Un logement mal entretenu ou laissé à lui-même peut être le fruit de mauvaises habitudes de vie ou de négligence, mais cela peut parfois aussi être le signe d’une problématique plus sérieuse.

Mauvais entretien: le symptôme que quelque chose cloche

Un logement mal entretenu ou laissé à lui-même peut être le fruit de mauvaises habitudes de vie ou de négligence, mais cela peut parfois aussi être le signe d’une problématique plus sérieuse.

Un trouble d’accumulation compulsive ou une insalubrité extrême dans un appartement peut être attribuable à l’éducation reçue par une personne, à une maladie mentale, un début de démence, une perte cognitive, un traumatisme crânien, de l’alcoolisme ou de la toxicomanie ou plusieurs autres facteurs, souligne Marie-France Beauregard, coordonnatrice des services psychosociaux généraux, professionnels en GMF et gestionnaire de l’équipe Info-Santé de l’Estrie. « Ce qui importe, c’est de déterminer la cause et de travailler avec cette personne-là pour qu’elle reprenne le contrôle sur sa situation », dit-elle.

Surtout, poursuit l’intervenante, il faut éviter de stigmatiser et de ne se fier qu’aux apparences. « Il existe des gens ayant un trouble d’accumulation qui sont fonctionnels. Des gens qui travaillent, qui ont une vie active et dont on ne se douterait pas qu’ils sont aux prises avec cette problématique », affirme-t-elle.

Les locateurs démunis

Sans formation, il n’est pas évident de gérer une problématique de santé mentale, indique Guy Mongeau, directeur général de l’Office municipal d’habitation Hauta-Yamaska-Rouville. « Dans ces cas-là, on réfère directement au système de santé », indique-t-il.

« Les propriétaires sont démunis face à la maladie mentale, reconnaît également Me Annie Lapointe, directrice adjointe du Réseau des propriétaires d’habitations locatives. C’est difficile, car dans ces cas-là, on sait que ce n’est pas la faute du locataire, mais ils n’ont aucun recours pour avoir de l’aide. »

C’est notamment le cas de Gaétan (nom fictif), un propriétaire ayant déjà été confronté à ce type de clientèle. « Nous, on veut bien aider nos locataires, mais comme on ne fait pas partie de la famille, notre pouvoir d’action est limité dans le système », confie-t-il.


« Ce qui importe, c’est de déterminer la cause et de travailler avec cette personne-là pour qu’elle reprenne le contrôle sur sa situation »
Marie-France Beauregard, coordonnatrice des services psychosociaux généraux, professionnels en GMF et gestionnaire de l’équipe Info-Santé de l’Estrie

Approche collaborative

À Cowansville, par exemple, on enregistre environ un nouveau signalement toutes les deux semaines, indique Michel Ouellette, capitaine à la prévention au Service de sécurité incendie de Cowansville.

« On ne sait pas si c’est parce qu’il y a plus de cas, mais ça semble à tout le moins plus apparent, ajoute le pompier. Nous avons de plus en plus de signalements, mais je ne saurais dire si c’est parce que le public est plus éduqué et sensibilisé à la problématique ou parce qu’on ne tolère plus certaines choses qu’on laissait passer auparavant. »

Le pompier estime qu’environ 80% des cas relèvent d’une problématique de santé. « À ce moment-là, notre rôle est de valider si le signalement est fondé ou non, ce qui est avéré environ une fois sur deux. La perception de chacun sur ce qui est encombré est très personnelle », relève-t-il.

Michel Ouellette, capitaine à la prévention au Service de sécurité incendie de Cowansville.

Ces cas nécessitent plutôt l’intervention de personnes spécialisées et surtout, une collaboration entre les différents acteurs impliqués, que ce soit la municipalité, le service de sécurité incendie et des acteurs du réseau de la santé.

« On ne peut pas simplement dire à ces personnes : ramassez-vous !, note M. Ouellette. Elles doivent suivre un plan de thérapie et cela peut prendre beaucoup de temps. Certaines personnes sont incapables de se départir de quoi que ce soit, car elles développent des sentiments pour tout objet en leur possession. Ça peut prendre des années pour se soigner. C’est une démarche progressive. »

« C’est pour cette raison qu’il est important d’impliquer des acteurs du milieu de la santé très tôt dans les démarches. Ainsi, on peut arriver à créer une relation de confiance avec la personne et la soutenir afin qu’elle ne se fasse pas expulser de son logement. C’est la théorie des petits pas », renchérit Mme Beauregard.

Un protocole d’intervention pour les cas d’encombrement et d’insalubrité morbide existe d’ailleurs sur le territoire de la MRC Brome-Missisquoi. Ce protocole, qui pourrait éventuellement être déployé ailleurs, a laissé entendre M. Ouellette, vise à offrir une aide psychosociale et de l’accompagnement aux locataires pour amener ceux-ci à améliorer leur situation.

« Malheureusement, si la personne refuse de se faire aider ou de s’aider, il y a peu de choses qu’on peut faire pour elle », déplore Étienne Chassé, directeur du service de sécurité incendie de Saint-Césaire.