Le Zoo de Granby a fait caractériser le contenu des poubelles et des bacs de recyclage mercredi pour évaluer la performance de ses installations. En 2016, une telle analyse avait conclu qu’entre 15 et 20 % des matières recyclables consommées étaient jetées à la poubelle.

Matières recyclables: des employés du Zoo décrient le bilan

Le cinquième des matières recyclages consommées par les clients du Zoo de Granby échappe à la collecte sélective et se retrouvent au dépotoir. Des employés décrient cette situation et l’attitude indolente de la direction du jardin zoologique pour améliorer ce bilan.

« Au Zoo, on parle beaucoup d’écologie. On sensibilise les gens aux impacts du plastique sur les océans, sur la santé des animaux aquatiques. On a une activité spéciale de sensibilisation au pavillon de l’Océanie qui en parle. Mais en même temps, on vend tous ces produits de plastique, des bouteilles d’eau, de la cochonnerie alimentaire. On encourage la surconsommation. C’est difficile à justifier », souligne Charles.

Le jeune homme, dont nous taisons le vrai nom, travaille depuis deux ans au service de l’entretien du Zoo. Tous les matins, ses collègues et lui parcourent le vaste site pour vider les poubelles et les bacs de recyclage. Et chaque jour, il est étonné de la quantité de matières déposée dans les mauvais bacs. « Les gens jettent n’importe quoi, n’importe où », dénonce-t-il.

Bouteilles d’eau, de jus, de liqueurs, cartes du Zoo, assiettes de carton, assiettes d’aluminium et gobelets de maïs soufflé sont souvent jetés dans les poubelles au lieu d’être déposés dans les bacs de récupération. L’identification de ceux-ci pose problème, pense Vincent (nom fictif), également employé au service de l’entretien. « Ce n’est pas toujours vraiment clair pour les gens si c’est une poubelle ou un bac de recyclage. On voit qu’ils hésitent des fois avant de jeter leurs choses. On en parle aux superviseurs. Mais on dirait que ça ne se rend pas jusqu’en haut, à la direction », dit le jeune homme.

L’identification des bacs de récupération est en effet un enjeu, reconnaît Marjolaine Tremblay-Dion, coordonnatrice au département d’éducation et développement durable au Zoo de Granby. C’est particulièrement vrai à l’Amazoo, où autant les poubelles et les bacs de récupération ont souvent les mêmes couleurs et les mêmes formes. Ceux-ci ont fait leur temps, pense-t-elle. « On doit souvent les réparer. On est rendu à leur limite », dit-elle.

Le jardin zoologique investit beaucoup d’efforts pour réduire son empreinte écologique, assure Mme Tremblay-Dion. Les restes alimentaires provenant de la préparation de la nourriture des animaux du Zoo ainsi que leurs résidus de litière (ripes de bois) sont revalorisés par un agriculteur de la région. Ce sont 1300 tonnes de matières organiques qui sont détournées de l’enfouissement, fait-elle valoir.

Ambiance festive
La gestion des matières résiduelles produites par les clients est plus complexe, indique Mme Tremblay-Dion. Les gens n’ont pas la tête à recycler, dit-elle, ce qui produit une certaine indiscipline quand vient le temps de le faire. « Les gens sont contents d’être ici. Ils sont avec les enfants, vivent du bon temps, sont en congé. Ils sont dans une ambiance très festive. Quand vient le temps de trier leur plateau de nourriture, certains ne prennent pas le temps et jettent tout dans la poubelle. Ils ne veulent pas se poser la question où mettre quoi. »

Des caractérisations des contenus des poubelles et des bacs de recyclage réalisées en 2016 ont permis de constater qu’entre 15 et 20 % des matières recyclables sont jetées aux poubelles par les clients, selon les données du Zoo.

L’an dernier, l’organisme sans but lucratif a acheminé 315 tonnes de déchets au site d’enfouissement, tandis qu’un total de 100 tonnes de matières recyclables ont pris le chemin du centre de tri de Sani-Éco.

L’enfouissement coûte cher au Zoo. Lors des quatre dernières années, le jardin zoologique a déboursé en moyenne 37 120 $ pour payer les coûts pour enfouir ses déchets.

LE GRAND PARADOXE

Le fait de vendre autant de produits de plastique n’est-il pas contraire à la mission première du Zoo de Granby, qui est la conservation et la protection de la faune?

Cette question fait l’objet de discussion entre les employés, souligne une employée membre de l’équipe d’éducation du Zoo. « Oui, c’est très paradoxal. On s’en parle depuis quelques années. On doit faire mieux pour améliorer notre bilan. Mais c’est un long processus de changement », dit-elle.

Marjolaine Tremblay-Dion suggère d’aborder cette question différemment. « Nos activités commerciales nous permettent de financer de la recherche et des projets de reproduction d’espèces en captivité et en liberté. On a besoin de ces revenus pour y arriver. On doit trouver le moyen de le faire en ayant l’impact le plus faible possible sur l’environnement », affirme la coordonnatrice au département d’éducation et développement durable au Zoo.

Des gestes importants ont été pris cette année pour y arriver, assure Mme Tremblay-Dion. Les employés des aires de restauration ne donnent plus systématiquement des pailles ou des couvercles lorsqu’ils vendent des boissons gazeuses dans des verres. Les clients doivent faire la demande pour en avoir, explique-t-elle. Aussi, les employés qui cuisinent des poutines n’utilisent plus de petits sacs de plastique pour préparer des proportions individuelles de fromage, réduisant du coup la consommation de plastique. « On a beaucoup de suggestions qui nous viennent des employés. Ils sont sur le terrain alors ils voient ce qui peut être amélioré », note Marjolaine Tremblay-Dion.

Par ailleurs, les boutiques de souvenirs ne remettent plus que de sacs en plastique aux clients. Les employés leur proposent des sacs réutilisables. L’an dernier, 25 000 sacs de plastique ont été utilisés.

Quant aux bouteilles d’eau, leur vente sera discutée avec la direction générale. Chaque année, le Zoo en vend entre 20 000 et 40 000. Encore ici, une alternative doit être en place pour les clients pour leur offrir de l’eau. Pour l’heure, seulement quelques fontaines d’eau sont conçues pour permettre de remplir des bouteilles réutilisables, signale Mme Tremblay-Dion.

LES PARTENAIRES DEVRONT S’AJUSTER

Les partenaires et fournisseurs du Zoo de Granby devront offrir des produits plus respectueux de l’environnement, soutient la direction de l’organisation. « C’est un enjeu majeur pour nous », a assuré Hélène Plamondon, directrice des ventes, du marketing et des communications.

Un plan d’action de développement durable est en place pour les douze prochaines années avec des objectifs à atteindre, a dit Mme Plamondon en entrevue. Parmi ceux-ci, la réduction par le Zoo de produits non recyclables, notamment les verres cirés pour les boissons gazeuses. « On va travailler avec tous nos fournisseurs. Ils vont être obligés d’aller dans cette mouvance », a dit Mme Plamondon en référence au virage entrepris par plusieurs entreprises pour proposer des produits moins nocifs pour l’environnement. Le Zoo est lié par contrat avec Coca-Cola jusqu’en 2021 pour offrir ses produits en exclusivité, dont ses verres cirés. Ça ne veut pas dire, précise Mme Plamondon, que des modifications de l’entente ne sont pas possibles avant cette échéance avec la multinationale. « On va déclencher ces discussions », a-t-elle dit.

La fin de la vente de bouteilles d’eau est également envisagée d’ici deux à trois ans, a indiqué Mme Plamondon. Le Zoo de Granby veut cependant prendre le temps de bien informer ses clients en les incitant à apporter une bouteille réutilisable lors de leur passage au jardin zoologique. Des fontaines spécialement conçues pour les remplir seront graduellement ajoutées un peu partout sur le site. « On ne peut pas du jour au lendemain arrêter de vendre de l’eau. Les gens en ont besoin, surtout quand on a des journées très chaudes. » Une campagne de sensibilisation sur les bouteilles d’eau réutilisables sera lancée en 2019.