Les citoyens étaient nombreux à la séance du conseil de Cowansville, mardi soir, pour poser de nouveau des questions sur le mégaprojet de Guy Samson.
Les citoyens étaient nombreux à la séance du conseil de Cowansville, mardi soir, pour poser de nouveau des questions sur le mégaprojet de Guy Samson.

Mégaprojet au centre-ville de Cowansville: les élus chahutés

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
La salle du conseil de Cowansville s’est une fois de plus remplie de citoyens qui sont en désaccord avec le projet du promoteur Guy Samson, qui prévoit un complexe de cinq tours résidentielles de 10 étages, mardi soir lors de la séance du conseil.

Les élus ont adopté à cette occasion le projet particulier de construction, de modification et d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) afin que le processus d’approbation référendaire puisse se poursuivre.

Le 27 février, un nombre suffisant de citoyens provenant de six zones contiguës ont déposé une demande pour la tenue d’un registre. Par défaut, la zone concernée pourra aussi participer au registre, qui doit être signé par les résidents de ces zones qui s’opposent au PPCMOI.

Plusieurs citoyens se sont prononcés au micro afin de demander à ce que tous les Cowansvillois puissent se prononcer sur le sujet. Les questions des stationnements, de la circulation et de l’esthétique de la ville ont de nouveau été abordées.

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La greffière Julie Lamarche leur a expliqué que l’adoption d’un PPCMOI doit être soumise au processus d’approbation référendaire, qui prévoit la tenue d’un registre avant celle d’un référendum, qui est régi par la Loi sur les élections et les référendums et la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. C’est cette dernière loi qui détermine qui peut se prononcer. « On n’a pas de discrétion là-dessus », conclut-elle.

Quant aux zones visées, il s’agit d’un découpage qui n’est pas fait selon le projet.

Les mots « mur de la honte », « mur du mépris » et même « mur de Berlin » ont été utilisés pour qualifier le projet, puisque les cinq immeubles seraient côte à côte.

« Est-ce que vous avez une vision pour notre ville ? a demandé Linda Carey. On est au portail de la Montérégie et des Cantons-de-l’Est. La Montérégie, c’est ordinaire. Les Cantons-de-l’Est, c’est un joyau. Je pense que la vision adoptée par vous et votre prédécesseur, c’est la ville ordinaire. La cote de défavorisation est en chute libre. Vous attirez des gens pour venir mourir ici. Tout ce qui se construit, c’est pour les personnes âgées. Je pense qu’on gaspille notre belle ville. C’est un mur de Berlin en plein milieu de notre ville. Vous allez sceller qu’on est une ville laide et ordinaire. »

Des rencontres avec le promoteur cette semaine

Des rencontres entre le promoteur et les citoyens concernés sont prévues jeudi et vendredi prochain, à l’hôtel de ville, ce qui a aussi soulevé les passions.

Danielle Fortin croit qu’il y a un problème éthique de « prêter » le personnel municipal pour prendre les inscriptions à ces rencontres. « Utiliser le personnel de la Ville, c’est inacceptable », a laissé tomber la citoyenne.

« On a un promoteur qui a déposé un projet et on a facilité l’accès aux citoyens, a répliqué la mairesse Sylvie Beauregard. Ça n’engendre pas énormément de temps pour nos employés. Toutes sortes de choses sont véhiculées. Il y a de la confusion, il y a de la désinformation. Je pense que c’est le temps de venir poser les bonnes questions au promoteur. »

Invectivé parce qu’en faveur

Le seul citoyen qui s’est prononcé en faveur du projet de M. Samson est Richard Larose. Après avoir posé deux questions sur les revenus en taxes envisagés et les coûts que devra défrayer la Ville, il a annoncé sa position, ce qui a été accueilli par des huées et des invectives de la part de quelques citoyens émotifs.

« Je trouve que le projet est génial, a-t-il commenté, demandant ensuite à ses concitoyens de respecter son point de vue. Enfin, on n’aura plus honte du centre-ville de Cowansville, qui est présentement minable. Tous les commerces, ça fait 20 ans qu’ils crèvent de faim ! Pas un commerçant ne va aller dans ce centre d’achat là. Il s’est vidé avec raison. »

Il demande au conseil de tout faire pour que ce projet se réalise, quitte à tenir un référendum pour tous les citoyens. Il croit que les citoyens sont en faveur et qu’ils le feront savoir de cette façon. « Si vous faites un référendum à travers la ville, ça va passer. »

Majorité silencieuse ?

Mme Beauregard croit que M. Larose fait partie d'une majorité silencieuse qui est favorable au projet. Elle raconte recevoir régulièrement des appels de commerçants et de citoyens qui lui manifestent leur soutien.

Dans la salle étaient présents quelques citoyens favorables, mais silencieux, dont Mickael Wing. Comme il n’avait pas de question à poser, il n’a pas pris la parole publiquement. En entrevue, il a dit être en faveur du projet pour plusieurs raisons.

Les taxes rapportées, l’arrivée de nouveaux travailleurs qui seront bénéfiques, surtout en situation de rareté de main-d’œuvre, et la possibilité de freiner l’étalement urbain sont trois raisons évoquées par M. Wing.

« C’est un fait que notre centre d’achat est laid, a-t-il ajouté en entrevue. La ville y investit, mais malgré ça, ça reste vide. Le centre d’achat n’aurait jamais dû être là. Ils parlent de garder une petite ville, mais avec un centre commercial en plein milieu, c’est trop tard. Il faut avancer avec ce qu’on a. »

La revitalisation du centre commercial est la dernière phase du projet de M. Samson.

La mairesse est ouverte à trouver une solution pour que tous les citoyens puissent s’exprimer, par exemple en tenant un sondage, mais elle ajoute que la loi encadre le processus référendaire.

« Je ne suis pas insensible aux préoccupations des gens », a-t-elle assuré après cette séance parfois houleuse.

« On n’est pas fermé. On a l’air de lancer ça comme ça, mais on en a discuté ensemble. On a challengé M. Samson. Quand il est arrivé, il y avait plus d’étages. On a posé la question pour moins d’étages », a répondu la mairesse aux citoyens.

Le registre se tiendra le 30 mars à la mairie. Le nombre de signatures nécessaires pour passer à l’étape du référendum n’est pas encore connu.