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Il scie, sable, défait des moteurs, les remonte, dévale la côte sur son monocycle. Rien n’arrête l’homme non-voyant. <em>La Voix de l’Est</em> a rencontré Louis Bessette à Glen Sutton, dans la maison qu’il a construite de ses mains, en 1994.
Il scie, sable, défait des moteurs, les remonte, dévale la côte sur son monocycle. Rien n’arrête l’homme non-voyant. <em>La Voix de l’Est</em> a rencontré Louis Bessette à Glen Sutton, dans la maison qu’il a construite de ses mains, en 1994.

Louis Bessette, l'aveugle aux mille talents [VIDÉO]

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
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Il scie, sable, défait des moteurs, les remonte, dévale la côte sur son monocycle. Rien n’arrête l’homme non-voyant. La Voix de l’Est a rencontré Louis Bessette à Glen Sutton, dans la maison qu’il a construite de ses mains, en 1994.

À l’occasion de notre visite, pigmentée de désinfectant et de masques, Louis s’était levé à 3 h du matin pour déneiger la cour.

« Chaque fois que je repars d’ici, je suis boosté de positivisme, lance d’entrée de jeu Patric Beauregard, ami de Louis depuis trente ans. Les gens qui disent “je suis pas capable”, ils n’ont qu’à voir Louis aller pour se rendre compte que quand on veut, on peut. »

L’art du monocycle par téléphone

Quand Louis se lance dans un défi, rien ne l’arrête. Présentement, il en est à la construction d’un banc d’entrée pour sa belle-fille. Aussi, la nuit, son cerveau est occupé à penser à la confection d’une boule résistante à l’embout de la canne blanche de son frère habitant à Halifax, atteint comme lui de la rétinite pigmentaire.

« Il marche beaucoup, il use le “marshmallow” de sa canne en un mois. Je lui ai envoyé deux prototypes, et je crois que là je ferai une boule en titanium. »

Son frère, tout aussi bricoleur que lui, a appris à Louis comment faire du monocycle au téléphone, il y a trente-cinq ans. « Il était capable de ramasser quelque chose par terre en restant dessus. Je lui ai dit, tu es non-voyant, et tu es capable, alors moi aussi. »

Son frère, tout aussi bricoleur que lui, a appris à Louis comment faire du monocycle au téléphone, il y a trente-cinq ans. « Il était capable de ramasser quelque chose par terre en restant dessus. Je lui ai dit, tu es non-voyant, et tu es capable, alors moi aussi. »

Œil trompeur

Les constructions et les inventions gardent la tête de Louis bien remplie. « Le plus grand avantage d’être aveugle, c’est de pouvoir imaginer. Tout le monde est beau pour moi. L’œil amène tellement de jugement. Moi je ne les ai plus, mes yeux. C’est mon cerveau qui marche au boutte. J’aime ça, même si je dors pas ! » Des émissions comme La Voix, dit-il, sont « fabuleuses », puisque l’œil est trompeur.


« Chaque fois que je repars d’ici, je suis boosté de positivisme. Les gens qui disent “je suis pas capable”, ils n’ont qu’à voir Louis aller pour se rendre compte que quand on veut, on peut. »
Patric Beauregard, ami de Louis depuis trente ans
Patric Beauregard l’affirme haut et fort, son ami Louis est un modèle pour lui. Il lui a rendu hommage à l’occasion de son soixante-cinquième anniversaire.

Louis a un penchant pour la création depuis qu’il est enfant. « J’ai toujours aimé créer. Quand j’étais petit, j’avais pris la planche à repasser de ma mère pour fabriquer une boîte à savon. C’est moi qui avais la plus belle ! » Blagueur, il ajoute : « Elle venait juste de l’acheter... »

Sans que le Glen Suttonais les appelle, les projets viennent à lui. Une fois, c’est le moteur défectueux du voisin, l’autre fois, c’est la confection de casse-têtes chinois et d’urnes funéraires.

« Quand quelque chose ne fonctionne pas, j’embarque ! Je veux savoir comment ça marche. »

Patric l’affirme haut et fort : Louis est un modèle pour lui. « Aucun défi ne lui résiste. » À l’occasion du 65e anniversaire de Louis, le 24 novembre, Patric lui a rendu hommage sur les réseaux sociaux. Louis a reçu plus de 100 témoignages et de souhaits d’anniversaire.

Né le 24 novembre 1955 , il a aujourd'hui même 65 ans . Il est le symbole de la positivité Aucun défi ne lui...

Publiée par Patric Beauregard sur Lundi 23 novembre 2020

« Je suis qui je suis du fait que je suis bien entouré. Et je suis bien entouré à cause de qui je suis », philosophe le principal intéressé.

« Tout le monde voudrait avoir son aveugle »

Juché tel un roi sur le terrain de Louis Bessette et de sa conjointe Magella Côté se trouve le gazebo construit de A à Z des mains de Louis. Avant d’y poser les premières planches, Louis s’était attaqué à un prototype miniature. Puis, un beau jour, il s’est lassé, a laissé en plan la maquette, et a débuté le vrai, le gros.

« Quand c’est minutieux, c’est plus difficile pour moi. Faire un château en cure-dents, oublie ça ! »

Les constructions et les inventions gardent la tête de Louis Bessette bien remplie. « Le plus grand avantage d’être aveugle, c’est de pouvoir imaginer. »

L’été, ou dès qu’il fait en haut de 10 degrés, le gazebo sert de chambre à coucher à Louis et Magella, qui se sont rencontrés en 1998, alors que Louis faisait du pouce pour se rendre à Saint-Jérôme. Suite à sa demande d’aide à domicile, le hasard de la vie a fait en sorte qu’il tombe sur l’aide de Magella. « Tout le monde voudrait avoir son aveugle », dit Magella, originaire de la vallée de la Matapédia, qui est tombée en amour non seulement avec Louis, mais avec la région de Sutton.

Gratitude

Aujourd’hui, la technologie améliore grandement la qualité de vie de Louis. Dans la maison, on retrouve plusieurs objets électroniques l’informant de l’heure qu’il est, de la température qu’il fait, etc. Aussi, une puce indique « sauce tomate », ou « canne de bines », lorsqu’on approche un gadget qui l’aide à s’y retrouver dans son garde-manger.

Un jour, le téléphone lui a sauvé la vie. Louis était au volant de son tracteur à neige lorsqu’il a entendu la sonnerie extérieure lui indiquant un appel. « Il avait beaucoup neigé. Après avoir répondu au téléphone, j’ai entendu un gros bruit. Si j’étais resté là, je serais mort. La neige était tombée du toit. » Au téléphone, la personne lui annonçait qu’il avait remporté une nuitée au Manoir Richelieu.

Louis est chanceux. En plus d’avoir éviter le pire, il a remporté plusieurs concours. « Je ne connais pas la recette. Il existe des millions de sortes de gâteaux, et on n’a pas tous la même recette. La bonne, je ne la connais pas. »

Louis n’a pas de rêves, que des « projets réalisables ». Il ne voit pas loin dans l’avenir, comme il dit. « Demain, c’est une autre histoire. C’est pas rose, dernièrement, avec tout ce qui se passe. On ne voit pas la lumière au bout du tunnel. Moi, je ne la vois pas depuis longtemps, de toute façon. Mais, il faut vivre au présent, en profiter. On est vivant. Il faut prendre un jour à la fois. Si on prend des trop grosses bouchées, on s’étouffe. »

+

PERTE DE LA VISION : « JE ME SUIS HABITUÉ »

Louis Bessette n’a pas toujours été aveugle. Il est atteint de la rétinite pigmentaire à la naissance, une maladie dégénérative de l’œil qui se caractérise par une perte progressive de la vision. Dans la famille Bessette, son frère, sa sœur et lui en sont atteints. Sa sœur non-voyante fait d’ailleurs de la couture et du sucre à la crème. « Il est trop bon, je ne vais plus la voir à cause de ça ! »

Louis ne voit plus désormais que les lumières et les ombres. C’est pourquoi il lui est plus facile de déneiger la cour la nuit.

« Quand j’étais petit, j’étais grand, raconte-t-il. En première année, j’étais assis en arrière et je voyais au tableau. En 4e année, j’étais assis à côté du prof, je ne voyais plus le tableau. On m’a envoyé à l’Institut Louis-Braille [pour aveugles]. »

La maladie s’est par la suite accentuée. « Ça a été par plateau. Les émotions, les épreuves de la vie, ça affectait ma vision. C’est pas scientifique, mais c’est comme ça que je l’ai vécu. »

La diminution graduelle de sa vision a été plus facile à accepter que s’il avait perdu la vue de façon drastique, avoue-t-il. « C’est drôle à dire, mais ça a été tellement graduel que je me suis habitué. Je me suis dit : “Ah, je ne suis plus capable de faire ça? Bon.” Et je passais à autre chose. »

Il a dû dire adieu à la planche à la voile, au ski alpin et au ski doo, après qu’il ait foncé dans un arbre. Mais Louis ne s’apitoie nullement sur son sort. « On est né pour ce qu’on est. La première base, c’est l’accepter. La deuxième, c’est d’apprendre à vivre avec. » Billie-Anne Leduc