Des VTT et des motos passent illégalement sur les terres agricoles de Léger Parent pour rejoindre le sentier qui longe l'autoroute 10. Ils endommagent dans leur sillage sa propriété.

Marre des VTT dans ses champs

Léger Parent en a marre que des adeptes de véhicules tout terrain et de motos hors route passent dans ses champs pour rejoindre un sentier le long de l'autoroute 10. Il juge le ministère des Transports responsable de la situation.
« Ils ne se gênent pas pour passer même si c'est interdit. Ils coupent la clôture. On a eu des côtes à côte (type de VTT) qui se sont accotés dessus et qui l'ont fait tomber. On ne peut rien faire », se désole M. Parent. « Les gens ne respectent rien. »
Les champs de M. Parent se trouvent à l'intersection nord-ouest formée par le viaduc du rang Roy et de l'autoroute 10 à Saint-Alphonse-de-Granby. Il y a environ cinq ans, les VTT et motos passaient directement sous l'ancien viaduc, explique le producteur laitier. Mais la nouvelle structure a été aménagée différemment par le MTQ, éliminant la largeur nécessaire pour passer. Depuis, dit-il, les usagers du sentier bifurquent sur ses terres pour contourner le viaduc, traversent le rang Roy, passent sur les terres de son voisin et reprennent le sentier de l'autre côté du viaduc. Le même manège se répète dans le sens inverse.
M. Parent n'est pas contre l'utilisation de ses terres à des fins récréatives. Il fait remarquer qu'il autorise depuis des années le passage des motoneiges. Mais en dehors de la saison hivernale, entre le 16 mars et le 15 décembre, c'est impossible puisqu'il doit cultiver ses terres, dit-il.
Le passage répété des VTT sur les terres de M. Parent l'empêche de cultiver un corridor d'une dizaine de mètres de largeur. C'est sans compter les problèmes d'érosion créés. La pente fait que la terre glisse dans le fossé, provoquant parfois l'inondation d'une partie de ses terres. « J'ai fait venir de la machinerie l'année dernière pour nettoyer le fossé. Ça m'a coûté 700 $. Je paie des taxes municipales sur ces terres-là », signale-t-il. 
L'an dernier, raconte M. Parent, son fils Narcisse a intercepté cinq adeptes de motos tout terrain. Ils habitaient à Saint-Jérôme dans les Laurentides. « Ils pensaient que c'était un sentier. C'est vrai que ça ressemble à un sentier, mais ils n'ont pas le droit de passer là. »
Cette confusion est alimentée par le MTQ qui ne fait pas sentir sa présence, croit M. Parent. « Ces terrains appartiennent au MTQ. C'est eux qui empêchent les VTT de passer sous le viaduc. C'est à eux de régler le problème­ », affirme-t-il.
Oui l'hiver, non l'été
Au MTQ, on reconnaît que l'emprise où passe le sentier est la propriété du gouvernement. On reconnaît également que le passage est permis l'hiver, entre le 15 décembre et le 15 mars. Un accord existe entre le MTQ et le Club 3 et 4 roues de l'Estrie, indique Nomba Danielle, de la division de l'Estrie du MTQ. Il doit cependant être renouvelé tous les ans. Des pourparlers sont en cours pour négocier une entente permanente, dit-elle.
En entrevue vendredi, Mme Danielle a assuré que le viaduc du MTQ ne crée pas de problèmes aux agriculteurs. « On construit des infrastructures routières­ sécuritaires­ pour les usagers. »
Les personnes qui empruntent l'emprise du MTQ sont en contravention de la Loi sur les véhicules hors routes, a dit Mme Danielle. Elle n'a pu dire quelle suite le MTQ allait donner aux plaintes des agriculteurs.
« Ils sont équipés pour passer »
Il ne sert à rien de dresser des obstacles sur le sentier longeant l'autoroute 10, estime Alain Pelletier. Les délinquants verront le tout comme un défi, pense le vice-président du Club 3 et 4 roues de l'Estrie. « Tu ne peux rien mettre pour leur barrer la route ; ils sont équipés pour passer à travers. »
On ne retrouve pas seulement des VTT sur le sentier, signale M. Pelletier. Des personnes s'y aventurent même en camionnette et en jeep. Leur passage laisse des traces. « Ils brisent le sentier, brisent nos ponts. On doit réparer tout ça. C'est comme ça tous les ans », déplore-t-il.
Pour M. Pelletier, il serait opportun que le MTQ installe des panneaux à quelques endroits dans le sentier les informant qu'il est fermé et que des amendes soient imposées en cas d'infraction. « Pas seulement 100 $. Quand quelques-uns vont avoir été pris, le mot va se passer », calcule-t-il.
Les adeptes de VTT qui passent illégalement sur les terres agricoles nuisent à la réputation de la majorité des usagers de sentiers et au Club 3 et 4 roues de l'Estrie, souligne M. Pelletier. « À un moment donné, le MTQ va se tanner et nous enlever la permission de circuler. »