Isabelle Martineau
La Voix de l'Est
Isabelle Martineau
Pour être ressemé, un grain doit avoir atteint sa maturité physiologique. Pour le maïs, un point noir apparait à la base du grain, coupant ainsi le lien nourricier avec l’épi. C’est à partir de ce stade que votre maïs à éclater pourra être récolté pour être « puffé » !
Pour être ressemé, un grain doit avoir atteint sa maturité physiologique. Pour le maïs, un point noir apparait à la base du grain, coupant ainsi le lien nourricier avec l’épi. C’est à partir de ce stade que votre maïs à éclater pourra être récolté pour être « puffé » !

Manger ou ressemer vos récoltes

CHRONIQUE / Ce dont je ne doute pas, c’est que vos comportements ont évolué depuis mars dernier. Un avantage collatéral à la COVID a été de voir s’agrandir plusieurs jardins cet été. Le goût du jardinage s’est accru et plusieurs y consacrent désormais le temps qu’ils allouaient auparavant aux voyages ou aux rencontres de loisirs de groupe, maintenant amputé. Sous la trame de la souveraineté alimentaire, j’ose croire que certains comportements jardiniers de subsistance seront là pour rester.

Vous avez acheté des semences ou des plants. Ces derniers sont maintenant prêts à être récoltés. Vous ont-ils donné uniquement des légumes ou des fruits, ou vous ont-ils également fourni une semence pour le printemps prochain ?

Beaucoup de cultures agricoles ont subi des améliorations génétiques appelées hybridation. Il s’agit de croisement entre des plants parents que nous apprécions pour leurs forts potentiels de rendement, leurs tiges rigides les supportant, leurs niveaux de tolérance à la sécheresse, aux maladies et aux insectes. La première lignée portera la mention F1.

Le principe de l’hybridation est de croiser des « parents différents », la progéniture obtenue ne ressemblant donc pas aux parents. La nature participe aussi de ce phénomène par la pollinisation de plants voisins avec des caractéristiques différentes. Si ces semences F1 sont ressemées, nous obtiendrons des surprises, parfois décevantes, c’est-à-dire un résultat non fidèle aux parents de la première génération. Note : ne pas confondre les hybrides avec les OGM (organismes génétiquement modifiés en laboratoire) et les semences biologiques (issus de cultures sans pesticide).

Pour ces raisons de « surprises » et d’instabilité, les agriculteurs ne prennent en général pas ce risque de semer une semence provenant d’un plant d’hybride. Un départ de saison avec une bonne semence est crucial. Ils achètent, parfois à fort prix, des semences dont l’absence de maladie ou de graines de mauvaises herbes, ainsi qu’un bon taux de germination et un potentiel de rendement sont garantis. Les grains d’hybrides de plusieurs cultures prennent donc en majorité le chemin du marché d’alimentation et non pas de l’entrepôt de semences.

Et si, malgré tout, vous vouliez récolter des semences ? Pour être ressemé, un grain doit avoir atteint sa maturité physiologique. Comment le découvrir ? Par exemple, pour le maïs, un point noir apparait à la base du grain, coupant ainsi le lien nourricier avec l’épi. En général, nous souhaitons obtenir un taux d’humidité de 13-14 %.

C’est donc à partir de ce stade que votre maïs à éclater pourra être récolté pour être « puffé » ! Pour la plupart des légumes, l’extraction des grains pourrait vous demander une manipulation de trempage et de séchage. Certaines fines herbes libèrent elles-mêmes leur grain déjà sec sur le plant. Bien sèches, vous pourrez conserver vos semences pendant des années !

Pour être aussi matures que vos plants, planifier vos semis 2021 avec, ou non, vos récoltes !

Isabelle Martineau est agronome au club conseil Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celui du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ