Aujourd’hui, la Maison de naissances de l’Estrie prend en charge 10 % des accouchements de la région, soit environ 400 par année grâce à son installation de Brompton et son point de service de Granby.

Maison de naissances de l'Estrie : un choix en ascension

Il y a 25 ans voyait le jour une première maison de naissances dans la région, autrefois appelée le Centre de maternité de l’Estrie. Le projet-pilote de l’Estrie avait été sélectionné parmi une vingtaine déposés dans la province, offrant pour la première fois aux femmes de la région une alternative encadrée pour mettre leur enfant au monde.

Cinq ans après, grâce à la Loi sur les sages-femmes instaurée en 1999, la profession de sage-femme était officiellement légalisée et un baccalauréat était mis sur pied à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Les trois instigatrices du projet-pilote estrien, Jennie Stoner, Jeen Kirwen et Lyne Castonguay, se voyaient accorder une marque de confiance de la part du gouvernement pour poursuivre leur quête d’un accompagnement à la naissance qui repose sur les choix éclairés de la mère. 

Aujourd’hui, la Maison de naissances de l’Estrie prend en charge 10 % des accouchements de la région, soit environ 400 par année grâce à son installation de Brompton et son point de service de Granby. « Alors qu’ailleurs dans la province, on peut parler de 2 %, explique la sage-femme Sarah Bergeron. Il y a même des régions où l’accompagnement par sage-femme n’est pas possible. On est très particuliers en Estrie, mais on ne répond quand même pas à toute la demande. »

Le premier obstacle à une plus grande accessibilité : le manque de sages-femmes. « C’est une profession qui n’a que 20 ans, et on est toutes dans la même tranche d’âge, soit 30-40 ans. On prend des congés de maternité et on a beaucoup d’obligations familiales. »

Ainsi, malgré les 16 sages-femmes que compte la Maison des naissances de l’Estrie — soit onze de plus qu’à sa création —, seulement 18 femmes par mois peuvent y être admises ces derniers temps. « À pleine capacité, on peut en accepter 25 », précise Mme Bergeron. 

Pour ce qui est de la formation de nouvelles sages-femmes, une sorte de cercle vicieux s’installe. « Les admissions dans le programme d’études sont limitées puisque les places de stage le sont aussi : les stages se font en un à un, ce qui permet un apprentissage exceptionnel. On est donc un peu coincés, mais de nouvelles maisons de naissances se développent actuellement dans la province. »

25 ans en famille

« En se tournant vers nous, les femmes cherchent préparation et accompagnement, elles veulent prendre le temps », résume Mme Bergeron.   

Les sages-femmes de la Maison offrent des soins de maternité complets du début de la grossesse jusqu’à six semaines après l’accouchement, pour la mère et son bébé. Les mères peuvent choisir le lieu de l’accouchement, soit à la Maison de naissances, à domicile ou dans un centre hospitalier. Ces services font partie du réseau public de la santé.

« On est très inclusifs pour le père et la famille, mentionne Sarah Bergeron. Les enfants sont les bienvenus dans les rendez-vous de suivi. Parfois, on devient même des sages-femmes de famille. Une mère reviendra pour chacun de ses enfants, et sa sœur optera aussi pour nous, puis on finit par connaître tous les cousins et cousines. On commence même à voir une deuxième génération naître. »

Pratiquant le métier de sage-femme avant même sa légalisation et pionnière derrière la création d’une maison de naissances en Estrie, Jeen Kirwin a assisté 2500 naissances au cours de sa carrière.

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« Une équipe imbattable » 

« J’avais déjà entendu dire que si une voiture écrasait un enfant, la mère aurait assez d’adrénaline pour soulever la voiture. Je me suis aperçue que moi, je pouvais soulever un bloc d’appartements », partage Jeen Kirwin à propos de son premier accouchement, au cours duquel son bébé s’était présenté par le siège. Pionnière du métier de sage-femme, elle avoue que c’est à ce moment précis, alors que son médecin l’assistait à la maison, qu’elle a réalisé la puissance d’une mise au monde centrée sur l’intimité mère-enfant.

« Je devais informer les femmes qu’elles avaient un autre choix. Je ne voulais pas les convaincre, mais le leur présenter. Une mère qui n’est pas sous sédatifs et qui vivra toute l’adrénaline et les endorphines, elle aura aussi un amour très puissant pour son enfant. On connaît les difficultés que vivent un couple la première année d’un bébé, mais si la femme et le bébé sont très joints, c’est plus facile pour tout le monde », raconte celle qui, avant même la légalisation de la profession, pratiquait le métier de sage-femme.

« J’ai commencé à avoir une influence dans la communauté, j’avais des appels de femmes partout dans la région. Je voyais la flamme sortir de mon flambeau ! » 

« Quelqu’un sur place qui sait quoi faire et une femme en santé, ça fait une équipe imbattable », dit celle qui est aujourd’hui retraitée et qui a assisté 2500 naissances au cours de 45 ans de carrière.

Dimanche, lors de la cérémonie soulignant les 25 ans de la Maison des naissances de l’Estrie, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a honoré les trois femmes qui ont lancé le projet-pilote d’une telle installation, Mme Kirwin, sa collègue sage-femme Jennie Stonier ainsi que Lyne Castonguay. 

Raphaël, le premier bébé qui a vu le jour au Centre de maternité de l’Estrie, avant qu’on ne lui donne le nom de Maison des naissances, était aussi sur place avec sa mère Marise Gosselin.