il pouvait porter plus de poids que les autres, et semer ceux qui l’attaquaient.

Mais lors du test le plus ardu de son entraînement, il disparut, vaincu par deux autres spécimens de son espèce — des corbeaux.

Les oiseaux ont longtemps été une figure centrale d’un programme de la CIA visant à entraîner des animaux afin d’aider Washington à vaincre l’Union soviétique durant la Guerre froide.

Jeudi, la puissante agence de renseignement a publié des dizaines de dossiers sur ces tests, qui se sont étendus sur une décennie et ont concerné chats, chiens, dauphins et toute sorte d’oiseaux.

La CIA étudiait la façon dont les chats pouvaient être utilisés comme des outils d’écoute itinérants — des «véhicules de surveillance audio». Elle a également essayé de placer des implants dans le cerveau de chiens pour voir s’ils pouvaient être contrôlés à distance.

Aucune de ces tentatives n’est allée très loin.

Les efforts ont été plus poussés en ce qui concerne les dauphins, entraînés à devenir de potentiels saboteurs et à espionner le développement soviétique d’une flotte de sous-marins nucléaires, peut-être la plus grosse menace pour le pouvoir américain au milieu des années 1960.

Les projets Oxygas et Chirilogy cherchaient à déterminer si les dauphins pouvaient remplacer des plongeurs humains et placer des explosifs sur des navires amarrés ou en mouvement, se faufiler dans les ports soviétiques afin d’y laisser des balises acoustiques ou des outils de détection de missiles, ou encore nager aux côtés des sous-marins afin d’enregistrer leur signature acoustique.

Ces programmes, eux aussi, ont été abandonnés.

«Capteurs vivants» 

Mais l’imagination des responsables du renseignement s’est emballée autour des possibilités offertes par les oiseaux — pigeons, faucons, hiboux, corbeaux, et même quelques oiseaux migratoires.

Pour ces derniers, la CIA avait recruté des ornithologues afin de déterminer quels oiseaux passaient régulièrement une partie de l’année dans une région située au sud-est de Moscou, autour de la ville de Chikhany, où les Soviétiques possédaient des usines d’armes chimiques.

L’agence voyait les oiseaux comme des «capteurs vivants» qui, grâce à la nourriture ingurgitée, révèleraient dans leur chair quelles substances les Russes étaient en train de tester.

Au début des années 70, la CIA s’est tournée vers les rapaces et les corbeaux, dans l’espoir qu’ils puissent être entraînés pour des missions telles que déposer un micro enregistreur sur le rebord d’une fenêtre.

Pour un projet nommé Axiolite, des entraîneurs basés sur une île du sud de la Californie apprenaient aux oiseaux à voler sur des kilomètres au-dessus de l’eau.

Si un candidat s’en sortait bien, il était ensuite choisi pour être introduit clandestinement en territoire soviétique, relâché discrètement avec une caméra accrochée à lui afin de réaliser des images, et revenir.

Une mission compliquée. Les cacatoès étaient intelligents, mais «peut-être trop lents pour éviter les attaques» d’autres oiseaux. Deux faucons sont morts de maladie.

Le plus prometteur était Do Da, le corbeau. Très endurant, il était la «star du projet», selon les écrits d’un scientifique. Capable de déterminer la bonne altitude et les bons vents, il était assez malin pour éviter les attaques de ses congénères.

Mais sa séance d’entraînement, le 19 juin 1974, tourna mal. Il fut agressé par d’autres corbeaux, et plus jamais revu. Pour le plus grand malheur des scientifiques.

Des pigeons à Leningrad

Autre pan majeur du programme: les pigeons, utilisés depuis deux millénaires comme des messagers puis, durant la Première Guerre mondiale, pour prendre des photos.

Le défi posé par cette espèce est qu’elle travaille depuis un poulailler ou un perchoir familier.

La CIA possédait des centaines de pigeons, qu’elle testait sur le territoire américain en les équipant de caméras.

Bientôt, la cible fut déterminée: les chantiers navals de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) où les Soviétiques construisaient leurs sous-marins nucléaires.

Mais les résultats des entraînements étaient mitigés: certains pigeons s’enfuyaient avec de coûteuses caméras et ne revenaient jamais.

Les documents publiés ne disent pas si l’opération de Leningrad a effectivement été tentée. Mais un rapport de la CIA de 1978 indiquait clairement que trop de questions se posaient quant à la fiabilité des oiseaux.

Monde

Trump défend un juge de la Cour suprême visé par de nouvelles accusations

WASHINGTON — Donald Trump a vivement défendu dimanche le juge Brett Kavanaugh, de nouveau accusé d’avoir eu un comportement sexuel déplacé dans sa jeunesse, près d’un an après sa confirmation tumultueuse à la Cour suprême des États-Unis.

Le New York Times assure dans son édition dominicale que Brett Kavanaugh, quand il était étudiant à Yale dans les années 80, avait exhibé son sexe lors d’une soirée arrosée et que des amis l’avaient poussé à le mettre dans la main d’une étudiante.

Le quotidien donne le nom d’un témoin de la scène qui avait rapporté l’incident à la police fédérale et à des sénateurs il y a un an, au moment où d’autres accusations avaient émergé contre Brett Kavanaugh.

Le FBI, chargé d’enquêter sur celui que Donald Trump venait de choisir pour entrer dans le temple du droit américain, n’avait pas donné suite à son témoignage, selon le journal.

«Les démocrates de la gauche radicale et leurs partenaires des médias pipeaux repartent à l’attaque de Kavanaugh […] Il est innocent et a été traité de manière HORRIBLE», a tweeté Donald Trump.

«Brett Kavanaugh devrait commencer à lancer des poursuites en diffamation ou le ministère de la Justice devrait venir à sa rescousse», a-t-il ajouté, en dénonçant des mensonges «incroyables».

Le milliardaire républicain a toujours apporté un soutien sans réserve au magistrat conservateur malgré les graves accusations ayant fait surface lors de son processus de confirmation au Sénat.

Une ancienne camarade de lycée, Christine Blasey Ford, l’avait accusé d’une tentative de viol remontant à 1982. Lors d’une audition très suivie devant la chambre haute du Congrès, elle s’était dite sûre à «100 %» d’avoir été agressée par Brett Kavanaugh quand il avait 17 ans et elle 15.

Témoignant après elle, le magistrat avait clamé son innocence et s’était dit victime d’une campagne de dénigrement orchestrée par l’extrême gauche.

Confronté à ces deux témoignages irréconciliables, le Sénat avait ordonné au FBI de mener un complément d’enquête. Après de brèves investigations, la police fédérale n’avait pas pu corroborer les accusations de Mme Blasey Ford.

Brett Kavanaugh avait été confirmé par le Sénat à une courte majorité de 50 voix contre 48. Il est désormais membre à vie de la Cour suprême, qui est chargée d’arbitrer litiges portant sur de grands sujets de la société américaine (avortement, port d’armes, droits des minorités...).

Son arrivée a fait basculer la haute Cour dans le camp conservateur, avec 5 magistrats sur neuf, et représente l’une des principales victoires politiques de Donald Trump, qui ne cesse de s’en prévaloir dans sa campagne pour sa réélection en 2020.

Monde

Brexit: Boris Johnson compare le Royaume-Uni à Hulk

LONDRES — Le premier ministre britannique Boris Johnson a fait part dimanche «d’énormes progrès» vers un accord sur le Brexit entre l’UE et le Royaume-Uni, qu’il a comparé au superhéros Hulk, capable de se libérer de ses entraves, avant une rencontre avec des hauts responsables européens lundi.

«Quand j’ai obtenu cette fonction, tout le monde disait qu’absolument aucune modification de l’accord de retrait n’était possible», constate le dirigeant conservateur dans une entrevue au tabloïd Mail on Sunday.

Les dirigeants de l’UE «sont déjà revenus là-dessus et, comme vous le savez, une très, très bonne conversation se tient sur la manière de traiter les problèmes de la frontière nord-irlandaise. Des progrès énormes sont en cours», affirme-t-il, sans fournir toutefois le moindre détail.

L’UE attend «toujours des propositions concrètes», a réaffirmé dimanche un responsable européen proche des négociations.

Jusqu’à présent, les deux parties ont achoppé sur la manière d’éviter le rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande, membre de l’UE, et la province britannique d’Irlande du Nord après le Brexit.

Londres rejette la solution dite du «filet de sécurité» (ou «backstop»), incontournable aux yeux de Bruxelles faute d’alternative crédible. Elle prévoit que le Royaume-Uni tout entier reste dans un «territoire douanier unique» avec l’UE si une meilleure solution n’est pas trouvée à l’issue d’une période transitoire.

Vendredi, le premier ministre irlandais Leo Varadkar a pourtant affirmé que «le fossé (était) très grand». La veille, le négociateur de l’UE pour le Brexit, Michel Barnier, avait déclaré n’avoir «pas de raisons d’être optimiste» sur les chances de parvenir à une solution d’ici au Conseil européen des 17 et 18 octobre à Bruxelles, considéré comme le sommet de la dernière chance avant le Brexit prévu le 31 octobre.

«Point de chute» 

«Il va y avoir beaucoup de travail d’ici le 17 octobre. Mais je vais aller à ce sommet et je vais obtenir un accord, j’ai vraiment bon espoir», soutient M. Johnson.

Il a catégoriquement exclu de réclamer à Bruxelles un report de trois mois du Brexit, comme l’y oblige une loi votée début septembre par le Parlement britannique afin d’éviter un «no deal» susceptible d’entraîner troubles et pénuries.

Musclant le ton, «BoJo» a comparé le Royaume-Uni au superhéros Hulk : «Plus Hulk se met en colère, plus Hulk devient fort et il s’échappe toujours, même s’il avait l’air bien ligoté, et c’est le cas de ce pays».

Une comparaison taclée comme «puérile» sur Twitter par le libéral Guy Verhofstadt, référent sur le Brexit au Parlement européen.

Boris Johnson doit rencontrer lundi au Luxembourg le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le négociateur Michel Barnier.

«Nous pouvons voir un point de chute en ce qui concerne un futur accord, mais il reste beaucoup de travail à faire. Ainsi, les discussions de demain constitueront une étape importante», a commenté le ministre du Brexit, Stephen Barclay, sur Sky News.

Dans une entrevue ultérieure à la BBC, il a laissé entendre que la période de transition post-Brexit, actuellement prévue jusqu’à fin 2020 en cas d’accord, pourrait être prolongée d’«un an ou deux par accord mutuel».

Annuler le Brexit 

Selon l’ex-premier ministre David Cameron (2010-2016), Boris Johnson n’a pas toujours été un «Brexiteer» convaincu. Dans des extraits de ses mémoires publiés dimanche dans le Sunday Times, il l’accuse de défendre le Brexit uniquement par carriérisme.

Dans son ouvrage For the Record (Pour mémoire), M. Cameron révèle notamment que Boris Johnson était favorable à la tenue d’un second référendum pour entériner les termes du Brexit, option qu’il rejette désormais catégoriquement.

Monde

Lacrymogènes et cocktails Molotov: nouvelles scènes de violence à Hong Kong

HONG KONG — De nouvelles scènes de violence ont émaillé des manifestations interdites à Hong Kong dimanche soir, la police ayant recours aux lacrymogènes et canons à eau contre des militants pro-démocratie qui jetaient des pierres et des cocktails Molotov .

Des dizaines de milliers de personnes avaient bravé cet interdit pour descendre à nouveau dans les rues et se répandre dans les artères allant de Causeway Bay à Central, les quartiers du centre de l’île de Hong Kong.

Et, dans un spectacle devenu très courant en plus de trois mois de contestation, le rassemblement a dégénéré en violences entre policiers et groupuscules radicaux qui tentaient de s’en prendre au complexe abritant le siège de l’exécutif.

Les forces de l’ordre ont tiré de nombreuses grenades lacrymogènes et les canons à eau ont projeté leur liquide coloré en bleu sur les manifestants qui avaient lancé des pierres et des cocktails Molotov par-dessus les barrières érigées autour du complexe gouvernemental.

Des images des télévisions locales ont montré des manifestants qui déchiraient et brûlaient une banderole célébrant le prochain 70e anniversaire de la fondation de la Chine communiste, incendiant également un drapeau chinois.

Avant de battre en retraite devant les policiers anti-émeutes, certains manifestants avaient monté des barricades, allumé des feux et vandalisé des stations de métro, évitant toutefois l’affrontement direct.

Ces incidents mettent un terme à quelques jours de trêve relative des incidents entre policiers et manifestants.

Des projets de manifestations ou de grèves pour les semaines à venir pullulent en ligne, à l’approche de deux anniversaires-clefs : le 28 septembre pour marquer les cinq ans du début du «Mouvement des parapluies» de 2014 et le 1er octobre pour le 70e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine.

99 jours

L’ex-colonie britannique traverse depuis précisément 99 jours sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des actions et manifestations quasi quotidiennes pour demander des réformes démocratiques ou dénoncer une riposte policière jugée brutale par les contestataires.

Cette mobilisation est un défi sans précédent pour le gouvernement central chinois et pour l’exécutif hongkongais.

Conformément à la Déclaration sino-britannique de 1984 qui avait présidé à la rétrocession, Hong Kong est une région semi-autonome dirigée sous le principe «Un pays, deux systèmes», et jouit à ce titre de libertés inconnues dans le reste de la Chine, et ce jusqu’en 2047.

Mais les militants pro-démocratie accusent Pékin de s’asseoir sur ses promesses en augmentant son emprise politique sur le petit territoire et en refusant de lui accorder un véritable suffrage universel.

Avant que le centre-ville ne replonge en fin de journée dans le chaos, des manifestants s’étaient rassemblés aux abords du consulat de Grande-Bretagne pour demander à Londres d’en faire davantage pour protéger les habitants de son ancienne colonie.

Des centaines de personnes ont chanté l’hymne britannique en brandissant l’«Union Jack» ainsi que la bannière de l’ancienne colonie hongkongaise.

Nationalité britannique 

«La Déclaration commune sino-britannique est NULLE», pouvait-on lire sur une pancarte.

Plusieurs manifestants demandaient la possibilité d’obtenir la nationalité britannique ou d’un autre pays du Commonwealth.

Environ 130 parlementaires britanniques ont signé cette semaine une lettre ouverte appelant la Grande-Bretagne et les pays du Commonwealth à accueillir les Hongkongais qui souhaiteraient émigrer.

La crise est née en juin du rejet d’un projet de loi hongkongais, désormais enterré, qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine continentale.

Pékin a plusieurs fois accusé cette mobilisation d’être en fait financée par des capitaux étrangers, en montrant du doigt la Grande-Bretagne et les États-Unis, mais sans étayer ses dires.

Sensibiliser l’étranger 

La Grande-Bretagne est de son côté sur la corde raide. Elle a à coeur de préserver sa relation avec la puissance économique qu’est la Chine, en particulier dans le contexte très incertain du Brexit.

Mais elle a également fait part de ses préoccupations quant à l’évolution récente de son ex-colonie, en expliquant avoir l’obligation de veiller au respect de la Déclaration sino-britannique.

«La Déclaration commune est un traité légalement contraignant entre la Grande-Bretagne et la Chine qui est aussi contraignant aujourd’hui que quand il a été signé et ratifié il y a plus de 30 ans», avait observé en juin une porte-parole du Foreign Office.

Les manifestants hongkongais ont ces derniers temps intensifié leurs efforts pour sensibiliser la communauté internationale.

Figure du «Mouvement des parapluies», Joshua Wong est actuellement aux États-Unis où il a appelé le président Donald Trump à inclure une clause sur les droits humains dans ses négociations commerciales avec la Chine. Il a rencontré il y a quelques jours le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas.

Monde

«GTI», le prof de maths français qui rappe sur Pythagore

ÉPINAY-SUR-SEINE — Dans ses clips, «pas de kalachnikov» ni de violence, mais des compas, des statistiques et Pythagore. Professeur dans une banlieue défavorisée de Paris, Radouane Abassi, alias «GTI» ou «Great Teacher Issaba», rappe ses leçons de maths.

«Si aujourd'hui je prends le "cromi" [micro] c'est pas pour faire le "croma" [maquereau]/C'est qu'c'est l'moment de parler de probas/Même sur du Jul, j'parle de maths, c'est trop, gars.»

Le phrasé est là — l'autotune aussi —, la gestuelle, le décor des barres d'immeubles : GTI reprend les codes traditionnels du rap dans son écriture comme dans ses vidéos hébergées sur sa chaîne YouTube qui enregistre des centaines de milliers de vues.

Jul, Soprano, Kery James, Sofiane, ou 113, le prof de 32 ans rappe sur les probabilités, les diamètres, Thalès ou les statistiques.

L'enfant de Seine-Saint-Denis, banlieue défavorisée dans le nord de Paris, est né à Figuig, au Maroc.

Bras croisés, regard déterminé, torse bombé, en polo et baskets, il se prête au jeu des photos en habitué devant le collège Jean-Vigo d'Epinay-sur-Seine, qui fait partie du réseau d'«éducation prioritaire» réservé aux territoires qui rencontrent les plus grandes difficultés sociales.

Avec un débit de mitraillette, Radouane Abassi se raconte facilement : «J'ai toujours rappé sur des choses que je vis. Pas de fiction ou de story-telling, mais mon quotidien d'enseignant».

La première fois, c'était en 2015. Il a sidéré ses élèves en corrigeant leur test en musique. «J'ai lancé "l'instru" de rap. Ils se sont tous tus. Et à la fin, c'était l'euphorie».

La méthode n'est pas compliquée : «En classe, on peut cracher du son, il y a un ordinateur dans chaque salle. Ça peut aussi se faire a capella».

Il précise que sa pédagogie n'est «pas basée» sur le rap. «C'est un outil supplémentaire. Si ça aide 2% des élèves, tant mieux. Ces morceaux, c'est plus pour des révisions, du réinvestissement.»

Pas bouffon

Il faut à tout prix éviter de tomber dans le ridicule et la caricature : «Rapper sur Pythagore, c'est bouffon, ça fait "boloss". Mais comme les codes sont bien faits — y'a pas un mec avec une casquette sur le côté qui fait yo yo — ça passe. Ils auraient été les premiers à me tailler, les petits. Ils connaissent le sujet».

Radouane Abassi avait à coeur de «les sortir du rap des kalash, des cités, le rap assez trash, rude».

La musique comme outil pédagogique, l'idée n'est pas nouvelle, mais pour Alain Bernard, son formateur à l'École supérieure du professorat et de l'éducation, «plus que la question de la mémorisation, chez lui, il y a une réflexion sur ce qui permet de réconcilier ces enfants avec l'univers scolaire grâce à une culture qui leur est propre». Notamment «en déjouant les stéréotypes, en tournant en dérision les références à la violence».

«C'est un vrai prof et un vrai rappeur, souligne-t-il. C'est clair qu'il pourrait multiplier son salaire par je ne sais pas combien s'il montait sur scène, mais il a un vrai sens du service public.»

Djilali, un de ses élèves de troisième, confirme : «En classe, y'a rien qui change».

Pas de GTI qui tienne en cours. «Avec les élèves, je reste prof avant d'être rappeur. C'est très carré : ils m'appellent Monsieur, me vouvoient», insiste Radouane Abassi.

Un morceau sur les vecteurs devrait voir le jour prochainement. «Écrit mais pas encore "clipé"». Ses vidéos sont léchées, le rendu professionnel : GTI s'auto-produit, rédige lui-même les scénario de ses clips et les réalise avec des amis.

Il aimerait cette année mettre en place un nouvel exercice avec ses élèves : leur demander une rime, un jeu de mots, une phrase une fois la leçon terminée. «Je garde les meilleurs et j'en fais un son. Ça les force à ouvrir leurs cahiers, c'est un prétexte.»

Comme il le dit dans son morceau Le cercle : «Si la tête, tu perds, c'est que t'as pas suivi en cours/ Dommage pour toi, ce rap ne sera pas suffisant pour que t'assimiles toute la leçon/ Mais là, j'ai pas fini, alors ne coupe pas le son».

Monde

Hong Kong: bagarres entre camps adverses, reflet d'une tension croissante

HONG KONG — Plusieurs bagarres ont éclaté samedi à Hong Kong entre militants pro-démocratie et des partisans pro-gouvernementaux, reflet de la tension grandissante entre les deux camps.

Un groupe d'hommes, dont certains agitaient des drapeaux chinois et portaient des t-shirts bleus sur lesquels était écrit «J'aime la police de Hong Kong», ont attaqué des militants qui semblaient appartenir au mouvement pro-démocratie, dans une galerie marchande du quartier de Fortress Hill.

De nombreuses vidéos, postées sur Internet, montrent ces hommes en train d'attaquer à coups de poing, de pied et de bâtons surmontés de grands drapeaux, un groupe de jeunes, sous les yeux des passants terrifiés.

La police honkongaise, contactée par l'AFP, n'a pas fait de commentaires.

Peu avant cette bagarre, des hommes appartenant au groupe des partisans pro-gouvernementaux ont été filmés en train d'enlever des post-it et des messages hostiles au gouvernement sur les murs dits «de Lennon» qui se sont multipliés à travers la ville au grand déplaisir des soutiens de Pékin.

Mouvement «toujours vivant»

Rapidement, des habitants se sont pressés pour couvrir à nouveau ce mur de papiers multicolores.

«Cela me met en colère», a déclaré à l'AFP un manifestant prénommé Ed.

«Ces murs sont une forme de soutien émotionnel, ils montrent que le mouvement est toujours vivant. Même s'ils le détruisent, nous le reconstruirons», assure ce militant pro-démocratie de 37 ans.

Des bagarres entre pro-démocratie et pro-Chinois ont ensuite éclaté dans un autre centre commercial, le Amoy Plaza, situé de l'autre côté de la baie.

Selon un photographe de l'AFP, présent sur les lieux, environ 200 personnes s'étaient rassemblées pour agiter des drapeaux chinois et chanter l'hymne national.

La bagarre a éclaté quand les militants pro-démocratie sont arrivés sur place. Des personnes étaient en sang et souffraient de contusions.

Des policiers, armés de boucliers et de casques, sont intervenus pour mettre fin à cette rixe.

Selon le South China Morning Post, des bagarres ont également éclaté entre les deux camps dans une station de métro de Hong Kong.

Hong Kong traverse depuis bientôt 100 jours sa pire crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des manifestations et des actions quasi-quotidiennes, qui ont parfois dégénéré en violents affrontements entre radicaux et force de l'ordre.

Le récent retrait définitif du projet de loi sur les extraditions, qui avait mis le feu aux poudres en juin, ne semble pas avoir apaisé la colère des manifestants.

Ils ont élargi leurs revendications, toutes liées à la dénonciation du recul des libertés et de l'emprise grandissante de Pékin sur sa région semi-autonome.

Face à ce mouvement de contestation qui s'installe dans la durée, les antagonismes des deux camps semblent s'exacerber au fil des jours.

Au cours des derniers jours, des bagarres ont éclaté à plusieurs reprises entre des militants pro-démocratie rassemblés pour entonner «Gloire à Hong Kong», un chant qui s'est imposé comme l'hymne de la contestation hongkongaise, et des partisans pro-Pékin qui chantaient l'hymne national chinois.

Les militants pro-démocratie ont appelé à un grand rassemblement dimanche mais il a été interdit par la police.

D'autres manifestations sont également prévues pour les deux prochains week-ends et le mouvement appelle à une grève générale à compter du mois d'octobre, au moment où Pékin s'apprête à célébrer le 70e anniversaire de la fondation de la Chine communiste.

Insolite

Une toilette en or massif volée dans un palais anglais

LONDRES — Une toilette en or massif de l'artiste italien Maurizio Cattelan a été volée samedi au palais de Blenheim, occasionnant d'importants dégâts dans cet imposant château baroque du sud de l'Angleterre classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, a annoncé la police britannique.

Un homme de 66 ans a été arrêté mais le précieux lieu d'aisance n'a pas été retrouvé «pour le moment», selon la police locale.

Baptisée America, l'oeuvre en or 18 carats comprend siège, cuvette et chasse d'eau opérationnels. Sa valeur est estimée à environ un million de livres (1,66 million $CAN).

C'était une pièce phare de l'exposition consacrée depuis jeudi à l'iconoclaste Maurizio Cattelan dans le palais du XVIIIe siècle, dans l'Oxfordshire.

D'ici à la clôture de l'exposition le 27 octobre, des milliers de visiteurs auraient pu se soulager dans ces toilettes après avoir réservé un créneau de trois minutes. Une oeuvre présentée comme égalitariste par l'artiste de 58 ans : «de l'art du 1 % [comprenant les personnes les plus riches de la planète] pour les 99 autres pour cents».

Les voleurs «se sont introduits par effraction dans le palais durant la nuit et quitté les lieux vers 4h50 [23h50 heure du Québec]», a indiqué la police dans un communiqué.

«Comme la toilette était reliée à la plomberie du bâtiment, cela a causé d'importants dommages et une inondation», a précisé l'inspectrice Jesse Milne.

La police pense que les voleurs ont utilisé «au moins deux véhicules» pour commettre leur méfait. Disant n'avoir pas connaissance d'autres oeuvres qui auraient été volées, elle a indiqué lors d'une conférence de presse qu'elle allait analyser les images des caméras de surveillance.

Pas de garde

Les toilettes America avaient été exposées pour la première fois au musée Guggenheim de New York, où elles avaient été utilisées par quelque 100 000 personnes entre septembre 2016 et l'été 2017.

La toilette avait fait parler d'elle quand le président américain Donald Trump se l'était vue proposer en prêt par le musée new-yorkais, après que la conservatrice eut refusé de mettre à sa disposition un tableau de Vincent Van Gogh, comme l'avait demandé la Maison-Blanche.

«Nous savions que l'intérêt était énorme pour l'exposition d'art contemporain de Maurizio Cattelan», a réagi le palais de Blenheim dans un communiqué publié sur Twitter. «Il est dès lors vraiment dommage qu'un objet si précieux ait été volé.»

Le palais de Blenheim appartient au 12e duc de Marlborough et a vu naître l'homme d'État britannique Winston Churchill.

En août, le frère du duc et fondateur de la Blenheim Art Foundation, Edward Spencer-Churchill, avait dit ne pas prévoir de surveillance particulière pour ces toilettes.

«Ce ne sera pas la chose la plus facile à dérober», avait-il estimé dans le quotidien The Times. «Tout d'abord, c'est relié à la plomberie. Ensuite, un voleur potentiel n'aura aucune idée de qui a utilisé les toilettes en dernier ou ce qu'il a mangé. Donc non, je ne prévois pas de la faire garder.»

Le château doit rouvrir dimanche après avoir été fermé au public samedi. Conçu par l'architecte britannique John Vanbrugh, il accueille plus d'un million de visiteurs chaque année, selon son site Internet. Il avait été offert par la reine Anne au premier duc de Marlborough après sa victoire contre les Français lors de la bataille de Blenheim en 1704.

Monde

Attaque de drones contre des sites pétroliers en Arabie: Washington accuse l'Iran

RYAD — Une attaque de drones revendiquée par les rebelles yéménites a provoqué samedi des incendies dans deux installations pétrolières du géant Aramco en Arabie Saoudite, une action aussitôt condamnée par les États-Unis qui ont accusé l'Iran d'en être responsable.

Après cette troisième attaque du genre en cinq mois contre des infrastructures du mastodonte pétrolier, le prince héritier d'Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane a affirmé que son pays avait «la volonté et la capacité de faire face et répondre à cette agression terroriste», au cours d'un entretien téléphonique avec le président américain Donald Trump.

«Les États-Unis condamnent fermement l'attaque d'aujourd'hui contre d'importantes infrastructures énergétiques. Des actions violentes contre des zones civiles et des infrastructures vitales pour l'économie mondiale ne font qu'aggraver les conflits et la méfiance», a déclaré de son côté la Maison-Blanche après cet appel téléphonique.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a été encore plus explicite, n'hésitant pas à monter du doigt l'Iran : «L'Iran a lancé une attaque sans précédent contre l'approvisionnement énergétique mondial».

«Nous appelons tous les pays à condamner publiquement et sans équivoque les attaques de l'Iran. Les États-Unis oeuvreront avec nos partenaires et alliés pour assurer l'approvisionnement des marchés énergétiques et pour que l'Iran rende des comptes pour son agression», a-t-il ajouté.

Après l'attaque, Ryad, premier exportateur mondial d'or noir, a dû réduire sa production pétrolière de moitié, ce qui représente quelque cinq millions de barils de pétrole par jour, soit environ 5% de la production mondiale de brut par jour, selon le quotidien américain Wall Street Journal.

Les équipes de sécurité d'Aramco sont intervenues pour éteindre des incendies à Abqaiq et Khurais, et «les deux incendies ont été maîtrisés», selon le ministère de l'Intérieur. Une enquête a été ouverte et les autorités ont renforcé la sécurité autour des deux sites visés, empêchant les journalistes de s'approcher.

«Puiser dans les stocks»

L'attaque n'a fait aucun blessé, a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère, Mansour al-Turki.

Le site d'Abqaiq, à 60 km au sud-ouest de Dahran, principal siège du géant pétrolier, abrite la plus grande usine de traitement du pétrole d'Aramco, selon son site Internet. Khurais, à 250 km de Dahran, est l'un des principaux champs pétroliers de l'entreprise publique.

«En fonction de l'ampleur des dégâts et d'éventuelles pannes, Aramco utilisera ses plans d'urgence en puisant dans ses stocks», a expliqué à l'AFP Samir Madani, cofondateur du site de suivi du transport maritime Tanker Trackers. «Il pourrait y avoir des ruptures d'approvisionnement si les dégâts à Abqaiq sont importants.»

L'attaque intervient alors qu'Aramco prépare son introduction en bourse qui doit avoir lieu «bientôt», selon son nouveau pdg Amin Nasser.

Dans un communiqué, les Houthis, faction yéménite soutenue politiquement par Téhéran, grand rival régional de Ryad, ont fait état d'«une opération d'envergure contre des raffineries à Abqaiq et Khurais».

Les Houthis, qui revendiquent régulièrement des tirs de drones ou de missiles contre des cibles en Arabie Saoudite, affirment agir en riposte aux frappes aériennes de la coalition militaire menée par Ryad, qui intervient depuis 2015 dans la guerre au Yémen déclenchée en 2014 par une offensive des Houthis, qui se sont emparés de vastes pans du territoire dont la capitale Sanaa. Le conflit a provoqué la pire crise humanitaire au monde selon l'ONU.

Menace sérieuse

L'attaque a été condamnée par plusieurs pays arabes du Golfe et l'Égypte.

Dans un communiqué, l'émissaire de l'ONU pour le Yémen Martin Griffiths a jugé «la récente escalade militaire extrêmement inquiétante», appelant «toutes les parties à la retenue» et à «éviter de mettre en danger le processus de négociations engagées par l'ONU».

D'après des experts, les attaques des rebelles yéménites montrent qu'ils disposent d'armes sophistiquées et constituent une menace sérieuse pour l'Arabie Saoudite et plus particulièrement pour ses installations pétrolières.

Le 17 août, les Houthis avaient dit avoir mené une attaque à l'aide de 10 drones, «la plus massive jamais lancée en Arabie Saoudite», contre le champ de Shaybah (est), qui avait provoqué un incendie «limité» selon Aramco sur une installation gazière, sans faire de blessés.

Le 14 mai, les Houthis avaient revendiqué une attaque de drones dans la région de Ryad, contre deux stations de pompage d'un oléoduc reliant l'est à l'ouest du royaume, qui avait entraîné l'interruption temporaire des opérations sur l'oléoduc.

Cette opération avait ajouté aux tensions grandissantes dans la région du Golfe, après des attaques et des actes de sabotages contres des pétroliers en mai et juin, imputés par les États-Unis et son allié saoudien à l'Iran qui a nié toute implication.

La destruction d'un drone américain, entré dans l'espace aérien iranien selon Téhéran, avait fait craindre un embrasement général. Donald Trump avait alors affirmé avoir annulé à la dernière minute des frappes de représailles.

Monde

Des milliers d'Allemands défilent à vélo contre l'automobile

FRANCFORT — Des milliers d'opposants aux voitures et à la pollution qu'elles engendrent ont défilé samedi à vélo à Francfort à l'occasion du salon automobile international, signe que même en Allemagne cette industrie n'est plus une vache sacrée.

Entre 15 000 et 25 000 manifestants, selon la police et les organisateurs, ont réclamé en début d'après-midi une «révolution des transports», point culminant de la contestation d'une ampleur inédite visant cette année le salon.

La plupart d'entre eux ont rallié le parc des expositions à vélo depuis plusieurs villes de la région, empruntant deux tronçons d'autoroutes fermés aux voitures pour l'occasion.

«Le salon de l'automobile représente le siècle passé», explique à l'AFP Christoph Bautz, directeur du groupe Campact, qui a co-organisé la manifestation. «Nous voulons que l'avenir appartienne aux bus, aux trains et aux vélos — on n'en veux plus de ces gros SUV et voitures qui consomment beaucoup!»

La «génération climat» prend pour cible une branche fragilisée depuis l'éclatement en 2015 du scandale des moteurs diesel truqués chez Volkswagen, et le salon de Francfort cristallise les critiques adressées à ce secteur au moment où l'urgence climatique s'invite dans le débat public.

«L'industrie automobile est sous pression, elle n'a plus le soutien de la société comme il y a quelques années, car elle a raté des évolutions», explique Tina Velo, porte-parole sous pseudonyme du collectif «Sand im Getriebe» («Du sable dans les rouages»), qui tentera dimanche de bloquer le salon.

Mobilisation écologiste

Cette combinaison d'actions légales et illégales caractérise le mouvement de défense du climat qui progresse depuis des mois en Europe, et prend désormais pour cible une industrie longtemps intouchable par son importance pour l'économie allemande.

Dès l'ouverture à la presse mardi, Greenpeace a lancé la contestation : une vingtaine de militants vêtus de vestes vertes ont gonflé à l'arrière d'un 4X4 un ballon noir géant avec l'inscription «CO2».

«L'industrie automobile n'a toujours pas compris la crise du climat», a déclaré à l'AFP Benjamin Stephan, militant de l'ONG. «Les constructeurs doivent en finir avec ces chars d'assaut urbains et arrêter les moteurs à combustion.»

Pour la visite de la chancelière Angela Merkel, le groupe a également manifesté jeudi sur les stands de Volkswagen et de BMW : des manifestants y sont montés sur des SUV et ont déroulé des pancartes montrant des voitures avec l'inscription «Tueuses du climat».

Ces véhicules massifs font encore plus débat en Allemagne depuis qu'un SUV monté sur un trottoir à grande vitesse a tué quatre passants dont un jeune enfant la semaine passée à Berlin. Des voix s'élèvent désormais pour réclamer leur interdiction dans les centre-villes.

«Abandonner la voiture»

Le salon de Francfort «est un endroit symbolique, où les dirigeants politiques rencontrent ceux de l'automobile pour applaudir un système de transports d'un autre temps», dénonce Tina Velo auprès de l'AFP. «Il faut abandonner la voiture, on veut des villes sans voitures.»

Elle représente une fraction plus radicale du mouvement écologiste allemand, prête à des actions illégales pour attirer l'attention, contrairement aux manifestations comme «Fridays for Future».

En plus des grèves pour le climat à l'appel de Greta Thunberg, des mouvements comme le réseau européen Extinction Rebellion se répandent comme une traînée de poudre de Londres à Berlin, en passant par Paris.

Il s'agit la plupart du temps de bloquer temporairement un lieu : en Allemagne, le groupe «Ende Gelände» («Terminus») avait réussi en juin à occuper et forcer l'arrêt temporaire d'une vaste mine à ciel ouvert de lignite.

De quoi galvaniser le mouvement anti-voitures : «ces deux dernières années, le mouvement a clairement pris de l'ampleur et les gens sont devenus plus conscients» de leur impact environnemental, observe Maria Marin, une étudiante vénézuélienne vivant en Allemagne depuis quatre ans.

«Du sable dans les rouages» attend «quelques centaines de personnes» dimanche, assez, selon Tina Velo, «pour perturber le salon».

L'attention des militants se reportera ensuite vers Berlin, où le gouvernement doit présenter le 20 septembre des mesures pour combattre le changement climatique. Une journée d'ores et déjà marquée par des appels à manifester dans de nombreuses villes allemandes.

Monde

Après Dorian, la tempête Humberto souffle sur les Bahamas

WASHINGTON — Des habitants du nord des Bahamas se trouvaient samedi sous la menace d'une nouvelle tempête tropicale, baptisée Humberto, moins de deux semaines après le passage de l'ouragan Dorian, dont les dégâts ont «horrifié» le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, en visite dans l'archipel.

Après plusieurs heures à faire du quasi sur-place, «Humberto a commencé à se déplacer» à la vitesse de 11 km/h, a annoncé dans son dernier bulletin de 18h GMT (14h, heure du Québec) le Centre national des ouragans (NHC) américain.

La tempête se trouvait, selon ce bulletin, à 65 kilomètres d'Abaco, île dévastée par le passage de Dorian qui a fait au moins 52 mort dans l'archipel il y a près de deux semaines.

Humberto devait générer «des vents de force tropicale et de lourdes pluies sur une partie du nord-ouest des Bahamas», a mis en garde l'institut, en appelant la population à «suivre les recommandations des autorités locales».

Celles-ci ont appelé les résidents de Grand Bahama dont les maisons ont été endommagées par l'ouragan Dorian à se rendre dans des centres d'hébergement d'urgence. «Ne prenez aucune risque, les sols sont saturés et des inondations pourraient vite se produire», ont-elles souligné.

«Nous n'avons vraiment pas besoin d'un autre ouragan», a déclaré à la chaîne CBS Sinetra Higgs une résidente des Bahamas qui se préparait à affronter la nouvelle tempête.

Avec des vents soufflant à 85 km/heure et des précipitations attendues de 15 centimètres au maximum, Humberto semble moins dangereuse que Dorian, dont les vents ont atteint jusqu'à 295 km/h.

Elle devrait s'éloigner des Bahamas en fin de journée en remontant vers le nord-ouest, selon le NHC.

La tempête risque de se transformer en ouragan dimanche soir, mais elle se trouvera alors bien au large des côtes de la Floride, précise l'institut. Humberto devrait enfin effectuer un «virage franc» vers l'est lundi.

«Enfer»

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, en visite dans l'archipel, s'est ému sur Twitter des dégâts visibles sur les îles Abaco, peu après y avoir atterri samedi. «Je suis horrifié par le niveau de dévastation», a-t-il témoigné.

«L'ouragan Dorian n'était pas de catégorie 5, mais de catégorie enfer», a-t-il encore écrit. «Il est temps de se réveiller et de prendre des mesures urgentes pour le climat.»

La multiplication des phénomènes climatiques extrêmes est la conséquence du réchauffement climatique, avait-il déjà estimé dans un discours vendredi soir.

Selon lui, les pays les plus impactés sont ceux qui émettent le moins de gaz à effet de serre. «Les Bahamas en sont un très bon exemple», avait-il souligné en livrant un vibrant plaidoyer en faveur d'une «action urgente» de la communauté internationale.

En attendant, celle-ci va continuer d'apporter son aide aux Bahamas, malgré les perturbations de l'action humanitaire causées par la tempête Humberto.

«Le mauvais temps va ralentir les opérations logistiques» alors qu'Abaco a «grand besoin d'essence et d'eau», a prévenu le porte-parole de l'Agence bahaméenne des situations d'urgence (Nema), Carl Smith.

Vols suspendus

Le Programme alimentaire mondial, qui participe à l'effort international, a suspendu ses vols vers Marsh Harbour, la ville principale d'Abaco, à cause de la tempête, a indiqué un porte-parole du PAM, Herve Verhoosel.

Plus de 2000 habitants d'Abaco et de Grand Bahama sont encore hébergés dans des refuges et les autorités cherchent toujours à localiser 1300 personnes, a précisé Carl Smith.

Le bilan officiel de l'ouragan devrait encore augmenter à mesure que les corps retrouvés lors des recherches sont identifiés, ont indiqué les autorités.

Les équipes internationales de recherches «font face à des défis logistiques sans précédents», avec des zones difficiles d'accès et un nombre important de personnes déplacées ou sans documents d'identité, a souligné l'Agence fédérale américaine des situations d'urgence, la FEMA.

Monde

La mort d'Hamza Ben Laden, fils préféré d'Oussama, confirmée par Trump

WASHINGTON — Donald Trump a confirmé samedi la mort du fils préféré d'Oussama Ben Laden, Hamza, présenté comme son héritier à la tête d'Al-Qaida mais dont le rôle au sein de l'organisation djihadiste n'a jamais été précisément connu.

Hamza Ben Laden «a été tué lors d'une opération de contre-terrorisme menée par les États-Unis dans la région de l'Afghanistan/Pakistan», a déclaré le président américain dans un communiqué, sans préciser la date de cette opération.

Sa mort «ne prive pas seulement Al-Qaida de son autorité et de sa connexion symbolique à son père, mais sape également d'importantes activités opérationnelles du groupe», a ajouté Donald Trump.

«Hamza Ben Laden a planifié et travaillé avec divers groupes terroristes», a encore déclaré le locataire de la Maison-Blanche, trois jours après l'anniversaire des attentats du 11-Septembre, orchestrés par Al-Qaida et son leader Oussama Ben Laden, et ayant causé la mort de près de 3000 personnes.

Les médias américains avaient révélé fin juillet qu'Hamza Ben Laden, âgé d'une trentaine d'années, était mort, selon le New York Times au cours des deux dernières années.

Fin août, le ministre de la Défense Mark Esper avait confirmé à demi-mot sa disparition. Interrogé pour savoir s'il était bien mort, le ministre avait répondu : «c'est ce que je comprends», sans donner de détails.

En revanche, Al-Qaida n'a pas commenté jusqu'ici. C'est «surprenant» que l'organisation n'ait pas «encore publié une déclaration formelle» ni d'«éloge funèbre», a remarqué Barak Mendelsohn, spécialiste du terrorisme à l'Université Haverford en Pennsylvanie.

Liste noire

Quinzième de la vingtaine d'enfants d'Oussama Ben Laden, fils de sa troisième femme, Hamza était né le 9 mai 1989 à Djeddah (Arabie Saoudite) mais avait été déchu en mars de sa nationalité saoudienne.

Il figurait également sur la liste noire américaine des personnes accusées de «terrorisme» et était visé par des sanctions de l'ONU.

Aux côtés de son père en Afghanistan avant le 11-Septembre 2001, il y avait appris le maniement des armes. Dans des vidéos mises en ligne à l'époque, il s'en prenait de sa voix fluette aux Américains ou encore aux Juifs.

Des documents, dont des lettres révélées par l'AFP en mai 2015, montrent qu'Oussama Ben Laden le destinait à lui succéder à la tête du djihad mondial anti-occidental.

Washington avait offert en février une récompense d'un million de dollars pour toute information permettant de le retrouver, l'accusant d'avoir pris du galon au sein d'Al-Qaida.

Selon le département d'État, il avait, après août 2015, «diffusé des messages audio et vidéo appelant à attaquer les États-Unis et leur alliés [...] pour venger son père», tué dans une opération américaine au Pakistan en 2011.

Des archives d'Oussama Ben Laden, saisies lors de ce raid et dévoilées fin 2007, contiennent les premières images de son fils à l'âge adulte. Y figure une vidéo du mariage de Hamza, apparemment en Iran.

Il y aurait été envoyé pour sa sécurité après le 11-Septembre et y aurait passé une dizaine d'années, selon Ali Soufan, un ancien agent du FBI, auteur d'une biographie de Hamza Ben Laden.

Rôle flou

Pour l'ONU et le gouvernement américain, Hamza Ben Laden était susceptible de participer à la reconstruction d'une organisation affaiblie par la guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis après le 11-Septembre et plus récemment concurrencée par le groupe État islamique (EI).

Mais selon plusieurs experts, Al-Qaida ne devrait pas souffrir outre mesure de sa disparition.

Rien ne prouve en effet qu'il ait accédé à des fonctions supérieures à celles d'un messager susceptible d'attirer de jeunes djihadistes.

«Je suis sceptique sur l'idée qu'il ait eu un rôle opérationnel majeur», a dit à l'AFP Colin Clarke, expert au sein du groupe de réflexion Rand Corporation et du cabinet d'analyse Soufan Center.

Selon l'analyste, la mort du fils pourrait ouvrir la voie à une génération de dirigeants plus jeunes et encore plus radicaux.

«Mais bien sûr, il a l'ADN, le nom de Ben Laden», a-t-il ajouté. Pour lui, Al-Qaida est toujours actif, et «l'administration Trump cherche à enregistrer une victoire» avec cette annonce.

C'est un «signal fort que l'Amérique n'oubliera jamais, et ira partout où les terroristes» se trouvent, a de fait tweeté l'influent sénateur républicain Lindsey Graham après la confirmation présidentielle.

Monde

Hong Kong: un militant demande le soutien de Trump

NEW YORK — Le militant prodémocratie hongkongais Joshua Wong a appelé vendredi Donald Trump à inclure une clause sur les droits de la personne dans ses négociations commerciales avec la Chine, au premier jour d’une visite aux États-Unis.

«Il est important d’ajouter une clause sur les droits humains dans les négociations commerciales et de mettre les manifestations de Hong Kong au programme de ces négociations. Surtout quand un centre international est menacé de lois d’urgence équivalentes à la loi martiale et d’envois de l’armée», a-t-il déclaré.

«Si la Chine n’a pas l’intention de protéger la liberté économique de Hong Kong, cela affectera et nuira à toute l’économie mondiale», a ajouté cet étudiant de 22 ans, alors que plus de 1200 entreprises américaines sont installées à Hong Kong.

Chine et États-Unis sont engagés depuis l’an dernier dans une guerre commerciale, qui s’est traduite par l’imposition de part et d’autre de droits de douane sur des centaines de milliards de dollars d’échanges bilatéraux.

Après plusieurs tensions, les deux pays ont annoncé mercredi de nouveaux pourparlers en octobre à Washington. L’administration Trump a exclu jusqu’ici d’inclure le dossier de Hong Kong dans ces négociations commerciales.

Joshua Wong, qui doit se rendre mardi à Washington, a également appelé le Congrès américain à adopter un projet de loi actuellement en attente sur les «droits humains et la démocratie à Hong Kong».

Le texte, auquel les leaders républicain et démocrate du Congrès se sont montrés favorables, prévoit un réexamen annuel du statut économique spécial de Hong Kong, et des sanctions pour tout responsable qui supprimerait «des libertés fondamentales» dans ce territoire semi-autonome, rétrocédé à la Chine en 1997.

Dans la capitale fédérale américaine, Joshua Wong devrait notamment rencontrer le sénateur républicain Marco Rubio, très critique de Pékin, et être entendu par une commission du Congrès. 

La visite de Joshua Wong aux États-Unis s’inscrit dans le cadre d’une tournée internationale pour rallier des soutiens à la cause des manifestants hongkongais.

Monde

Tempête tropicale aux Bahamas: un exemple de la «crise climatique»

MIAMI — Les Bahamas ont émis vendredi un avis de tempête tropicale qui pourrait toucher une partie de l’archipel des Caraïbes déjà dévastée par l’ouragan Dorian, un exemple de la «crise climatique» selon le chef de l’ONU Antonio Guterres, arrivé dans les zones sinistrées.

L’avis de tempête concerne le nord-ouest, dont l’île de New Providence qui abrite la capitale, Nassau, ainsi que les îles d’Abaco et de Grand Bahama, a précisé le chef des services météorologiques des Bahamas, Trevor Basden.

Le phénomène climatique est stationné à environ 200 km à l’est de New Providence et se déplace lentement vers le nord-ouest. Il pourrait affecter le pays «dans les 36 heures ou moins», mais sa trajectoire exacte reste inconnue, a précisé M. Basden lors d’une conférence de presse.

«Ce n’est pas un cyclone tropical, mais il en a le potentiel», a-t-il expliqué, évoquant des vents de 100 km et de fortes pluies, entre 5 et 15 cm d’eau, qui pourraient provoquer des inondations sur des sols déjà saturés après le passage de l’ouragan Dorian il y a une dizaine de jours.

Aide humanitaire ralentie

Selon le Centre américain de surveillance des ouragans (NHC), la «dépression tropicale no 9» devrait frapper les Bahamas vendredi soir et samedi avant de poursuivre sa course vers les côtes américaines. De fortes pluies sont attendues dès samedi sur la côte est de la Floride, de la Géorgie et de la Caroline du Sud.

La tempête pourrait également affecter la distribution de l’aide humanitaire à Abaco et Grand Bahama, où les dégâts sont énormes. Les aéroports de ces deux îles ont rouverts mais les vols commerciaux y sont limités.

«Le mauvais temps va ralentir les opérations logistiques» alors qu’Abaco a «grand besoin d’essence et d’eau», a prévenu le porte-parole de l’Agence bahaméenne des situations d’urgence (Nema), Carl Smith.

Le Programme alimentaire mondial, qui participe à l’effort international, a suspendu ses vols vers Marsh Harbour, la ville principale d’Abaco, à cause de la tempête, a indiqué un porte-parole du PAM, Herve Verhoosel.

Les autorités ont appelé les résidents de Grand Bahama dont les maisons ont été endommagées par Dorian à se rendre dans des centres d’hébergement d’urgence dès vendredi. Elles s’inquiètent de la trajectoire de la tempête, qui pourrait frapper le sud d’Abaco et l’est de Grand Bahama, deux zones relativement épargnées par Dorian.

Plus de 2000 habitants d’Abaco et de Grand Bahama sont encore hébergés dans des refuges et les autorités cherchent toujours à localiser 1300 personnes, a précisé Carl Smith. Les autorités continuent à recouper la liste des personnes signalées disparues par leurs proches et celle des déplacés accueillis dans les centres d’hébergement.

Le bilan officiel de l’ouragan de catégorie 5 Dorian est passé à 52 morts, contre 50 la veille. Il devrait encore augmenter à mesure que les corps retrouvés lors des recherches sont identifiés, ont indiqué les autorités.

«Défis sans précédent»

Les équipes internationales de recherches «font face à des défis logistiques sans précédent» face aux zones difficiles d’accès et au nombre important de personnes déplacées ou sans documents d’identité, a souligné l’Agence fédérale américaine des situations d’urgence, la Fema, dans son bulletin quotidien.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, est pour sa part arrivé vendredi aux Bahamas, où il doit rester jusqu’à samedi. «Je suis venu pour exprimer ma solidarité avec le peuple des Bahamas» et «pour discuter des moyens par lesquels nous pouvons continuer à les soutenir», a-t-il écrit sur Twitter après son arrivée vendredi soir.

«Dans notre nouvelle ère de crise climatique, les ouragans et les tempêtes sont suralimentés», a-t-il déclaré après avoir rencontré le premier ministre des Bahamas, Hubert Minnis, selon des extraits de son discours publiés par avance.

«Ils ont lieu avec une intensité et une fréquence plus importantes — un résultat direct du réchauffement des océans», a-t-il ajouté.

Le dirigeant onusien a appelé à une «action urgente» de la communauté internationale, sans quoi le dérèglement climatique ne ferait «qu’empirer».

Il a également réclamé une «réponse multilatérale» face aux désastres liés au changement climatique.

Autour du globe, 14 septembre 2019

Monde

L’ombre du cancer plane sur le 11 septembre

NEW YORK — Jaquelin Febrillet avait 26 ans et travaillait à deux rues du World Trade Center lorsque les avions détournés par des djihadistes ont percuté les tours jumelles, le 11 septembre 2001 à New York.

En 2016, quinze ans après les attentats les plus meurtriers de l’histoire, cette syndicaliste professionnelle, devenue mère de trois enfants, était diagnostiquée d’un cancer métastatique. Avec une seule explication logique : le nuage de cendres et de débris toxiques dans lequel elle s’est retrouvée prise le jour de la catastrophe.

Richard Fahrer, 37 ans aujourd’hui, travaillait lui fréquemment à la pointe de Manhattan comme arpenteur de 2001 à 2003.

Il y a 18 mois, après des douleurs à l’estomac, on détectait sur ce jeune père un cancer agressif du colon, qui frappe généralement des hommes beaucoup plus âgés et pour lequel il n’avait aucune prédisposition.

Bien au-delà des près de 3000 personnes tuées et plus de 6000 blessées dans l’effondrement du World Trade Center (WTC), New York n’en finit pas de compter les personnes atteintes de cancers et d’autres maladies graves, notamment du poumon, liées au nuage toxique qui a plané des semaines durant sur le sud de Manhattan.

Les dizaines de milliers de pompiers et bénévoles mobilisés sur le site du WTC ont été les premiers touchés : dès 2011, une étude publiée dans le journal scientifique The Lancet montrait qu’ils étaient confrontés à des risques accrus de cancer.

Quelque 10 000 d’entre eux ont été recensés comme étant atteints d’un cancer par le WTC Health Program, programme fédéral de soins réservé aux rescapés des attentats.

Jaquelin Febrillet ou Richard Fahrer font eux partie des gens «ordinaires», travaillant ou résidant au sud de Manhattan dans la foulée de la catastrophe, une catégorie de malades qui ne cesse d’augmenter.

Fin juin 2019, plus de 21 000 d’entre eux étaient enregistrés dans le programme de soins — deux fois plus qu’en juin 2016.

Et sur ces 21 000, près de 4000 ont été diagnostiqués avec un cancer, ceux de la prostate, du sein ou de la peau étant les plus fréquents.

S’il est «impossible, pour un individu précis, de déterminer la cause exacte [du cancer] car aucun test sanguin ne revient estampillé WTC», plusieurs études ont montré que «le taux de cancer a augmenté entre 10 et 30 % chez les gens exposés», explique à l’AFP David Prezant, médecin en chef des pompiers new-yorkais, à l’origine d’études de référence sur le sujet.

Et ce taux devrait encore augmenter à l’avenir, dit-il, en raison du vieillissement des personnes exposées et de la nature de certains cancers, comme celui du poumon ou le mésothéliome, qui prennent 20 à 30 ans à se développer.

«Personne ne pouvait prévoir»

C’est dans ce contexte que Donald Trump a ratifié fin juillet une loi repoussant de 2020 à 2090 la date limite à laquelle des demandes pourront être déposées auprès d’un fonds fédéral spécial d’indemnisation.

Il sera ainsi régulièrement réapprovisionné, après avoir épuisé son enveloppe initiale de 7,3 milliards de dollars, avec une indemnisation moyenne de 240 000 dollars par malade et de 682 000 dollars pour une personne décédée.

Après avoir repoussé plusieurs fois la date limite du fonds, le Congrès a reconnu qu’il fallait pouvoir couvrir «une personne qui était bébé [lors des attentats] jusqu’à la fin de sa vie», explique l’avocat Matthew Baione, qui représente Mme Febrillet et M. Fahrer dans leurs démarches d’indemnisation.

«Il n’y a jamais eu d’attaque comparable au 11 septembre», souligne-t-il. «Personne ne pouvait prévoir ce qui se passerait avec des milliards de tonnes de matériaux de construction en combustion pendant 99 jours», qui ont libéré dans l’air des quantités inédites de produits chimiques, dont des dioxines, de l’amiante et d’autres substances cancérogènes.

En attendant de connaître toutes les conséquences pour la santé de la tragédie, Jaquelin Febrillet et Richard Fahrer déplorent que la ville de New York n’en ait pas fait plus, après les attentats, pour protéger les résidents du quartier. «Il y aurait pu y avoir plus d’efforts pour limiter l’exposition des adultes sains et les empêcher d’entrer dans la zone de la catastrophe», dit M. Fahrer.

La priorité était que «la ville revienne à la normale, la Bourse de New York a rouvert au bout de quelques jours», mais «on ne nous a jamais dit que quelque chose pouvait arriver», regrette Mme Febrillet.

Monde

Groenland: les chiens de traîneau menacés par la fonte des glaces

KULUSUK — Entre les maisons en bois pastel et les collines dominant Kulusuk, un village insulaire du Groenland, les chiens de Moses Bajare guettent la formation des glaces pour s’élancer sur la banquise et traquer l’ours ou le phoque.

Robuste et endurant, le chien du Groenland, assez semblable au husky, est depuis des siècles l’animal de trait idéal pour le chasseur inuit qui écume sur son traîneau l’immense désert blanc pendant les longs mois d’hiver où le mercure peut afficher -35 °C.

Mais le réchauffement de l’atmosphère et des océans accélère la fonte des glaces, deux fois plus rapide dans l’Arctique, et retarde leur formation à la fin de l’été.

Pour Moses, c’est tout un mode de vie, plus qu’un simple gagne-pain, qui est menacé au Groenland, recouvert à 85 % de glace. «Quand j’ai un problème, avec la famille, dans ma vie, je me réfugie dans la nature avec mes chiens. Et après un ou deux jours, quand je reviens, c’est réglé», raconte cet homme de 59 ans, unique policier du village de 250 âmes.

Cet été, des climatologues guidés par des chasseurs ont publié des photos saisissantes de chiens progressant péniblement dans un fjord dont la banquise était recouverte de glace fondue. Sous un ciel désespérément bleu, face aux montagnes déneigées, l’attelage semble marcher sur l’eau.

À Kulusuk, les chiens de Moses s’ébattent sous le soleil estival, nettoyant leur épais pelage et agitant au vent leur queue touffue comme des panaches blanc et noir dans le ciel boréal. Dans l’est du Groenland, la chasse au phoque, à la baleine ou au narval, petit cétacé apparenté à une licorne des mers, se fait en bateau, et non à bord de motoneiges.

Et pendant l’hiver, Moses continue de sortir sa meute de 12 chiens jusqu’aux rives de l’océan comme il le fait depuis 35 ans, pour mettre son kayak à l’eau et suivre les colonies de phoques, carabine à la main.

La glace change

Et ce, même si la glace n’est pas aussi épaisse qu’avant, dès le mois de février, et fond précocement, dès le mois de mai désormais au lieu de juin ou juillet. «La glace est en train de changer», déplore Moses, qui comme la plupart des 250 habitants de Kulusuk est Inuit — un peuple indigène qui représente 90 % de la population du Groenland.

À Kulusuk, 79 % des habitants estiment que la glace est devenue plus dangereuse ces dernières années, et 67 % pensent que le réchauffement menace le traîneau à chiens, selon une étude menée par les universités de Copenhague et du Groenland, territoire autonome danois.

«Avant, on pouvait sortir à traîneau pendant quatre ou cinq mois pendant l’hiver», se souvient Kunuk Abelsen, un jeune chasseur, mais «maintenant, c’est seulement pendant trois mois». Lui possède 22 chiens et chiots. Une partie de la meute vit sur une île rocailleuse, de l’autre côté du fjord pendant l’été. À l’approche de son bateau en ce jour d’août, les chiens, excités, s’ébrouent, aboient.

Ses chiens sont pour Kunuk une partie de son identité. «Nous n’avons pas de terrain de foot, pas de piscine, et vous pouvez aller loin dans la nature», dit-il. «Si on arrêtait d’utiliser [les chiens], nous perdrions une part importante de notre culture».

Et des revenus que les propriétaires de traîneaux tirent de leur activité de guide auprès des touristes étrangers. Un tour avec des chiens de traîneau est facturé jusqu’à 1000 couronnes danoises (200 $), une petite fortune au vu des prix affichés au petit supermarché local.

«Dans mon sang»

D’autres éleveurs ont réduit leur meute ou s’en sont débarrassés. Et Kunuk Abelsen commence à se demander si cela vaut encore la peine de garder ses chiens. «Le dérèglement climatique, c’est vraiment pas bon pour les chiens de traîneau», dit le jeune groenlandais.

En 2016, le nombre de chiens au Groenland était estimé à 15 000, contre 25 000 en 2002, selon les statistiques du territoire.

Mais la fonte des glaces libère les eaux, ce qui «nous permet de pêcher, principalement, et de chasser en bateau toute l’année. De plus en plus de gens font ça», relève Kunuk Abelsen, en soulignant la faculté d’adaptation des Inuits.

Un constat partagé par Andrea Fiocca, un chercheur et guide italien, auteur d’une maîtrise sur le changement climatique et les chiens de traîneau.

«L’adaptation et la résilience sont typiques du peuple Inuit», dit-il.

Mais «je suis sûr que jusqu’à ce que la glace disparaisse complètement de cette région, les meneurs de traîneau continueront à utiliser» les chiens, avance-t-il.

Sur le port où les pêcheurs déchargent leurs prises, le père de Kunuk se remémore le temps béni où il arpentait son territoire pour poser des filets à phoques ou pistait les ours polaires. «C’est dans mon sang, et mon fils Kunuk, c’est aussi dans son sang. Alors s’il n’y a plus de glace, que ferons-nous?».

Monde

Biden échoue à dissiper les doutes

WASHINGTON — Le favori de la primaire démocrate Joe Biden a été crédité d’une solide performance lors d’un débat télévisé face à ses rivaux, mais des questions persistent vendredi sur sa capacité à croiser le fer avec Donald Trump en 2020.

Face à ces deux rivaux bien plus à gauche dans le trio de tête, les sénateurs progressistes Bernie Sanders et Elizabeth Warren, l’ancien vice-président de Barack Obama a tenu à se présenter en candidat réaliste, soucieux de répondre aux préoccupations de la classe moyenne et des ouvriers. «J’ai parlé de [...] comment je livrerai des avancées tangibles sur les questions les plus urgentes auxquelles font face les familles de travailleurs», a tweeté Joe Biden vendredi.

Parti à l’offensive, s’arrogeant le micro plus fermement que lors des précédents débats, cet ex-sénateur pendant plus de 35 ans a toutefois erré dans plusieurs réponses, et a dû défendre plusieurs points de son long bilan.

Mais malgré les appels au rassemblement pour battre Donald Trump, ses rivaux n’ont pas épargné Joe Biden, dont la forme interroge après un été marqué de faux pas.

En sous-entendant que le septuagénaire devenait sénile, le petit candidat Julian Castro a provoqué les huées d’une partie du public et été accusé de frapper sous la ceinture.

Sa voix n’est pas restée isolée. Chantre du rassemblement, le sénateur Cory Booker a pourtant asséné un autre coup au vétéran de la politique juste après le débat : «Beaucoup s’inquiètent de la capacité de Joe Biden à marquer l’essai sans trébucher», a-t-il déclaré sur CNN.

Fermement campé en tête des sondages pour la primaire (26,8 % selon RealClearPolitics), Joe Biden reste notamment très populaire chez les Noirs et dans les bassins ouvriers qui avaient fait basculer l’élection présidentielle en faveur de Donald Trump en 2016.

Pour beaucoup d’électeurs démocrates qui ont pour priorité d’empêcher le milliardaire de décrocher un second mandat, le modéré Biden apparaît comme le candidat sûr.

«Je me demande si les fragilités de Biden, que l’on voit régulièrement, risque au final d’entamer l’avantage dont il bénéficie actuellement en tant que candidat perçu par la plupart comme la meilleure option contre Trump», note toutefois Kyle Kondik, politologue à l’université de Virginie.

«Mais si cela devait l’affecter, il faudra peut-être des mois avant que cela ne lui nuise dans les sondages», explique-t-il à l’AFP.

Il reste encore près de cinq mois de campagne avant les premiers scrutins de la primaire, dans l’Iowa le 3 février. Le parti démocrate ne désignera officiellement son candidat pour défier Donald Trump qu’à l’été 2020.

Warren tient le cap

Se trouvant pour la première fois sur le même plateau de débat que Joe Biden, l’étoile montante de la primaire démocrate Elizabeth Warren n’a pas attaqué ses rivaux.

Bête noire de Wall Street, la progressiste a tenu le cap de sa campagne centrée sur des propositions détaillées, appuyées sur de fortes anecdotes personnelles.

Fermement campée dans le trio de tête depuis cet été, «elle se comporte en favorite et [...] de ce fait a moins intérêt à entrer dans la mêlée», analyse Kyle Kondik.

L’ancienne professeure de Harvard, 70 ans, dispute depuis des semaines la deuxième place au sénateur indépendant Bernie Sanders, 78 ans (tous deux sont autour de 17 %).

Ces deux «amis» ont encore une fois présenté un front uni jeudi soir, qui pourrait toutefois se craqueler à l’approche des scrutins puisqu’ils se disputent un même bassin d’électeurs.

Monde

Manifestations à Hong Kong : annulations en cascade d'événements sportifs et culturels

HONG KONG — Le tournoi international féminin de tennis de Hong Kong a été annulé du fait des manifestations qui devraient prendre, vendredi soir, la forme d’un spectacle de lumières à l’occasion de la Fête de la mi-automne.

Vendredi matin, les organisateurs de l’Open WTA de Hong Kong, qui était prévu début octobre, ont annoncé le report sine die du tournoi en invoquant très pudiquement «la situation actuelle» dans l’ex-colonie britannique.

Hong Kong traverse sa pire crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des manifestations et actions quasi quotidiennes, qui ont parfois dégénéré en violents affrontements entre radicaux et force de l’ordre.

«Après des discussions approfondies avec nos partenaires clés, nous avons conclu que le déroulement serein du tournoi serait mieux assuré à une date ultérieure», a indiqué dans un communiqué la fédération hongkongaise (HKTA).

L’Open de Hong Kong, l’un des évènements sportifs les plus prestigieux de la ville, attire chaque année de grands noms. Y ont notamment déjà participé Venus Williams, Angelique Kerber, Kristina Mladenovic ou Caroline Wozniacki, laquelle avait remporté l’édition 2016.

Le tournoi se joue sur les terrains de Victoria Park, un grand parc qui a été le théâtre de nombreux rassemblements massifs.

La contestation est née en juin du rejet d’un projet de loi hongkongais qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine.

Le texte a été définitivement abandonné, mais le mouvement a considérablement élargi ses revendications, pour demander notamment des réformes démocratiques et dénoncer le recul des libertés dans l’ex-colonie britannique et l’ingérence grandissante de Pékin dans les affaires intérieures de la région semi-autonome.

Lanternes et lasers

Les militants pro-démocratie sont appelés à se rassembler vendredi soir sur deux des plus célèbres points culminants de Hong Kong pour participer à un spectacle de lumières destiné à donner une tonalité politique à la Fête de la mi-automne.

Cette fête, qui est traditionnellement l’occasion pour les familles de se réunir, est un des deux plus importants évènements du calendrier chinois.

Les participants sont invités à venir avec des lasers ainsi qu’avec les traditionnelles lanternes pour les faire briller au-dessus des célèbres gratte-ciel. Ce nouveau rassemblement devrait marquer le coup d’envoi d’un nouveau week-end de manifestations.

Près de cent jours de mobilisation ont commencé à peser sur l’économie de la ville, déjà malmenée par la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, et miné la réputation de stabilité de Hong Kong.

De plus en plus d’artistes annulent ou reportent des dates. Cela a été le cas du chanteur sud-coréen Kang Daniel, du boys band GOT7 ou du Sud-Africain Trevor Noah, l’un des humoristes et présentateurs les plus connus des États-Unis.

Le Global wellness summit (GWS), rendez-vous des professionnels de l’économie du bien-être, s’est quant à lui replié sur Singapour.

Matilda annulée

Jeudi, les producteurs de la comédie musicale Matilda, adaptée du roman pour enfants de Roald Dahl, ont annoncé, à une semaine des premières représentations, l’annulation d’un mois de dates.

Le théâtre où devait se jouer le spectacle se trouve près du quartier général de la police dont les abords ont maintes fois été le lieu de heurts entre policiers et manifestants radicaux.

Ces annulations sont un cauchemar pour une ville dont le secteur touristique est déjà plombé par les manifestations.

Hong Kong a enregistré en août une baisse de 40 % du nombre de touristes dans la ville, par rapport à août 2018, a récemment révélé le secrétaire hongkongais aux Finances Paul Chan. Le taux d’occupation des hôtels a baissé de moitié, ce qui a des répercussions en cascade sur l’activité des commerces de détail et de la restauration.

La compagnie aérienne Cathay Pacific a fait état mercredi d’une baisse de 11,3% sur un an de son trafic passager en août, un mois marqué par des manifestations à l’aéroport qui se sont traduites par des centaines d’annulations.

Après trois mois de contestation quasi quotidienne, beaucoup de manifestants sont convaincus que viser Hong Kong au portefeuille est le seul moyen de faire plier l’exécutif pro-Pékin.

En dépit de l’impact de plus en plus palpable de la contestation sur l’activité économique, le mouvement, qui n’a pas de leader identifié, conserve une forte capacité de mobilisation, même si celle-ci n’est pas aussi forte qu’en juin.

Conformément à la Déclaration sino-britannique de 1984 qui avait présidé à la rétrocession, Hong Kong jouit de libertés uniques n’existant pas dans le reste de la Chine.

Monde

L'Amazonie, une forêt pas si vierge, selon les archéologues

RIO DE JANEIRO — Des fouilles archéologiques menées dans l’Amazonie brésilienne renforcent la théorie selon laquelle la région a déjà été densément peuplée, avec jusqu’à 10 millions d’habitants avant l’arrivée des premiers colonisateurs européens au XVIe siècle.

De quoi battre en brèche la vision d’une forêt absolument vierge, un océan vert pratiquement inhabité.

Les fouilles, conclues en août, ont permis de retrouver des fragments d’objets en céramique ou de pierres taillées sur de vastes superficies de la forêt nationale de Tefé, zone protégée au coeur de l’Amazonie brésilienne.

«Au début, nous pensions être en présence d’un seul site au bord d’un lac, mais il y en avait de nombreux autres. C’est un vrai complexe archéologique», explique à l’AFP l’archéologue Rafael Lopes, chercheur à l’Institut de développement durable Mamiraua, qui gère la réserve naturelle du même nom.

Des traces d’espèces de plantes domestiques telles le cacao, l’acai ou le cupuaçu, et la présence avérée, il y a plus de 500 ans, de châtaigneraies fournies laissent penser que la région a été habitée par au moins cinq peuplements différents, y compris les communautés riveraines du fleuve Amazone et indigènes actuelles.

«Les chroniques de voyageurs qui ont descendu l’Amazone au XVIe et XVIIe siècles font état de populations importantes, de milliers de personnes et de villages étendus, à moins d’une demi-heure de marche les uns des autres, en particulier dans la zone de Tefé», relève M. Lopes.

D’après des études scientifiques, entre huit et dix millions de personnes vivaient dans l’ensemble de l’Amazonie avant l’arrivée des premiers Espagnols et Portugais.

Ces hommes blancs ont apporté des maladies qui sont devenues épidémiques et se sont lancés dans des campagnes de conquête qui ont décimé les populations locales, poursuit le chercheur.

«Impact positif sur la biodiversité»

Ainsi, les naturalistes européens qui se sont aventurés dans la région au XIXe siècle ont-ils pensé que l’Amazonie était un biome quasiment vierge.

Mais dans les années 80, cette théorie a commencé à être battue en brèche. Et les expéditions de Rafael Lopes ont apporté des éléments supplémentaires.

«Depuis plusieurs décennies, nous nous rendons compte que les premières chroniques (de voyageurs) étaient plus vraies que fantaisistes», dit-il.

Le travail sur le terrain, réalisé avec 40 autres personnes, a alimenté la thèse de doctorat des deux codirecteurs : M. Lopes, de l’Université de Sao Paulo (USP), et la botaniste Mariana Cassino, de l’Institut de recherches amazoniennes (INPA).

Dans la prochaine phase des recherches, des milliers d’échantillons de céramique ou de pierres seront analysés pour voir s’ils corroborent l’hypothèse des chercheurs.

Les habitants originels, avec leurs techniques de développement durable des ressources naturelles «ont eu un impact positif sur la biodiversité» et auraient beaucoup à enseigner aux habitants d’aujourd’hui, estime le chercheur.

«On trouve des centaines d’espèces (végétales) avec un degré ou un autre de domestication et aujourd’hui certaines d’entre elles sont les plus communes de toute l’Amazonie», explique M. Lopes.

«Récupérer d’autres biomes»

Pour préserver la forêt, il est nécessaire de l’occuper de manière écologiquement responsable, sans l’endommager, prévient M. Lopes, au moment où le gouvernement de Jair Bolsonaro préconise l’autorisation des activités agricoles et minières dans les réserves indigènes et autres zones protégées.

«Le problème n’est pas la densité humaine, mais la logique de l’occupation», dit le chercheur. «Et la logique qu’on veut imposer (aujourd’hui) c’est de conserver le moins possible et de détruire le plus possible pour faire de la place au bétail, au soja et autres monocultures, avec les incendies qui détruisent l’environnement», regrette M. Lopes.

«Toutes les données montrent que la préservation (de la forêt) a besoin de ces populations, des terres indigènes, des réserves environnementales avec les populations riveraines du fleuve», ajoute-t-il.

Pour l’archéologue, «nous devons mieux comprendre la manière dont [les populations d’origine] ont habité et habitent la forêt et nous devons nous servir de ces modèles, et pas seulement en Amazonie».

«Cela peut nous permettre de préserver, et même de récupérer d’autres biomes, une tâche importante, principalement dans l’époque de cataclysme climatique que nous vivons actuellement».