Près de 200 de producteurs agricoles de la Montérégie se sont fait entendre devant les bureaux maskoutains du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

L’UPA s’invite dans la campagne électorale

Les producteurs agricoles comptent s’immiscer dans la campagne électorale. Ils réclament que le prochain gouvernement revoie l’actuel programme de fiscalité foncière agricole.

Près de 200 de membres de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie se sont fait entendre devant les bureaux maskoutains du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), mardi, alors qu’une pétition de plus de 1000 signatures y a été déposée pour réclamer la refonte du programme de crédit de taxes foncières agricoles (PCTFA).

Ils font valoir qu’en quelques années, la facture des taxes foncières agricoles a augmenté considérablement pour bon nombre d’agriculteurs ayant vu leurs terres prendre de la valeur. Au Québec, le total de ces taxes foncières est passé de 35,7 millions de dollars à 62 millions de dollars entre 2017 et 2018, soutient-on. En parallèle, les sommes disponibles pour les aider à défrayer les coûts sont plafonnées par le MAPAQ.

Ce faisant, le programme de crédit actuel met en péril la rentabilité de leurs entreprises. « Pour certaines, cela peut vouloir dire consacrer 22 % des revenus nets aux taxes foncières (d’ici 2020), alors que c’était 11 % en 2016 et 7 % en 2007 », allègue le syndicat d’agriculteurs.

Dans Brome-Missisquoi, la mesure aura un grand impact pour les producteurs agricoles de l’ouest de la MRC, région riche en grandes cultures, estime Réjean Racine, lui-même producteur et conseiller municipal à Brigham.

Celui-ci pourrait débourser de 5000 à 7000 $ de plus si les modalités du PCTFA ne sont pas revues. « Ça nous préoccupe beaucoup, dit-il. On a une ferme où il y a de la relève. Ils ont 30 ans : est-ce intéressant pour eux de reprendre l’entreprise si la rentabilité diminue d’année en année ? C’est un pensez-y-bien », confie-t-il.

Jean-François Ridel et Réjean Racine, deux producteurs agricoles de la région, réclament de nouvelles règles pour la fiscalité agricole.

Soutien aux municipalités
Le président de l’UPA, Marcel Groleau, avait promis de faire de la réforme un enjeu électoral si le ministre sortant de l’Agriculture, Laurent Lessard, refusait de s’y intéresser avant la fin de la commission parlementaire.

« On avait demandé une table de travail pour discuter d’une réforme qui ne nous pénaliserait pas, mais le ministre a refusé de nous rencontrer », a affirmé le président, faisant référence à la réforme du PCTFA proposée par le député de Brome-Missisquoi Pierre Paradis, puis annulée après son expulsion du caucus libéral et du cabinet des ministres.

« L’argent du programme n’est pas une subvention à l’agriculture, c’est un soutien aux municipalités, rappelle le président Groleau. L’agriculture ne peut pas servir à subvenir aux coûts des taxes foncières. »

C’est ce que croit également Jean-François Ridel, un producteur agricole de Saint-Césaire. Actuellement, environ 25 % du budget total du MAPAQ sert à financer les crédits de taxes, allègue-t-il. Cette somme, qui représente plus de 150 millions de dollars, est récoltée par les municipalités et les agriculteurs n’en profitent pas.

Au contraire, ajoute-t-il, ils doivent piger de plus en plus dans leurs poches pour éponger la facture qui augmente à chaque évaluation foncière. « Il faut changer la manière de calculer la valeur des terres, croit-il. C’est fondamental. »

Solutions à long terme
Plusieurs ont qualifié de « poudre aux yeux » l’aide de 20 millions de dollars octroyée par le gouvernement à son dernier budget pour rembourser les sommes payées en trop par les producteurs agricoles au cours des deux dernières années. « Rien n’est réglé pour 2019. On a besoin d’une solution à long terme », a martelé M. Groleau.

En ce sens, l’UPA réclame la mise en place de trois mesures pour assurer la durabilité du PCTFA et soulager le fardeau des producteurs.

On souhaite d’abord abolir le plafond des dépenses du programme afin de bonifier les sommes allouées aux producteurs pour les aider à payer leurs taxes foncières ; on demande ensuite de limiter les valeurs taxables des terres agricoles à 20 000 $ l’hectare ; enfin, on réclame un taux de taxation distinct pour les propriétés agricoles pour limiter l’impact d’une hausse de l’évaluation foncière.

Refaire de l’agriculture une priorité
Signe que la campagne électorale débutait bel et bien au lendemain de la fin des travaux parlementaires, plusieurs députés sortants et candidats des deux principaux partis d’opposition ont pris part à la mobilisation en semant des promesses de faire mieux que les libéraux.

Les députés de la CAQ Chantal Soucy, Claire Samson et Simon Jolin-Barette ont promis de faire de l’agriculture une priorité pour le futur gouvernement qu’ils ont l’intention de former à l’automne.

« L’agriculture est absente des débats à l’Assemblée nationale alors qu’elle doit occuper une place importante. Nous, à la CAQ, considérons les agriculteurs comme des entrepreneurs qui contribuent à l’essor économique du Québec », a clamé Mme Soucy, qui plaide pour une « réforme sensée » du PCTFA qu’elle qualifie de « désuet » et de « casse-tête pour les agriculteurs ».

Une délégation entière du Parti québécois s’est pour sa part rangée derrière la vice-chef Véronique Hivon, qui a affirmé que « la farce a assez duré ». « On croit à la justice et l’équité. Au Québec, ça prend un gouvernement qui va faire de l’agriculture une priorité », a déclaré la députée de Joliette, promettant qu’au pouvoir, le PQ déplafonnerait les dépenses du PCTFA.

L’Union des producteurs agricoles de la Montérégie représente 6880 fermes dans la région, qui généreraient à elles seules 30 % du produit intérieur brut agricole québécois et emploieraient 25 % de la main-d’œuvre agricole de la province.

Six MRC montérégiennes appuient le syndicat dans ses démarches et d’autres ont été sollicitées.