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En Estrie, environ 23% des postes de pharmaciens dans les hôpitaux et les CHSLD sont vacants, faute de main-d’oeuvre.
En Estrie, environ 23% des postes de pharmaciens dans les hôpitaux et les CHSLD sont vacants, faute de main-d’oeuvre.

Manque criant de pharmaciens dans le réseau public en Estrie

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
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La pénurie de pharmaciens dans les hôpitaux et les CHSLD en Estrie est telle qu’elle accentue le ressac de la pandémie dans ces établissements, déjà sous pression. L’association qui représente ces professionnels sonne l’alarme, réclamant des gestes concrets de Québec pour que le réseau public soit plus concurrentiel comparativement au privé, afin d’attirer la relève.

Selon la plus récente enquête de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES), en date du 1er avril 2020, 22 postes de pharmacien sur 93 étaient vacants au sein du CIUSSS de l’Estrie, soit 23%. À l’échelle provinciale pour la même période, 19% des postes de pharmaciens étaient non pourvus, une statistique qui stagne depuis trois ans.

Contrairement aux médecins, qui sont assujettis aux plans régionaux d’effectifs médicaux (PREM) permettant de les répartir à travers la province selon les besoins établis par le ministère de la Santé, les pharmaciens ont le choix de travailler où bon leur semble. La concurrence pour les nouveaux candidats pèse donc très lourd dans la balance.

De plus, outre leur formation universitaire de quatre ans en pharmacie, les futurs professionnels qui souhaitent travailler en établissements doivent ajouter deux ans de maîtrise. Ceux-ci représentent 17% de l’ensemble des pharmaciens à travers le Québec. La grande majorité se retrouve donc dans le réseau privé, souvent à l’emploi de pharmaciens propriétaires de succursales de différentes bannières. «C’est simple, on s’arrache les candidats. Dans les années 2000, c’est devenu tragique. Le secteur privé avait un énorme besoin de main-d’oeuvre et a haussé les salaires de façon importante. Le public n’a pas suivi. Et on s’est retrouvé dans une situation extrêmement critique. Depuis une dizaine d’années, on est en rattrapage», a expliqué en entrevue la directrice générale de l’APES, Linda Vaillant.

En Estrie, un jeune pharmacien qui travaille dans le réseau public doit attendre environ six ans, en moyenne, pour atteindre le niveau de rémunération du privé. Le taux horaire moyen d’un pharmacien en début de carrière dans le réseau public en Estrie avoisine 52$/h, alors qu’il est supérieur d’environ 4$/h au privé, soit un écart de près de 8%.

Linda Vaillant, pharmacienne DG de l’APES.

Répercussions

La pénurie de pharmaciens dans les hôpitaux et les CHSLD est lourde de conséquences. «Au Québec, une salle d’urgence sur deux a un pharmacien», a indiqué Mme Vaillant. Cette réalité a une des répercussions directes sur les délais d’admission des patients et «l’augmentation des risques d’incidents et d’accidents médicamenteux». Idem en ce qui concerne l’allongement de la durée moyenne des hospitalisations.

Le manque de pharmaciens dans le réseau public engendre aussi le phénomène des «portes tournantes», alors que plusieurs personnes reviennent fréquemment à l’urgence en raison de leur médication. «La pénurie de pharmaciens entraîne assurément des coûts supplémentaires pour le système de santé», a fait valoir Mme Vaillant.

La situation n’est guère plus reluisante dans les centres d’hébergement. «En CHSLD, la majorité des patients ont besoin que l’on regarde leur profil de médication, a mentionné la directrice générale de l’APES. Les chutes peuvent souvent être prévenues par la présence d’un pharmacien. Pourtant, ils sont présents dans seulement 40% des centres d’hébergement au Québec à cause de la pénurie.»

Solution permanente

Selon l’APES, le noeud du problème réside dans une série de mesures temporaires accordées par Québec pour tenter de combler le fossé, notamment sur le plan de la rémunération, entre les pharmaciens au public et au privé.

En Estrie, ces primes temporaires représentent près de 20% du salaire des pharmaciens en établissements. «En 2020, ces mesures sont venues à échéance à trois reprises, a indiqué Mme Vaillant. Ça crée beaucoup d’insécurité chez les pharmaciens en poste dans le réseau public, mais aussi chez les candidats potentiels aux études.»

Les pharmaciens en établissements ont une semaine normale de travail d’un peu plus de 36h. Une des mesures temporaires consiste à leur offrir de faire une semaine de 40h avec une prime. Idem pour les professionnels qui, dans le cadre de leurs fonctions dans un centre hospitalier universitaire, notamment à Sherbrooke, encadrent des résidents à la maîtrise en pharmacie, a cité en exemples la DG de l’APES.

L’Association demande donc à Québec de rendre permanente la série de mesures mises en place afin de dénouer l’impasse «une fois pour toutes». «À notre avis, on devrait être en mesure de graduer environ une centaine de pharmaciens d’établissements par année, seulement pour pourvoir les postes des gens qui partent à la retraite, a fait valoir Linda Vaillant, elle-même pharmacienne. Actuellement, on se maintient autour de 62. Ça prend un sérieux coup de barre.»