La baisse des saisies de maisons en Montérégie et en Estrie peut s’expliquer entre autres par une meilleure capacité de revente.

Moins de maisons délaissées en Estrie et en Montérégie

Moins de Montérégiens et d’Estriens ont été forcés de remettre les clés de leur propriété à la banque, faute de pouvoir payer leur hypothèque.

C’est du moins ce qui ressort d’une étude réalisée le mois dernier par la firme JLR Solutions financières, intitulée « Tendances des mauvaises créances au Québec » et qui recense des données tirées du Registre foncier du Québec. Les statistiques incluent tous les types de propriété, que ce soient des résidences unifamiliales, des condominiums et même des propriétés commerciales.

Selon cette étude, entre décembre 2016 et novembre dernier, 1375 préavis d’exercice ont été émis en Montérégie et 297 en Estrie, ce qui constitue des diminutions respectives de 17 % et de 23 % par rapport à la même période, l’année précédente. 

Un préavis d’exercice est un avis par lequel un créancier signifie à son débiteur en défaut de paiement qu’il compte exercer ses recours pour récupérer son dû.

En outre, alors que les délaissements de propriété ont enregistré une baisse de 5 % à l’échelle provinciale, le phénomène a chuté de 15 % en Montérégie et de 10 % en Estrie.

On parle du délaissement d’une propriété lorsque son propriétaire la remet, volontairement ou non, à son créancier hypothécaire après avoir manqué à ses obligations financières.

Avec 393 délaissements de propriété, dont 35 le mois dernier seulement, c’est dire qu’environ un immeuble sur six au Québec a été délaissé en Montérégie au cours de la dernière année. C’est plus que toutes les autres régions du Québec, de même qu’à Montréal, où 166 propriétés ont été remises aux créanciers depuis décembre 2016. En Estrie, les délaissements représentent un bâtiment sur vingt, à l’échelle de la province. 

Enfin, 125 propriétés ont fait l’objet d’un avis sous contrôle de justice au Québec le mois dernier, une diminution de 26 % par rapport à novembre 2016. Du nombre, 22 l’ont été en Montérégie et seulement trois, en Estrie.

Pas garant de la santé financière

Même si ces statistiques démontrent que de moins en moins de gens remettent les clés de leur maison, il ne faut pas conclure automatiquement que la capacité financière des gens est meilleure qu’auparavant, soutient le syndic autorisé en insolvabilité François Huot. Au contraire, dit celui qui affirme avoir vu sa clientèle augmenter significativement depuis trois ans.

« On se trouve dans une période où les gens s’endettent beaucoup parce que l’accès au crédit est facile et parce qu’il y a beaucoup d’argent à prêter », relève-t-il.

Par ailleurs, un failli ne perd pas automatiquement sa maison, si le solde hypothécaire de celle-ci ne permet pas de faire des profits en cas de revente ou si le prêt est garanti, par exemple, ajoute le syndic. 

Ces changements à la loi, adoptés il y a près de dix ans, viennent donc changer la donne. « Ça ne veut pas dire que l’économie va mieux. Il y a encore beaucoup de préavis d’exercice et de délaissements », affirme le spécialiste qui compte 35 ans d’expérience.

La revente comme sortie de secours

Joanie Fontaine, analyste chez JLR, apporte un autre éclairage permettant d’interpréter le rapport rédigé par sa firme. « Dans les deux régions en question, la revente de propriétés est plus facile ; les conditions pour revendre sont meilleures. Alors un plus grand nombre de propriétaires parviennent à revendre leur maison avant de devoir en remettre les clés au créancier », explique-t-elle.

Le temps de vente très long est en effet une « cause d’insolvabilité », explique pour sa part le syndic autorisé Jeannot Fillion. « On voit des jeunes, mais on voit aussi des personnes âgées qui n’ont plus les moyens de payer les taxes de leur maison et l’électricité, par exemple. On voit des gens avec des gros salaires comme des gens avec des revenus moindres. Le marché des grosses maisons est très difficile. Parfois, les gens ont des maisons de 350 000 $ - 400 000 $, mais ils sont incapables de les vendre. Après neuf mois sur le marché, un divorce, etc., ils ne sont tout simplement plus en mesure de payer. »

Néanmoins, souligne la firme dans son rapport, le taux de chômage est à son plus bas en quatre décennies, ce qui est encourageant. « La bonne tenue du marché de l’emploi continuera d’aider à réduire le nombre de mauvaises créances à moyen et long terme. La perte d’un emploi est une cause commune des retards de paiements hypothécaires », peut-on lire.

— Avec Le Quotidien