Mon cellulaire d'amour

Le cellulaire prend de plus en plus de place dans le quotidien des gens, c'est un fait. D'ailleurs, cet outil de communication s'immisce au coeur de la vie de bien des couples, qui doivent composer avec les hauts et les bas qu'une dépendance grandissante au téléphone portable peut engendrer. Le Plus a donc décidé de lever le voile sur le nouveau mal du siècle: la nomophobie.
Le nom de cette pathologie est dérivé de la contraction de l'expression anglaise no mobile-phone phobia. Il s'agit donc d'une peur excessive d'être séparé de son cellulaire. Plusieurs personnes pourraient croire, à tort, que ce type de dépendance est marginal. En fait, la nomophobie prend une telle ampleur, que le professeur américain James A. Roberts, de l'Université Baylor au Texas, s'intéresse de près au phénomène. Les résultats d'une étude en la matière, réalisée par le spécialiste, ont récemment été publiés dans le Journal of Behavioral Addictions. Les conclusions du rapport sont plutôt éloquentes. Près de 67% des jeunes adultes de 18 à 24 ans achètent un "téléphone intelligent" comparativement à 53% chez le reste des utilisateurs de cellulaires conventionnels. De plus, 60% des étudiants estiment qu'ils pourraient développer une dépendance à leur téléphone. "À première vue, nous aurions tendance à minimiser l'utilisation excessive du cellulaire et à invoquer des caprices de jeunesse. Mais, de plus en plus d'études appuient l'idée de dépendance aux cellulaires et à d'autres comportements du même genre", indique le Dr James A. Roberts. "Plusieurs jeunes adultes estiment que leur cellulaire est essentiel à leur bonheur. La marque de l'appareil acheté et les nombreuses façons de le personnaliser font donc partie intégrante de l'identité de plusieurs jeunes adultes", ajoute-t-il.
Une autre recherche parue dans le Journal of Personal and Ubiquitous Computing stipule que le fait d'être accro au téléphone mobile se traduit "par une consultation qui dure moins de 30 secondes et qui s'effectue à intervalle de 10 minutes." La plupart des utilisateurs compulsifs ont recours à leur cellulaire à 34 reprises ou plus quotidiennement, sans même en être conscients, relate l'étude.
Phénomène préoccupant
Les propos de Brigitte Vincent, du Centre de réadaptation en dépendance de Montréal-Institut universitaire, vont dans le même sens que ceux des spécialistes américains. "On ne peut pas être contre la modernité. Mais, dès qu'un utilisateur de cellulaire éprouve un sentiment de perte de liberté, c'est-à-dire qu'il ne peut plus se passer du téléphone, c'est là que les impacts négatifs s'accumulent", souligne la coordonnatrice des programmes de soutien à l'intégration sociale et au jeu pathologique.
Bien que les cas recensés de nomophobie soient peu nombreux au Québec, la situation est plutôt troublante, note Mme Vincent. "Ce genre de problématique est nouveau. Nous ne pouvons pas encore bien évaluer l'ampleur du phénomène, mais c'est évident que c'est très préoccupant, particulièrement depuis les cinq dernières années, car la dépendance à l'hyperconnexion est au coeur de la nomophobie", mentionne-t-elle. L'experte n'hésite pas à comparer la dépendance au cellulaire à l'alcoolisme, la toxicomanie ou encore le jeu compulsif. "Dans certains cas extrêmes, la détresse clinique est si grande que les gens mettent en cause la relation avec leur conjoint, fait valoir Mme Vincent. C'est la preuve qu'il est important d'être connectés avec soi-même avant de l'être avec les autres."