«Je ne pense pas qu’on puisse être soulagé de ça [que le processus judiciaire soit terminé], a indiqué Patrice Bernard à sa sortie de la salle d’audience. C’est dur.»
«Je ne pense pas qu’on puisse être soulagé de ça [que le processus judiciaire soit terminé], a indiqué Patrice Bernard à sa sortie de la salle d’audience. C’est dur.»

Meurtre d’Alain Bernard en 1987 : Patrice Bernard est un homme libre

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Trente-trois ans après le crime et après 11 ans démêlés judiciaires, Patrice Bernard a réglé son dossier de meurtre, mercredi, au palais de justice de Granby. L’homme de 53 ans a plaidé coupable à une accusation réduite d’homicide involontaire coupable. Il reconnaît ainsi avoir participé au meurtre de son oncle, l’homme d’affaires Alain Bernard, survenu à Granby en 1987.

Tout comme ses deux complices, M. Bernard n’avait été arrêté que 22 ans plus tard à la suite d’une opération policière. Il a ensuite passé dix ans et cinq mois en détention, d’abord de façon préventive, puis pour avoir été condamné pour meurtre au deuxième degré - une décision que la Cour d’appel a finalement annulée en 2019, citant des erreurs de droit.

Cette période d’incarcération, qui comptait en double à l’époque, équivaut à la peine prononcée mercredi. Patrice Bernard, qui était en liberté sous conditions, est donc maintenant un homme libre.

«Je ne pense pas qu’on puisse être soulagé de ça [que le processus judiciaire soit terminé], a-t-il indiqué à sa sortie de la salle d’audience. C’est dur.»

Dans une courte entrevue, il a mentionné avoir, au moment du crime, subi l’influence de «mauvaises fréquentations». Il a ajouté: «nos parents, il faut les écouter» quand ils nous en préviennent.

Balle dans la tête

Selon le résumé des faits déposé en cour, c’est en compagnie de la fille de la victime, Chantal Bernard, et d’un ami, Alain Béliveau, que Patrice Bernard a mis fin aux jours de son oncle le 30 août 1987.

Pendant que Chantal — qui s’appelle aujourd’hui Anthony Tristan Bernard et qui demeure le seul accusé encore détenu dans cette affaire — attendait dans une voiture, les deux hommes sont entrés dans la maison de l’homme d’affaires de 44 ans, rue Noiseux, à Granby.

Des trois accusés dans le meurtre d’Alain Bernard (à droite), seul son fils Anthony Tristan Bernard (à gauche) est toujours détenu. La Cour d’appel a récemment statué qu’il a lui aussi droit à un nouveau procès.

Alain Bernard était sur son sofa. Patrice Bernard lui a tiré une balle dans la tête avec un pistolet fourni par Alain Béliveau. Le trio s’est ensuite débarrassé de l’arme sur l’autoroute 10, en chemin pour assister à un concert de David Bowie à Montréal, ce qui constituait leur alibi.

Sur place, il n’y avait toutefois plus de billets disponibles et ils ont plutôt fait la tournée des bars, d’abord dans la métropole, puis à leur retour à Granby.

Le plan avait été échafaudé le soir même. Chantal Bernard souhaitait hériter de son père. Aucune somme n’a été versée à ses complices.

Cocaïne

Dans son exposé, Me Claude Robitaille, du ministère public, a fait valoir que Patrice Bernard était «dans un état d’intoxication très avancé» lorsque le meurtre a été commis. La cocaïne faisait partie du cocktail ingéré, a-t-il précisé en entrevue.

Cet élément a pesé dans les négociations avec la défense, représentée par Me Alexandre Caissie, et qui ont débouché sur l’entente proposée et acceptée par le juge Charles Ouellet, de la Cour supérieure.

«C’est un dénouement mûri et qui fait suite à plusieurs discussions», a dit Me Robitaille après l’audience.

«On évite un procès de cinq semaines», a déclaré Me Caissie devant le tribunal, ajoutant que «la suggestion tient compte des forces et faiblesses de la preuve».

Anthony-Tristan Bernard aura aussi un nouveau procès

Au terme de son procès tenu en 2014, Patrice Bernard avait été condamné à au moins dix ans de prison, une décision ensuite renversée par la Cour d’appel.

Son complice Alain Béliveau a suivi essentiellement le même parcours : au lieu de subir un deuxième procès, il a plaidé coupable à une accusation réduite, soit d’homicide involontaire et de complot, en 2017. Il est aujourd’hui libre.

Seul Anthony Tristan Bernard reste détenu. Il a lui aussi obtenu gain de cause devant la Cour d’appel, le 30 septembre dernier. Le plus haut tribunal du Québec a ordonné un nouveau procès le concernant. Son dossier doit revenir devant la cour le 2 novembre prochain au palais de justice de Sherbrooke.