Me Karine Guay, du bureau de la Couronne à Granby.

Meurtre de Cédric Dupuis Skinner: riposte ou légitime défense?

Le meurtre de Cédric Dupuis Skinner est-il le résultat d’un geste volontaire ou d’une légitime défense? Les parties ont livré leurs plaidoiries finales, vendredi, au procès de Jonathan Lafrenière-Milot, accusé de l’homicide involontaire commis le 28 juillet 2018 à Granby.

Pour la défense, l’accusé de 29 ans doit être acquitté parce qu’il n’a agi que pour se défendre, a soutenu Me Rémi Cournoyer-Quintal. « Il ne faut pas s’attendre à ce qu’il ait mesuré avec précision le geste posé », a dit l’avocat.

Car la situation était tendue: la victime cherchait à intimider et voler le vendeur de drogue rencontré aux petites heures du matin dans le stationnement d’un restaurant chinois de la rue Authier. Elle a aussi essayé de le frapper d’un coup de poing.

Selon ses dires, M. Lafrenière-Milot a aussitôt levé « par réflexe » son bras gauche qui tenait un couteau. Le coup a été porté au cœur et M. Dupuis Skinner, âgé de 20 ans, est mort de cette blessure.

Il faut aussi prendre en considération le contexte dans lequel le geste a été posé, a dit Me Cournoyer-Quintal. « Dans une situation stressante, on ne peut pas demander à quelqu’un d’avoir des actions réfléchies. Il a eu peur. (...) Il se défendait. Il était tombé dans un piège. »

Le tout s’est passé très rapidement et la version de M. Lafrenière-Milot est « excessivement fiable ».

Celle du seul autre témoin oculaire du crime, Charles Messier, est « à rejeter » selon la défense puisqu’elle a « évolué dans le temps ». L’homme qui accompagnait Cédric Dupuis Skinner au rendez-vous, et qui dément qu’il s’agissait de légitime défense, a également reconnu avoir menti aux policiers. 

« Chaque fois qu’il [NB: M. Messier] a eu l’occasion de mentir, il en a saisi l’opportunité », a dit Me Cournoyer-Quintal. Quant au coup de couteau de M. Lafrenière-Milot, il a été porté « dans un contexte défensif », affirme-t-il.

But offensif

La Couronne n’est pas du tout de cet avis. Cette arme a clairement été utilisée dans un but offensif, a plaidé Me Karine Guay, du ministère public.

Qui plus est, elle a été utilisée avec une force telle qu’elle a transpercé autant les vêtements que le cœur de la victime.

Au surplus, l’analyse pathologique révèle que la blessure de
M. Dupuis Skinner est « totalement incompatible » avec les gestes allégués par l’accusé et la taille des protagonistes.

M. Lafrenière-Milot étant plus petit que la victime, il n’aurait pas pu le frapper par en bas, dit la Couronne, tout en causant une plaie dont la trajectoire allait de haut en bas. La vérité est plutôt qu’« il venait de se rendre compte qu’il ne serait pas payé et était frustré », estime
Me Guay.

« Clairement, le but était de s’attaquer à une personne et non pas de se défendre », a dit Me Guay. Or « la légitime défense n’excuse pas la violence gratuite. »

La version de l’accusé n’est pas crédible selon la Couronne, et les critères balisant la légitime défense n’ont pas non plus été respectés.

Me Guay a également rappelé les nombreux antécédents judiciaires de M. Lafrenière-Milot, dont ses non-respects des ordonnances de la cour. On a là un indice de « son absence de fiabilité » qui s’ajoute à ses réponses hésitantes ou manquantes.

Sa précipitation à se débarrasser des preuves par la suite démontre également « qu’il savait qu’il avait commis un crime et ne voulait pas y être relié ».

Le témoignage de Charles Messier, pour sa part, ne contient que des « contradictions mineures », a dit Me Guay.

Le juge Érick Vanchestein, de la Cour du Québec, doit rendre son verdict le 24 janvier prochain. L’accusé reste détenu entre-temps.