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Entré au Zoo de Granby comme gardien de parc, Marcel Champagne gère désormais les différents projets de construction du site.
Entré au Zoo de Granby comme gardien de parc, Marcel Champagne gère désormais les différents projets de construction du site.

Marcel Champagne, l’homme de la cabane croche

Olivier Pierson
Olivier Pierson
La Voix de l'Est
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Au Zoo de Granby, on taquine parfois Marcel Champagne pour la construction d’une maison qui abrite une station de pompage et a l’air mal en point. Le chargé de projets s’en amuse, tout en précisant que cette cabane visible dans l’Amazoo a volontairement été construite « tout croche ». Par chance pour l’institution locale, d’autres réalisations qu’il a chapeautées ont bien plus fière allure !

Arrivé à Granby en 1988, ce Franco-Albertain avait à cœur de travailler un jour pour les animaux, qu’il adore. Plus de 30 ans plus tard, le natif de Saint-Paul a encore le regard qui pétille en évoquant son environnement professionnel, et toujours de bons mots pour ceux et celles qui lui rendent la tâche plus facile. Comme il aime le répéter, il n’est qu’un maillon dans le rouage d’un site dont il loue autant le savoir-faire que l’esprit d’équipe.

« Je suis un peu comme un chef d’orchestre qui doit s’assurer de la bonne coordination entre différentes personnes ou services », résume Marcel Champagne à propos de ses fonctions. Dans une autre vie, il était menuisier dans les Rocheuses de son Alberta natale. Et puis, un jour, il a suivi sa conjointe, une Québécoise qui souhaitait se rapprocher de sa famille. « En arrivant au Québec, j’avais besoin de nouveaux défis. Je tenais absolument à travailler dans un zoo », dit-il.

La fameuse cabane de l’Amazoo, qui a l’air d’une masure et vaut au chef de projets les commentaires taquins de ses collègues. «Si tu veux quelque chose de croche, vas voir Marcel, disent-ils souvent», confie sur un ton amusé le principal intéressé.

Dans celui de Granby, il a vite trouvé matière à cultiver son bonheur, une graine à la fois. « Ils m’ont engagé comme gardien de parc. À l’époque, on ne parlait pas encore de vidéosurveillance avec alarme. Il m’arrivait à l’occasion de nourrir certains animaux, notamment un couple d’orangs-outans qui se prénommaient Roméo et Juliette... » L’évocation de ce souvenir lui décroche un sourire.

Le collectif avant tout

Après ça, il a remis son tablier de menuisier. « Le Zoo m’a offert un poste. J’ai commencé à faire de l’aménagement et de l’entretien. C’était une autre façon pour moi de me rendre utile auprès des animaux. Ça m’a aussi permis d’acquérir de l’expérience dans la construction et les décors, au contact notamment des artistes-sculpteurs, avec qui j’ai collaboré plusieurs mois pour la réalisation du parc Afrika. »

Dans la bouche de Marcel Champagne, le collectif a supplanté l’individuel. Il insistera d’ailleurs à plusieurs reprises sur cette notion de collaboration au cours de notre entrevue. Oui, il est en quelque sorte un chef d’orchestre, mais il est entouré de sacrés musiciens. « Le Zoo, renchérit-il, a beaucoup de ressources et peut compter sur du personnel d’expérience. L’expertise interne est très précieuse. Et puis, c’est une collection d’idées et d’opinions, que ce soit par exemple celles des techniciens en soins animaliers ou du service à la clientèle, qui a aussi son mot à dire. C’est une somme de beaucoup d’intervenants à laquelle il faut tenir compte quand on se lance dans des travaux. »

L’habitat extérieur des hippopotames, le dernier projet en date orchestré par Marcel Champagne.

Le Zoo à la manœuvre

En devenant chef de projets, Marcel Champagne a dû apprendre à composer avec le stress. « Souvent, les délais de livraison sont assez serrés », souligne-t-il en citant l’exemple du pavillon Odyssée Pacifique Sud, qui n’a pas été une mince affaire « avec toute sa mécanique et ses aquariums ». Un bâtiment qui a fait pousser, de son propre aveu, quelques cheveux gris sur son crâne dégarni.

Il faut aussi veiller à ne pas dépasser les budgets, même si dans ce registre le Zoo de Granby est plutôt fourmi que cigale. Il peut dire merci à sa licence de constructeur-propriétaire, qui lui assure la mainmise sur ses différents chantiers, avec pour conséquence de faire des économies en privilégiant sa propre main-d’œuvre, « même si ça ne nous empêche pas de faire appel à des sous-traitants », nuance M. Champagne.

Pas pressé de prendre sa retraite, l’homme, âgé de 61 ans, est en revanche impatient d’entamer de nouveaux projets, après le nouvel espace extérieur des hippopotames, le dernier en date. Avec toujours cette même envie, chevillée au corps, de créer des habitats qui répondent aux normes du bien-être animal, selon les standards — élevés — de l’Association des zoos et aquariums (AZA).

Et ce plaisir intact qu’il éprouve à chaque fois qu’il assiste à la réaction des animaux prenant possession de leur nouvel aménagement. « Mon bonus à moi, c’est de les voir triper quand ils découvrent l’endroit. »

Cet article est le 9e et avant-dernier de notre série qui vise à mettre en lumière des métiers pratiqués dans l’ombre du Zoo de Granby.