Valérie Michel est récemment revenue du Cameroun, où elle a travaillé sur un projet de conservation au Parc national Campo Ma’an.

Mission de conservation au Cameroun: Valérie Michel de retour au pays

Depuis environ une semaine, Valérie Michel peut consommer de l’eau potable en quelques secondes et manger à volonté. C’est que, durant les quatre derniers mois, elle était en mission pour le Zoo de Granby dans une région reculée du Cameroun, là où il fallait parfois attendre au lendemain pour pouvoir s’alimenter.

Durant cette mission de conservation, elle mettait en application un projet de conservation au Parc national de Campo Ma’an et ses alentours. Les villages voisins doivent composer avec la destruction de leurs champs, causée par le passage d’éléphants en quête d’arbres fruitiers.

« [Au Québec], c’est la machinerie qui va avoir mis les arbres à terre et labouré la terre, mais là-bas, on parle de quelques hectares de champs faits à la main, a fait valoir Mme Michel en entrevue. Des arbres immenses ont été coupés à la machette ou, s’ils ont été chanceux, à la scie à chaîne. Ils se lèvent un matin et le travail d’une vie a été détruit en une nuit. »

La technicienne en santé animale au parc zoologique de Granby explique que les éléphants choisissent leur route pour une raison. Généralement, il est question de nourriture. Un village est actuellement aux prises avec ce type de destruction puisque certaines espèces d’arbres sont en fructification.

Résultat : les villageois braconnent les éléphants.

Solution jaune et noire

La si petite abeille est probablement la solution à ce problème provoqué par de si grands mammifères. L’an dernier, lors d’une autre mission de quatre mois, Valérie Michel a travaillé à la construction de ruches et à attirer des abeilles avec son collègue d’origine camerounaise Isaac Blaise Djoko, aussi étudiant au doctorat à l’Université Concordia.

C’était la deuxième fois qu’elle se rendait dans la région, la première était un court séjour d’une semaine en 2016 pour voir les contours du projet et donner son opinion à Patrick Paré, directeur de la conservation et de la recherche au Zoo.

Cette année, son travail consistait surtout à travailler sur le premier volet du projet concernant les éléphants, ce qui a occupé la moitié de son été, et concrétiser les quatre autres volets.

« On s’est beaucoup penché sur les abeilles parce que les éléphants ont peur des abeilles. Alors, si on implante des clôtures de ruches autour des plantations, ça va repousser les éléphants et, en même temps, les villageois peuvent récolter le miel pour se faire un petit revenu supplémentaire et avoir quelque chose à manger. »

Tester l’agressivité des abeilles

Équipé de combinaisons d’apiculture, le duo s’est donc fait cobaye pour tester le niveau d’agressivité des abeilles, de jour comme de nuit, et pour vérifier combien de temps l’attaque durait et jusqu’à quelle distance.

« On a passé l’été à provoquer les abeilles, a-t-il confirmé avec une certaine nonchalance. Avec une branche, on fait juste déranger l’entrée de la ruche. Elles sortent toutes et elles attaquent. La nuit, elles n’attaquent pas fort, mais elles bourdonnent. Les éléphants sont très intelligents et apparemment que le bourdonnement des abeilles suffirait à les repousser. On est rassuré que ça puisse fonctionner la nuit aussi parce que c’est souvent à ce moment-là que les éléphants détruisent les plantations. On avait peur que ça ne fonctionne pas. »

C’est durant le jour qu’elles sont le plus agressives. « C’est incroyable ! Ce n’est pas le fun ! Elles peuvent être 2000 sur toi. »

Il a d’ailleurs fallu à Mme Michel quelques jours pour être un peu plus confortable dans ce rôle de cobaye.

Le duo a pu confirmer que plus l’animal ou la personne bouge, plus les abeilles attaquent et elles se rendent plutôt loin. « On est positifs, ça va marcher. »

Les premières ruches construites jusqu’à présent n’étaient pas situées dans le village aux prises avec l’éléphant. Dans les prochaines semaines, Isaac Blaise Djoko travaillera donc avec les habitants des différents villages à la construction de ruches avec des matériaux disponibles dans la région. Ces ruches formeront une clôture visant à protéger les champs.

Une corde de caoutchouc les reliera puisque si un éléphant la touche ou touche une ruche, la corde fera bouger les autres installations.

« Ma mission première était de rendre tout le monde autonome, a expliqué Valérie Michel. Je ne suis pas prête à dire qu’ils sont 100 % prêts, mais l’étudiant est là jusqu’en décembre. J’ai confiance que ça va prendre son envol et que ça va bien aller. »

Marcher avec les gorilles

Quatre autres projets au Parc national de Campo Ma’an étaient mis sur pied pour donner une autonomie au peuple local et ainsi diminuer le braconnage, voire même y mettre fin.

Le Zoo de Granby a notamment aidé le Fonds mondial pour la nature à habituer une famille de gorilles à marcher avec des humains à proximité. Le parc pourrait vendre des forfaits où les touristes marcheraient avec les gorilles, tout en gardant une certaine distance. Les fonds amassés serviraient à l’entretien et la conservation du parc.

« Ils marchent beaucoup et ils sont vraiment agiles. C’est stressant, mais c’est tellement fascinant de pouvoir voir des gorilles dans leur milieu naturel. »

Un laboratoire a également été construit pour pouvoir analyser les échantillons récoltés derrière ces grands primates, comme les selles, l’urine ou le poil. « On va pouvoir voir s’il y a des maladies qui s’en viennent, si le groupe est malade, s’il y a un danger. Et on veut s’assurer qu’on ne leur transmet aucune maladie. »

Le Zoo a de plus contribué à acheter des équipements pour les patrouilleurs du parc qui cherchent à protéger les lieux contre le braconnage et à entretenir les sentiers pour en faire éventuellement des sentiers d’interprétation.

Valérie Michel a enfin cherché des artisans locaux, pour les aider à exploiter leur talent. Elle a trouvé, par exemple, un homme qui tisse des paniers, un autre qui fait des sculptures et une femme qui fabrique des sandales, autant de produits qui peuvent intéresser les touristes.

« En les mettant de l’avant, ça va leur créer un revenu. Pendant qu’ils sont occupés à faire ça et à avoir un revenu ailleurs, ils ne sont pas occupés à braconner dans le parc. »

« ÇA RAMÈNE À L'ESSENTIEL »

Valérie Michel a toujours eu une attirance pour l’Afrique et sa faune. Petite, elle voulait travailler avec les éléphants. Elle a par ailleurs visité le continent africain à de nombreuses reprises, séjournant notamment en Zambie pendant un an, en 2016.

Sans enfant et sans attache au Québec, elle n’a pas hésité avant d’accepter ses trois missions en Afrique pour le Zoo.

« Et une chance que je connaissais l’Afrique, a-t-elle affirmé. Ce n’est pas facile, le Cameroun. C’est mal organisé. On est dans un coin vraiment reculé. Le Parc national de Campo Ma’an, c’est loin. C’est du monde qui n’a pas d’éducation, qui vit à la dure dans la jungle. C’est une approche différente. Ce n’est pas comme vivre en ville en Afrique, donc une chance que j’avais déjà brisé la glace de la ville avant de m’en aller dans un village comme ça. »

Malgré l’éloignement, elle ne s’est jamais sentie menacée. Cependant, le dépaysement est total. Il lui est arrivé de chercher quelque chose à manger et de ne rien trouver. « Des fois, on pouvait avoir des pâtes. Alors on se gardait un stock de pâtes au cas. Ce sont des conditions difficiles. »

Elle ne se considère pas comme étant une personne matérialiste. Malgré tout, cette mission lui a fait réaliser le luxe dans lequel on vit au Québec. « Tout le monde a besoin d’un voyage comme ça dans sa vie pour s’ouvrir les yeux sur ce qu’on a. Ouvrir un robinet et avoir de l’eau potable, manger un fruit sans se demander si on va être malade, avoir des fruits tout court. Arriver dans une épicerie et y voir de la nourriture partout ! Avoir de la lumière ! Ça ramène à l’essentiel. »

La mission des quatre derniers mois était la dernière mission d’importance au Cameroun pour le Zoo de Granby.