Les organisateurs du Marathon de Granby ne badinent pas avec la sécurité.

Marathon de Granby: prévenir pour éviter le pire

Les risques de décès dans les compétitions de course à pied ne sont pas à prendre à la légère. À la tête de plusieurs événements du genre depuis de nombreuses années, Éric Fleury assure que tout est mis en œuvre pour réagir rapidement si un coureur s’effondre au Marathon de Granby.

Pour la première fois, en 2019, la distance de 42,2 km est ajoutée aux parcours de ce qui s’appelait depuis treize ans le Demi-marathon de Granby. Questionné à propos des mesures prises autour de la sécurité de l’événement, Éric Fleury, directeur de la série des Courses thématiques, se fait rassurant.

« On suit des formations avec la Fédération québécoise d’athlétisme, notamment sur les interventions lors de cas critiques, explique-t-il. On a eu une formation en février là-dessus. »

Il souligne que 95 % des personnes décédées lors d’un événement de course à pied sur le continent avaient des problèmes de santé qui mettaient leur vie en danger lors d’un effort, cette statistique lui ayant été transmise par la fédération. Celle-ci en est arrivée à cette conclusion après avoir analysé les rapports des coroners sur les décès survenus lors de compétitions de course à pied en Amérique du Nord.

M. Fleury indique qu’une réflexion est tout de même en cours, surtout depuis dimanche alors que deux jeunes coureurs âgés dans la vingtaine sont décédés lors d’un demi-marathon, à Montréal et à Ottawa.

« Lorsque les gens s’inscrivent, il y a toujours une question qui leur est posée sur leur santé et la personne à contacter en cas d’urgence. Je peux dire qu’on est en questionnement pour l’année prochaine pour voir si on posera plus de questions. Si quelqu’un est cardiaque, est-ce qu’on devrait l’empêcher de participer à un marathon ? Je pense que c’est peut-être notre rôle de le faire. »

L’équipe médicale du Marathon de Granby est tenue informée des éléments déclarés volontairement par les participants afin qu’ils puissent ouvrir l’œil.

« On est vraiment chanceux »

La chaleur peut aussi jouer un rôle sur la santé des coureurs, même s’ils sont bien entraînés. Beaucoup de graves coups de chaleur ressentis par des coureurs sont par exemple répertoriés au Tour du lac Brome. Il y a une dizaine d’années, un coureur s’était effondré deux fois sous la chaleur. Il avait voulu terminer malgré son état. Quelques-uns s’étaient aussi retrouvés à l’hôpital en 2017.

« J’ai eu des cas ailleurs, des cas graves où les gens sont entre la vie et la mort, raconte le directeur de courses. On n’a jamais eu de [drame], on est vraiment chanceux, mais on est souvent passé proche de perdre des gens. [...] Souvent, des jeunes veulent se surpasser et s’écrasent à l’arrivée. Une année, un médecin [était tellement déshydraté] aux 30 km des rives de Boucherville qu’il est quasiment tombé dans le fleuve. Il est passé proche de mourir. »

Les Courses thématiques ont un plan de sécurité, mais M. Fleury croit que les participants doivent faire leur part en se responsabilisant, par exemple en demandant un examen complet à leur médecin en prévision d’une course.

Imposer les abandons

Le délai d’intervention des services d’urgence, comme les policiers, a été dénoncé au Marathon de Montréal, dimanche dernier.

Des mesures sont prises à Granby pour que les coureurs mal en point soient secourus rapidement. Tous les bénévoles ont en main le numéro de téléphone du responsable de leur secteur et des premiers répondants et ont la consigne de composer le 911 s’ils jugent que la situation est grave.

« Notre série est plus sévère que les autres, croit Éric Fleury. On impose des abandons. L’équipe de premiers répondants engagée, le groupe Action soins d’urgence régionale (ASUR), a carte blanche. Dès qu’ils constatent certains symptômes, comme la blancheur ou [la démarche pénible], ils ont ordre d’arrêter le participant. »

Les premiers répondants de ASUR ratisseront le parcours à bord de trois véhicules, en plus de disposer de deux postes de commandement. Ils seront également équipés de cinq défibrillateurs cardiaques.

Une douzaine de véhicules de police équipés de défibrillateurs seront aussi sur le parcours.

Dans le parc national de la Yamaska, où passe le marathon et une petite partie du nouveau parcours du demi-marathon, des secouristes seront à vélo. Le pavillon du parc national est de plus équipé d’un défibrillateur. « On ne laissera pas un coureur pendant trois kilomètres sans croiser personne », assure M. Fleury.

Les services d’urgence ont par ailleurs le plan des parcours et connaissent les entraves routières. Comme beaucoup de kilomètres empruntent la piste cyclable, l’accès sera facilité par endroits.

Le 6 octobre prochain, plus de 300 coureurs se sont inscrits à l’épreuve reine du Marathon de Granby, tandis que 900 personnes sont attendues au 21,1 km. Au total, environ 3500 coureurs devraient participer à l’une ou l’autre des épreuves, si la température est favorable.

UN ÉVÉNEMENT PLUS VERT

Gérer les déchets produits lors d’un événement de course à pied est parfois difficile. La série des Courses thématiques tente de montrer patte... verte depuis qu’elle est impliquée dans l’organisation du Demi-marathon de Granby, devenu cette année le Marathon de Granby.

Après avoir tenté d’amener les participants à trier eux-mêmes les restes de leur repas d’après-course, sans grand succès, l’organisation prévoit que des bénévoles feront le travail à la place des coureurs.

« Il va y avoir de grandes tables dans le chapiteau où les gens vont laisser leur cabaret, indique Éric Fleury, directeur des Courses thématiques. On va faire le tri. »

Cette façon de faire sera reproduite au Demi-marathon de Longueuil et au 15 km au pied du mont Saint-Hilaire, qui ont lieu cet automne. Ces courses font partie des huit événements organisés par l’entreprise. Le triage se fera en fonction des spécifications des villes.

Le lot d’assiettes en polystyrène qu’avait acheté l’entreprise aux Jeux du Canada a été écoulé. Cette matière peu recyclable sera rayée de la liste des achats futurs. 

« On a décidé de ne plus s’approvisionner en styromousse, mais il faut savoir que le coût de la matière de remplacement est six fois plus élevé. Je pense que les gens s’attendent à ce qu’on prenne ce genre de décision là. »

Quant aux gobelets cirés non recyclables, utilisés aux stations de ravitaillement, aucune solution écoresponsable n’a encore été trouvée. Les gobelets recyclables « deviennent trop molasses avec l’eau. J’essaie d’en avoir en papier recyclé, mais dès que ça devient humide, ça déchire. »

Si certaines courses en sentier imposent aux coureurs d’avoir avec eux leur propre verre, souvent pliable, ce n’est pas encore une option pour le Marathon de Granby. Un travail d’éducation envers les coureurs est à faire. Rien ne les empêche toutefois d’avoir leurs propres gourdes à remplir aux stations de ravitaillement et à l’arrivée. 

Ils peuvent également renoncer à leur chandail et leur médaille lors de l’inscription. Ils sont environ 250 à s’être prévalus de cette formule sur le 5 km et le 10 km.