Le bilan du premier été après l’épandage de Phoslock dans le lac Bromont est très positif. Il a été présenté devant une assemblée citoyenne, jeudi, à l’hôtel de ville de Bromont.

L’opération Phoslock a été un succès au lac Bromont

L’opération Phoslock lancée au lac Bromont à l’automne 2017 est un succès. Les analyses faites l’an dernier démontrent que les granules d’argile contenant du lanthane, dont la fonction est de capturer le phosphore à l’origine des cyanobactéries, ont amélioré la santé du lac de façon significative.

Des analyses ont été effectuées tout au long des mois durant lesquels le lac n’est pas gelé pour suivre l’évolution de la végétation, de l’oxygène dans l’eau, de sa température et de sa transparence. Chaque jour, on surveillait l’apparition d’algues bleu-vert.

Dans les dernières années, l’apparition des premières fleurs d’eau, ces amoncellements de cyanobactéries en surface — aussi appelées bloom et efflorescence — se faisait avant la Fête nationale.

En 2018, quelques mois après l’épandage de Phoslock, de petites fleurs d’eau sont apparues à la mi-août, mais elles sont disparues très rapidement. Leur présence était bien inférieure à celles des années passées, alors que l’eau pouvait ressembler à de la soupe aux pois verts, a expliqué jeudi soir Élisabeth G. Tellier, chargée de projet pour l’Action conservation du bassin versant du lac Bromont (ACBVLB) devant une assemblée citoyenne d’une quarantaine de personnes.

« On n’a eu aucune fermeture de plage, note-t-elle au passage. On a eu une année exceptionnelle. »

Diminution de 70 %

Exceptionnelle notamment puisqu’il y a eu plusieurs épisodes de chaleur intense et des pluies torrentielles l’été dernier. Ce sont après ces pluies que les cyanobactéries sont remontées brièvement à la surface, explique Dolores Planas, chercheuse en biologie spécialisée en écologie aquatique. À la retraite depuis 2012, elle continue de travailler sur ce projet avec des étudiants de l’UQAM.

Une nouvelle cyanobactérie est apparue en petite quantité, tandis que celle qui cause la fermeture des activités sur le lac et sur bien d’autres lacs au Québec a presque disparu. Le niveau d’oxygène était bas, voire nul en profondeur, durant tout l’été. « Si on n’avait pas eu le Phoslock, vous auriez eu une invasion de cyanobactéries épouvantable », affirme la professeure émérite.

Elle ajoute que « la quantité de phosphore a diminué de plus de 70 %, malgré la longue durée de carence en oxygène. »

Quant au niveau de transparence de l’eau, il relève de l’argile qui arrive dans le lac par le bassin versant. « Il n’y a pas de différence significative entre 2017 et 2018. »

Agréablement surprise

Les résultats des analyses faites tant par l’ACBVLB que par les chercheurs et étudiants de l’UQAM avaient de quoi surprendre.

« Il faut dire que j’avais confiance dans le Phoslock, mais qu’il m’a surprise, a confié en entrevue Dolores Planas après deux heures de présentation. Je ne pensais pas que la réponse serait aussi rapide. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait une diminution aussi importante de la présence de ces algues du fonds, celles qui causent tous les problèmes en été, qui font qu’ils doivent fermer le lac en été. »

La chaleur intense, les pluies torrentielles et le manque d’oxygène dans l’eau auraient été autant de facteurs favorisant la prolifération des cyanobactéries en surface. Or, les blooms étaient mineurs et temporaires et les cyanobactéries étaient différentes.

De plus, une algue qui prolifère dans les lacs en santé, la diatomée, a fait son apparition. « C’est une algue du printemps, observe la chercheuse, qui espère que cette algue sera là pour longtemps. Ça, jamais je ne l’aurais prédit. C’est vraiment une surprise. »

Le succès de la première année de l’opération Phoslock ouvre la porte à d’autres municipalités aux prises avec des problèmes de cyanobactéries dans leurs plans d’eau. Il s’agissait d’un ultime recours pour Bromont. Environ 80 % de l’apport en phosphore provenait des sédiments, au fond du lac. Le projet a été accepté comme projet-pilote et demande un suivi serré auprès du ministère de l’Environnement du Québec et de Santé Canada.

« Ça ouvre la porte, mais il faut qu’ils contrôlent aussi les apports externes et que la principale source de phosphore soit les sédiments du lac, précise Mme Planas. Dans ce cas-là, oui, je recommande le Phoslock. »

La Ville de Bromont a d’ailleurs mis sur pied un plan directeur 2017-2027 pour enrayer les apports externes en phosphore.

En automne 2017, 174 tonnes de Phoslock avaient été épandues dans le lac Bromont pour capter 1728 kilogrammes de phosphore. La Ville a injecté 600 000$ dans ce projet.