«On voulait prendre de la drogue gratuitement, le niaiser avec un peu d’argent, mais il n’y avait aucune violence de prévue», a dit Charles Messier, témoin du meurtre.
«On voulait prendre de la drogue gratuitement, le niaiser avec un peu d’argent, mais il n’y avait aucune violence de prévue», a dit Charles Messier, témoin du meurtre.

Meurtre de Cédric Dupuis Skinner: la victime voulait voler l’accusé

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Avant de recevoir un coup de couteau fatal, Cédric Dupuis Skinner avait prévu de voler le vendeur de drogue qu’il avait appelé pour une transaction le 28 juillet 2018.

Le plan consistait à « prendre la drogue sans payer, mais sans violence », a indiqué mardi Charles Messier, témoin du meurtre et appelé à la barre au procès de Jonathan Lafrenière-Milot, 29 ans, accusé d’homicide involontaire.

M. Messier a accompagné M. Dupuis Skinner au rendez-vous fixé dans le stationnement d’un restaurant chinois de la rue Authier, à Granby.

Les deux jeunes hommes avaient passé la soirée à faire la fête avec d’autres personnes dans une chambre d’hôtel. Aux petites heures de la nuit, ils décident d’appeler « Joe Jack Milo » pour acheter 3,5 g de cocaïne.

« On voulait prendre de la drogue gratuitement, le niaiser avec un peu d’argent, mais il n’y avait aucune violence de prévue », a dit M. Messier en répondant aux questions de Me Karine Guay, du ministère public.

La suite ne s’est pas déroulée tel que prévu.

L'accusé, Jonathan Lafrenière-Milot

Carte-cadeau

L’accusé est arrivé en taxi. Un sachet de poudre blanche est échangé. Mais au lieu d’allonger le prix convenu de 250 $, M. Dupuis Skinner tend une carte-cadeau d’hôtel enroulée d’un billet de 5 $.

« C’est tout ce que tu vas avoir », aurait alors dit la victime, qui arborait une bague et une ceinture à l’effigie des Hells Angels. « Si tu ne veux pas me payer, moi je te pique », aurait répondu Lafrenière-Milot, selon M. Messier.

« Pas grave, je vais la pogner gratuit », aurait ensuite dit M. Dupuis Skinner avant d’essayer de frapper l’accusé d’un coup de poing. Mais « il a raté sa shot parce qu’il était trop saoul », a dit le témoin.

La victime a ensuite fait mine de porter un deuxième coup, mais l’accusé l’a atteint en premier avec un coup de couteau au coeur, avant de retourner à son taxi en courant. Charles Messier l’a pourchassé armé d’un poing américain, mais sans succès.

Cédric Dupuis Skinner, 20 ans, est mort des suites de cette blessure.

Cédric Dupuis Skinner est mort d'un coup de couteau qui lui aurait été asséné par l'accusé.

Mensonges

En contre-interrogatoire, le témoin de 21 ans a dû expliquer pourquoi il avait apporté un poing américain — une arme prohibée au Canada — à une rencontre qui se voulait pacifique.

« Je l’ai toujours sur moi pour ma sécurité », a dit le travailleur de la construction.

Questionné par Me Jean-François Lambert, de la défense, M. Messier a également dû admettre qu’il avait menti aux policiers lors de son premier interrogatoire suivant le meurtre.

Il avait alors mentionné qu’il était passé « par hasard » sur le lieu du crime et a omis de dire, entre autres, qu’il avait retiré du corps de son ami les objets portant le logo des Hells Angels, avant l’arrivée des ambulanciers.

À ce sujet, il a d’abord soutenu que c’était « pour faciliter les choses à l’hôpital », avant de dire que c’était aussi « pour ne pas qu’il [NB : la victime] se fasse poser des questions » quant à ses possibles liens avec « une organisation criminelle ».

Cédric Dupuis Skinner était le fils de Richard Skinner, arrêté lors d’une vaste opération policière en 2016 visant le trafic de drogue dans l’est de la Montérégie. M. Skinner a écopé en 2018 de 31 mois de prison pour sa participation à ce réseau.

Il a également plaidé coupable à une accusation d’avoir tenté d’intimider une personne associée au système judiciaire. Il a depuis recouvré sa liberté et assiste au procès de M. Lafrenière-Milot.

Les audiences se poursuivent mercredi devant le juge Érick Vanchestein, de la Cour du Québec.