La Granbyenne Mélina Roberge, l’une des Québécoises impliquées dans l’importation en Australie d’une cargaison de cocaïne valant 16 millions $ par bateau de croisière en 2016, a été condamnée à huit ans de prison mercredi.

Mélina Roberge condamnée à 8 ans de prison

La Granbyenne Mélina Roberge, l’une des Québécoises impliquées dans l’importation en Australie d’une cargaison de cocaïne valant 16 millions $ par bateau de croisière en 2016, a été condamnée à huit ans de prison mercredi.

Elle sera admissible à une libération conditionnelle à partir du 27  mai 2021.

Roberge a fondu en larmes quand sa peine a été annoncée. Elle a expliqué au tribunal de la Nouvelle-Galles-du-Sud qu’elle a risqué de passer le reste de ses jours dans une prison australienne pour avoir la chance de prendre des « égoportraits dans des endroits exotiques et les mettre sur Instagram et récolter des ‘j’aime’ et obtenir de l’attention » pendant une vacance de 17 000 $ US qu’elle n’avait pas les moyens de s’offrir.

La juge Kate Traill a dénoncé les motivations de la jeune femme comme étant « une condamnation très triste » des jeunes de son âge qui « poursuivent une existence vide de sens dans laquelle les ‘j’aime’ deviennent une monnaie ».

La magistrate a ajouté que Roberge a été « séduite par le mode de vie et la chance d’afficher sur Instagram des images somptueuses prises à travers le monde ». La jeune femme voulait faire des jaloux, a poursuivi Mme  Traill, « mais je doute que ça soit maintenant le cas ».

Son avocat avait tenté de faire valoir qu’elle n’avait joué aucun rôle dans le trafic de la cocaïne. Le procureur avait répliqué que Roberge savait fort bien ce qu’elle faisait.

Roberge a expliqué au tribunal qu’elle avait été recrutée par un « papa gâteau » canadien qu’elle a refusé d’identifier par crainte de répercussions envers sa famille. Elle aurait rencontré l’homme en 2015 et aurait entrepris une relation intime avec lui, pendant qu’elle lui servait d’escorte. C’est lors d’un voyage au Maroc en mai 2016 qu’il lui aurait proposé de participer au trafic de drogue.

La juge Traill a expliqué que le rôle de la jeune femme était « d’être belle » et de détourner l’attention pendant que la drogue était trafiquée. En plus de la croisière, on lui aurait promis 5000 $ US d’argent de poche et une autre somme une fois de retour au Canada.

Dans un affidavit soumis au tribunal, Roberge déclare qu’elle était à ce moment « une jeune femme stupide » dont la vie était gouvernée par des objectifs superficiels. « J’ai fait tant de mal à tant de gens en cours de route », a-t-elle dit.

L’autre Québécoise impliquée dans cette affaire, Isabelle Lagacé, âgée de 30 ans, a été condamnée en novembre dernier à sept ans et six mois d’emprisonnement. Elle avait précédemment dit au tribunal qu’elle s’était impliquée dans la contrebande afin de toucher une somme d’argent qui lui aurait permis de rembourser une dette.

Un autre Québécois, André Tamine, âgé de 65 ans, recevra sa peine en octobre prochain.

Des chiens spécialisés avaient trouvé 35 kilos de cocaïne dans la cabine des deux femmes et 60 kilos dans celle de Tamine. Le trio avait tout d’abord attiré les soupçons de l’Agence des services frontaliers du Canada et du département américain de la Sécurité intérieure.

Le navire MS Sea Princess a fait des escales aux États-Unis, aux Bermudes, en Colombie, au Panama, en Équateur, au Pérou et au Chili avant de traverser le Pacifique et d’arriver en Australie en août 2016.

Roberge a dit que la drogue a probablement été placée à bord du navire au Pérou, quand elle a noté une activité plus intense.

Sa peine pourrait être purgée au Canada

Condamnée à huit ans de prison pour trafic de cocaïne en Australie, Mélina Roberge pourrait purger sa peine au Canada si elle en fait la demande. Il ne s’agit toutefois pas d’un droit absolu.

Le ministère de la Sécurité publique du Canada se réserve le droit d’approuver ou non une telle requête, indique le Service correctionnel du Canada dans son Livret de renseignements sur le transfèrement de délinquant. Ce pouvoir a été confirmé par la Cour suprême en 2013.

L’éventuel déplacement de la Granbyenne d’origine sera facilité du fait que les pays du Commonwealth, dont font partie l’Australie et le Canada, ont signé en 1966 un traité qui établit les critères selon lesquels un détenu peut être transféré dans son pays d’origine.

Il doit être résident canadien, sa sentence doit être finale (il ne doit pas avoir fait d’appel) et il doit lui rester plus de six mois de détention à purger au moment où il dépose sa demande de transfèrement. Le pays qui accueille le détenu est aussi tenu de respecter la sentence qui lui a été imposée, précise le traité intitulé Arrangement du Commonwealth pour le transfert de délinquants.

Pas la première fois

Le pays qui a imposé la sentence doit lui aussi accepter que le détenu soit déplacé, mais dans le cas de Mélina Roberge cela ne devrait pas poser problème, estime Me Sylvie Bordelais, avocate spécialisée en droit carcéral.

« Ce ne serait pas la première fois » qu’un Canadien détenu en Australie demande de purger le reste de sa peine chez lui, dit Me Bordelais. « Je ne vois pas de difficultés particulières; ce sont deux pays qui ont des systèmes juridiques similaires. »

Enclenché, le processus de transfèrement prend environ un an avant d’être avalisé par les autorités des deux pays, ajoute l’avocate jointe par La Voix de l’Est. « Mieux vaut le faire le plus rapidement possible. »

Si Mélina Roberge choisit de purger toute sa peine au pays des kangourous, elle n’aurait alors « pas de comptes à rendre à qui que ce soit » à son retour au pays. Elle n’écoperait pas non plus de dossier criminel au Canada si elle purge une partie de sa peine ici puisque le crime a été commis en Australie, dit Me Bordelais. Mais elle sera « connue des autorités ». 

À son arrivée, le délinquant est généralement envoyé dans l’établissement carcéral le plus proche du point d’entrée, et « dès qu’il est possible de le faire (...) il est envoyé à l’établissement qui convient selon les résultats de son processus d’évaluation initiale, dans la région qu’il a choisie », indique le Service correctionnel du Canada sur son site internet.