Vanessa Couillard a réussi à jumeler travail et passion.

Mettre les chevaux au centre de sa vie

Quitter un emploi stable et bien rémunéré pour conjuguer métier et passion, c’est exactement ce qu’a fait Me Vanessa Couillard, il y a quelques mois. Greffière à la MRC Brome-Missisquoi depuis 2010, elle a quitté son boulot pour lancer sa pratique privée en droit équestre. Une denrée rare, même très rare, au Québec.

Native de Bromont, la jeune femme de 34 ans a quitté Montréal peu de temps après ses études pour revenir dans son coin de pays. Elle y a renoué avec l’équitation, un sport qu’elle pratiquait depuis son tout jeune âge, mais qu’elle avait dû délaisser en raison de ses études. Enfant, elle avait participé à des compétitions au niveau provincial.

Me Couillard a découvert le droit municipal alors qu’elle participait à des consultations publiques sur les éoliennes dans le cadre de ses stages. Aussitôt que le poste de greffier à la MRC Brome-Missisquoi a été affiché, elle a postulé.

« Je suis restée à la MRC à peu près neuf ans à titre de greffière, raconte-t-elle. Je m’occupais de tout dans le département juridique. C’est une petite équipe, très jeune et très dynamique. Puisque j’étais revenue dans mon univers, ici, en 2010, je me suis remise à monter à cheval et à reconnecter avec ma passion. » Passion qui n’a fait que grandir.

Choix difficile

Avec une bonne dose de courage et une petite touche de folie, la mère d’un jeune garçon a, un jour, décidé de foncer et de fonder son propre bureau alliant le droit, la massothérapie équine et l’amour des chevaux.

Elle a quitté la MRC en juin dernier. « C’était vraiment déchirant parce que j’étais bien à la MRC, confie-t-elle. J’avais ma petite famille du bureau. Quand ça fait neuf ans que tu es au même endroit, ça roule bien. Mais j’avais le goût d’essayer autre chose. D’être ma propre patronne. »

L’été a été consacré à l’organisation de sa pratique privée en droit équestre, officiellement lancée à la fin août. Cette dernière se nomme Blue Star Equine (BSE).

« Pour l’instant, ma clientèle est soit anglophone unilingue ou bilingue », glisse-t-elle pour justifier l’emploi de l’anglais dans le nom de son bureau et dans la rédaction du contenu disponible sur son site web.

Peu commun au Québec

Son bureau propose des services en droit équestre, une spécialisation très commune en Europe, aux États-Unis et en Ontario, précise l’avocate qui habite à Lac-Brome. Dans ses recherches, elle n’a cependant trouvé qu’un seul petit bureau faisant du droit équestre au Québec.

« Le droit que je pratique n’a aucun lien avec le bien-être animal­, précise Me Couillard­. Je traite tout ce qui concerne les contrats par rapport aux chevaux, comme la vente, l’achat, le transport ou l’entraînement. Je ne plaide pas. Je ne vais pas en cour. Je m’assois avec le propriétaire du cheval et le propriétaire de l’écurie. »

Plaider pour le bien-être des chevaux serait pour elle beaucoup trop émotif. Ses deux chevaux sont en pension dans une écurie où certains ayant été maltraités sont soignés. « La propriétaire va souvent à l’encan pour miser sur des chevaux, contre des gens qui veulent les acheter pour la viande. Ce sont souvent des chevaux qui ont été battus. On est capable de les réhabiliter et ça m’épanouit. Ce sont des cas extraordinaires. Mais plaider dans des cas de cruauté, je pense que je viendrais hors de moi. »

Elle constate malheureusement qu’il y a beaucoup de cas de négligence envers les chevaux, ces animaux demandant énormément de soins.

Prévention

Depuis septembre, Vanessa Couillard fait la tournée des écuries de la région pour parler de ses services. « Je vois mon travail comme de la prévention. Les propriétaires sont très intéressés, mais ils me disent qu’ils vont m’appeler s’ils ont un problème... »

Elle remarque que les écuries du Québec n’ont pas le réflexe de faire affaire avec un avocat, car le droit équestre est plutôt nouveau et méconnu dans la province. Les propriétaires de chevaux et d’écuries hésitent à rédiger des contrats légaux et ont plutôt tendance à s’entendre sur le coin d’une table.

En parallèle à sa vie de maman et d’avocate, Me Couillard a étudié la massothérapie équine l’année dernière.

Massothérapie équine

En parallèle à sa vie de maman et d’avocate, Me Couillard a étudié la massothérapie équine l’année dernière. Ce cours à distance est offert en Floride, juste à côté de Wellington — la Mecque de l’équitation de compétition. Elle a dû cependant passer ses examens en Floride, sur des chevaux de compétition qui valaient jusqu’à quatre millions de dollars.

Elle a ainsi obtenu une certification en thérapie tissulaire profonde, une spécialité que peu de massothérapeutes équins canadiens possèdent. Elle incorpore aussi dans sa pratique des exercices d’étirement et de renforcement pour améliorer l’amplitude de mouvements des chevaux, qui sont de véritables athlètes. 

« La massothérapie, c’est pour tous les chevaux. C’est certain que l’accent est mis davantage sur les chevaux de compétition. Par exemple, à l’International Bromont, tous ont un chiropraticien, un ostéopathe, un acupuncteur et un massothérapeute. »

Les massages aident aussi les chevaux ayant été maltraités. « Un de mes chevaux a fait de la compétition. [...] Il n’a pas une belle histoire, a été blessé à plusieurs reprises et est passé de mauvaise famille en mauvaise famille avant d’arriver jusqu’à moi. J’ai fait beaucoup de massothérapie avec lui et les effets sont extraordinaires », conclut-elle, avec dans la voix un amour évident pour ses chevaux.