Frédérique Marseille, du centre d’escalade Backbone, a expliqué les tenants et aboutissants du projet d’hébergement devant la salle du conseil bondée.
Frédérique Marseille, du centre d’escalade Backbone, a expliqué les tenants et aboutissants du projet d’hébergement devant la salle du conseil bondée.

Microvillégiature à Bromont: Background soulève les passions

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
La consultation publique sur le projet d’hébergement minimaliste Background, porté par la famille Marseille derrière le centre d’escalade Backbone, a attiré les foules, lundi. Plusieurs personnes présentes dans la salle du conseil de Bromont, bondée, ne se sont pas fait prier pour donner leur opinion à propos de l’initiative, tantôt favorable, tantôt ponctuée d’inquiétudes.

C’est avec aplomb que Frédérique Marseille, qui chapeaute le projet avec son père Jean, son frère Charles et sa mère Andrée Laprise, en a dévoilé les grandes lignes. D’entrée de jeu, elle a mis les pendules à l’heure concernant les tenants et aboutissants de l’initiative de microvillégiature.

« On n’est pas de grands promoteurs. On n’est pas ici pour envahir l’espace, construire un paquet d’affaires et faire de l’argent. [...] Cette zone commerciale boisée pourrait être développée de n’importe quelle façon, alors qu’on arrive avec un projet assez doux et qui respecte l’environnement. »

L’idée derrière le projet a germé peu de temps après le lancement en 2018 du centre d’escalade. « Plusieurs de nos clients du centre d’escalade et du bistro nous ont demandé s’ils pouvaient coucher sur notre terrain. Malheureusement, on ne peut pas, et en saison estivale, les trois campings à Bromont sont pleins. On a donc voulu offrir une solution à ce problème avec de l’hébergement à coût modique », avait indiqué à La Voix de l’Est le président-directeur général de Backbone, Jean Marseille.

Empreinte

Le projet consiste à ériger de petites cabines en bois sur un vaste site attenant au centre d’escalade, à proximité de la sortie 74 de l’autoroute 10. Les microrefuges seraient intégrés dans un boisé de bouleaux. L’initiative prévoit la construction de trois gites de type « pods » — quatre saisons — et d’une douzaine d’autres refuges similaires accessibles uniquement durant la saison chaude. Les microbâtiments « seront munis d’un [grand lit] et d’une petite table et les voyageurs seront chargés d’apporter tous leurs effets », peut-on lire dans le descriptif du projet.

L’aménagement de près de 25 « terrains intimes et isolés pour petites tentes » est aussi au programme. Or, pas question d’ouvrir un quatrième camping à Bromont, a assuré Frédérique Marseille. Il n’y aurait donc pas de véhicules récréatifs admis ni de roulottes. Les sites n’auraient pas de place à feu non plus. L’utilisation des équipements du centre d’escalade serait préconisée pour minimiser l’empreinte environnementale. L’endroit dispose déjà de douches, d’installations sanitaires, d’une terrasse et d’un site pour les feux, entre autres.

Les cabines ne seraient pas visibles à partir du boulevard Pierre-Laporte ni des autres voies de circulation. De plus, le directeur de l’urbanisme de Bromont, Marc Béland, a précisé que la zone commerciale boisée où doit avoir lieu le projet est située à plus de 100 mètres des résidences existantes dans le quartier Natura, à proximité.

Diversification

Durant sa présentation, Frédérique Marseille a évoqué que le projet d’hébergement découle d’une volonté de diversifier les sources de revenus de l’entreprise familiale, tout en demeurant avant-gardiste. « Le centre Backbone a inventé quelque chose de nouveau dans l’industrie de l’escalade. On a quelque chose de différent et ça vient du cœur. Et là, on se fait copier à gauche et à droite. [...] Ça nous met une grosse pression et on ne veut pas échouer. Donc, on doit trouver plein d’autres façons pour continuer d’exister. »

Par ailleurs, tant le directeur de l’urbanisme que Frédérique Marseille ont souligné que le zonage actuel permet la construction de plusieurs types de bâtiments commerciaux sur le site visé. Notamment une station-service et une aire de restauration.

Inquiétudes

À en juger par les applaudissements nourris de la foule à la fin de la présentation du projet, la majorité des gens présents dans la salle du conseil y étaient favorables. Or, plusieurs citoyens inquiets des répercussions d’un tel projet, notamment pour le voisinage, ont défilé tour à tour au micro.

Les problèmes récurrents de circulation pour entrer et sortir du quartier sont revenus à plusieurs reprises. L’affluence croissante des clients de Backbone, advenant la concrétisation du projet d’hébergement, pourrait accentuer le problème, ont clamé des citoyens. Le directeur général de Bromont, Éric Sévigny, a pour sa part indiqué que l’ajout de feux de circulation est dans les cartons pour assurer une meilleure fluidité dans ce secteur fort achalandé.

Frédérique Marseille a également mentionné que le projet prévoit une nouvelle zone de stationnement près du boisé pour désengorger celui qui est attenant au centre d’escalade, souvent au maximum de sa capacité. Cette aire ne serait pas visible du boulevard Pierre-Laporte et on y accéderait à partir du terrain de Backbone.

Le bruit généré par les villégiateurs a aussi fait l’objet de plusieurs interventions. À cela, Frédérique Marseille a répondu que les activités sur le site seront bien balisées et surveillées par le personnel.

Étapes

Pour l’instant, le conseil a approuvé un premier projet de règlement. Les élus devront se prononcer à propos de l’adoption d’un second projet de règlement concernant la modification du zonage pour permettre « l’hébergement expérientiel ». « Si des gens s’opposent au deuxième projet de règlement, ils pourront déposer une pétition d’au moins 12 noms qui demande à la Ville d’ouvrir un registre », a expliqué M. Béland. Cela pourrait alors mener à un référendum.

La famille Marseille voit la suite des choses avec optimisme. « Nous pensons vraiment que nous pouvons en venir à une entente avec [le voisinage] en discutant ouvertement et avec respect des deux côtés », a confié Jean Marseille.