Environ 40 travailleurs ont été suspendus mercredi pour avoir refusé de porter le casque de sécurité, tel que dorénavant exigé par la direction d’Agropur.
Environ 40 travailleurs ont été suspendus mercredi pour avoir refusé de porter le casque de sécurité, tel que dorénavant exigé par la direction d’Agropur.

Mesures de sécurité chez Agropur: le casque de la discorde

L’entrée en vigueur d’une nouvelle mesure de protection à l’usine d’Agropur de la rue Principale, à Granby, ne fait pas l’unanimité au sein des employés. Environ 40 travailleurs ont été suspendus mercredi pour avoir refusé de porter le casque de sécurité, tel que dorénavant exigé par la direction de l’entreprise.

Ces employés de production ont été suspendus sans solde pour la journée. Ils devront porter un casque s’ils veulent retourner au travail, a affirmé mercredi la directrice relations publiques et communications externes au sein de l’entreprise, Diane Jubinville.

Selon elle, le port du casque de protection est une mesure qu’Agropur a décidé d’imposer dans l’ensemble de ses usines à l’échelle canadienne. À ce jour, elle a été instaurée, sans que cela crée de remous, dans 24 des 26 usines de la coopérative, note Mme Jubinville. L’usine de fabrication de yogourts de la rue Principale à Granby est la 25e installation où le casque devient obligatoire dans les aires de production, au même titre que d’autres équipements de protection individuelle, comme des lunettes de sécurité et des souliers à cap d’acier.

La fromagerie de la rue Omer-Deslauriers, près de la rue Bernard à Granby, complétera le processus.

« De façon générale, Agropur a un nombre important de blessures dans ses usines. On est même plus élevé que les standards. On va toujours agir à la source quand il y a des problèmes. Mais on fournit aussi des équipements additionnels pour nous assurer d’avoir un nombre moins important de blessures. C’est le cas dans ce contexte-là. Ça a été jugé comme un élément propice pour atteindre des résultats », fait valoir Diane Jubinville.

« Un accident est un accident de trop. Quelque part, c’est dans un but de protection. Il n’y a aucune autre fin que la protection des gens qui est recherchée », ajoute-t-elle.

Selon les données fournies par Agropur, plus de 30 blessures en moyenne par année sont recensées dans les sites où le port du casque n’est pas obligatoire. Des accidents avec blessures à la tête ont été rapportés à l’usine de Granby, affirme Diane Jubinville. Ces accidents ne sont pas détaillés, mais, selon elle, « il peut s’agir de degrés de blessure nécessitant une consultation médicale ou de blessures plus superficielles, mais qui correspondent à une blessure à la tête ».

Le président du syndicat à l’usine d’Agropur, rue Principale, Martin Delage.

Exagéré

Une majorité d’employés de l’usine de fabrication de yogourt s’interroge toutefois sur le bien-fondé du port obligatoire du casque de protection. « Il n’y a jamais eu de problème », affirme le président du syndicat, Martin Delage.

Celui-ci précise néanmoins d’entrée de jeu que l’exécutif syndical n’a donné aucun mot d’ordre à ses membres dans le cadre de l’entrée en vigueur de cette nouvelle mesure. Aux employés de décider s’ils souhaitent ou non porter un casque de protection.

Les quelque 20 employés du quart de nuit et 20 autres du quart de jour qui ont décidé de passer outre à la consigne mercredi ont toutefois été rapidement rencontrés par l’employeur à leur entrée en poste à l’usine et ont dû retourner à la maison.

« Le syndicat n’est pas contre la santé et la sécurité au travail et la protection des travailleurs. Au contraire. Les employés font beaucoup de travail pour améliorer ce volet-là, sauf qu’ils trouvent que c’est exagéré de mettre un casque. Il n’y a jamais rien qui est tombé proche de la tête de quelqu’un ou quelque chose qui est arrivé. Les seuls événements qui sont venus aux oreilles du syndicat, ce sont des gens qui se sont cogné la tête, genre quelqu’un qui ramasse une feuille sous son bureau et se cogne en se relevant », soutient Martin Delage.

Selon lui, depuis que cette nouvelle mesure a été annoncée l’automne dernier, la réalisation d’une analyse de risque a été réclamée à la direction afin que l’importance du port du casque soit démontrée aux employés. Mais leur demande est demeurée lettre morte. Même chose pour la pétition de quelque 170 signatures qui a été déposée à la direction locale de l’usine mardi afin que l’application de la mesure s’effectue sur une base volontaire.

Les représentants de certains corps de métier plus techniques, comme les mécaniciens et les électromécaniciens, portent déjà depuis longtemps un casque de façon volontaire, rapporte le président du syndicat.

Priorités

Martin Delage affirme par ailleurs qu’il y a d’autres éléments plus importants à considérer en matière de santé et sécurité au travail avant d’imposer le port du casque de protection.

Il évoque entre autres l’application de mesures pour sécuriser le travail isolé, soit lorsqu’un employé travaille seul dans un secteur de l’usine ou sur une pièce d’équipement.

« Même si c’était un sous-traitant, il y a eu un décès dans la cour. Et ça arrive qu’on fasse du travail isolé dans l’usine, qu’un mécanicien, par exemple, fasse une intervention sur un moteur dans une place isolée. Mais rien n’a été mis en place », relève le président du syndicat.

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Selon lui, le port du casque obligatoire pour les employés de la production représente un « irritant » de plus depuis que Aliments Ultima est passé complètement dans le giron d’Agropur, en 2017.

« Les gens sont moins mobilisés. On a l’impression qu’on se fait juste imposer des choses », déplore Martin Delage.

« Qu’il y ait eu ou non des blessures à la tête ne devrait pas apporter une différence dans l’application de cette mesure de sécurité additionnelle. La volonté et l’obligation d’Agropur est d’assurer la protection de ses employés », affirme la directrice relations publiques et communications externes chez Agropur.