«On est chanceux d’avoir le Zoo. C’est une visibilité extraordinaire pour la ville, pour nous faire connaître des visiteurs. Mais on est surpris de ce projet. C’est tout à fait commercial ce qu’ils font. C’est dans la lignée de ce que fait l’entreprise privée. Ça n’a pas de lien avec les animaux», soutient Mme Bouthiette.

Location de salles au Zoo de Granby: une concurrence déloyale dénoncée

L’augmentation de l’offre de location de salles au Zoo de Granby va nuire aux établissements hôteliers de Granby, croit Louise Bouthiette. Ceux-ci offrent déjà tous les services pour répondre aux besoins des gens d’affaires et des organisateurs d’événements mondains, soutient la directrice générale de l’hôtel Le Castel.

« La ville est déjà bien desservie de ce côté. Le Zoo va s’adresser au même public local. Tout ce que ça va faire, c’est qu’on va diviser encore plus les mêmes revenus de location de salles », estime
Mme Bouthiette.

La direction du Zoo a dévoilé mardi les détails de son futur pavillon destiné à des clientèles d’affaires et événementiel. Le bâtiment, en construction dans le stationnement du Zoo, près de l’entrée de l’Amazoo, comprendra deux salles capables d’accueillir 300 et 500 personnes ainsi que
14 petites salles de rencontre. L’organisme sans but lucratif investit 3,4 millions de dollars dans ce projet qui vise à répondre à une forte demande pour ses locaux.

Le Castel et les autres hôtels de la ville et des alentours bénéficient d’importantes retombées économiques grâce au Zoo, souligne d’entrée de jeu Mme Bouthiette. Elle se demande toutefois comment le Jardin zoologique peut concilier ses activités de location de salles et sa mission de conservation des animaux. « On est chanceux d’avoir le Zoo. C’est une visibilité extraordinaire pour la ville, pour nous faire connaître des visiteurs. Mais on est surpris de ce projet. C’est tout à fait commercial ce qu’ils font. C’est dans la lignée de ce que fait l’entreprise privée. Ça n’a pas de lien avec les animaux », a-t-elle expliqué lorsque jointe jeudi matin par
La Voix de l’Est. 

Le Castel compte une grande salle capable d’accueillir 1000 personnes. Elle peut être divisée pour recevoir des groupes de 150 à 500 personnes. L’entreprise offre aussi une douzaine de petites salles de rencontre à sa clientèle, indique Mme Bouthiette. Or, contrairement au Zoo, l’établissement éprouve des difficultés à louer ses salles. « C’est de plus en plus difficile », dit-elle.

La directrice générale du Castel a assisté mardi à la conférence de presse du Zoo. Elle s’attendait à ce que les dirigeants de l’organisme fassent une incursion dans l’industrie des congrès. « On avait espoir qu’ils allaient travailler pour amener des congrès. C’est très bénéfique pour une ville des congrès. Ça amène plein de monde dans les hôtels et les restaurants. Mais on réalise que leur public cible, ce sont les gens d’affaires d’ici, les événements existants, les bals et les galas. On loue déjà nos salles pour ces événements », déplore Mme Bouthiette.

Pas de droit de regard

Les dirigeants du Zoo sont libres de leur choix, fait remarquer le maire de Granby Pascal Bonin. « Comme ville, même s’ils sont sur notre terrain, on n’a pas de droit de regard sur ce qu’ils font. C’est un organisme indépendant. Mais on ne peut pas les blâmer de vouloir rentabiliser leurs activités. »

Cela dit, M. Bonin souligne que le Zoo a une plus grande facilité pour investir que les entreprises privées. Il rappelle que l’organisme a eu accès ces dernières années à des subventions gouvernementales importantes pour moderniser ses bâtiments et qu’il ne paie pas d’impôt foncier à la Ville (voir encadré : L’exemption de taxe foncière réévaluée). « C’est certain que le privé et le Zoo ne se battent pas avec les mêmes armes », image-t-il.

La Ville de Granby pourrait imiter Drummondville et Saint-Hyacinthe en investissant dans la construction d’un centre de congrès, dit
M. Bonin. Ça ne se produira pas, dit-il, puisqu’il s’agit d’une avenue risquée et inéquitable. « Ces villes louent gratuitement leurs salles et font des revenus sur les repas et les nuitées. Que vont-elles faire si la demande diminue ? Elles vont être prises à assumer les coûts pour opérer ces centres. En fin de compte, ce sont leurs citoyens qui vont se trouver à subventionner les gens d’affaires qui participent à ces congrès. »

La stratégie à privilégier pour stimuler l’économie d’une ville, croit M. Bonin, est de créer des emplois industriels et commerciaux. Cette activité économique profite aux établissements hôteliers, dit-il. « Une ville qui mise et investit sur son dynamisme, c’est une ville qui va prospérer », conclut-il.

La direction du Zoo de Granby n’a pas donné suite jeudi à nos demandes d’entrevue.

Le futur pavillon du Zoo de Granby destiné à tenir des rencontres d’affaires et des événements spéciaux comme des galas et des mariages entrera en concurrence avec les établissements hôteliers, dénonce la directrice générale du Castel, Louise Bouthiette.

L'EXEMPTION DE TAXES FONCIÈRES RÉÉVALUÉE

La location de salles à des fins d’affaires ou événementielles apparait incompatible avec la mission de conservation et d’éducation du Zoo de Granby aux yeux de Pascal Bonin. Cette activité commerciale pourrait mener à une révision de l’exemption de taxes foncières accordée depuis plusieurs années par la Ville de Granby à l’organisme sans but lucratif, estime son maire.

« On s’est posé des questions quand on a vu ça (ndlr : la construction du nouveau pavillon). Le Zoo prend de l’expansion et on est très heureux de ça. Mais s’ils construisent un bâtiment pour louer des salles au corporatif et pour organiser des mariages, est-ce qu’on est encore dans la mission du Zoo? », s’interroge M. Bonin.

Les services juridiques de la Ville analyseront le protocole d’entente liant la municipalité au Zoo. « On va vérifier ce que dit le protocole à se sujet et décider ce qu’on fait avec l’exemption de taxes foncières », a-t-il affirmé.

La valeur foncière du Zoo est de 63,4 millions de dollars, selon l’évaluation municipale, dont

7,4 millions de dollars pour le terrain qui est la propriété de la Ville. Pour la seule portion des bâtiments, évalués à 56 070 658 $, la taxe foncière commerciale (1,9445 $ par 100 $ d’évaluation) représenterait un compte foncier de 1 090 294 $ par année.

Le Castel ne profite pas d’une exemption d’impôt foncier, soutient sa directrice générale, Louise Bouthiette. En 2019, la facture de l’établissement s’établit à 128 181 $.

« On a bon espoir que nos élus prendront la bonne décision », a-t-elle dit lorsqu’interrogée sur l’exemption de taxes foncières du Zoo. « Ils sont au courant de notre position là-dessus. »

Sur le fond de la question, M. Bonin estime que le Zoo s’écarte de sa mission. « Si tout le monde gardait le cap sur son core business, tout le monde aurait la paix », a-t-il affirmé.