Le colloque de jeudi constituait le troisième volet d’une trilogie de journées annuelles de sensibilisation.

L’inclusivité comme critère d’embauche

«Je la voulais. Je voulais le cerveau qui est assis dans ce fauteuil», a lancé Geneviève Ledoux avec humour au sujet de sa collègue Martine. La coordonnatrice du Groupe d’animation populaire en habitation ne considère pas qu’elle travaille avec une fille handicapée lorsqu’elle pense à sa technicienne comptable. Pour elle, sa collègue est la meilleure dans ce qu’elle fait, peu importe sa différence, et c’est ce qu’elle est venue plaider dans le cadre du colloque «Osez employer la différence», organisé jeudi par la Dynamique des Handicapés de Granby et région (DHGR).

«Je suis la bébitte qui a osé engager une fille avec un DEC en finances, mais qui se déplace en fauteuil roulant», a affirmé d’emblée la gestionnaire, qui a témoigné avec aplomb du bonheur de travailler quotidiennement avec Martine Bédard.

«Allais-je vraiment me priver, dans les 25 CV reçus, et parmi les huit entrevues que j’ai faites, de LA candidate idéale pour nous? Non, ça ne me tentait pas», a-t-elle poursuivi.

Selon Mme Ledoux, il est possible d’accroître l’intégration des personnes en situation de handicap en milieu de travail. Il suffit de faire preuve de résilience. «Il y a des processus, il y a de l’aide, c’est faisable. Je suis venue vous montrer que c’est possible.», a-t-elle déclaré.

Le grand besoin en main-d’oeuvre des entreprises constitue une opportunité incontournable pour intégrer les personnes en situation de handicap en milieu de travail. Portant sur le sujet, le colloque de jeudi constituait le troisième volet d’une trilogie de journées annuelles de sensibilisation. En 2017, l’événement portait sur l’accessibilité physique des lieux. L’an dernier, l’intégration des élèves handicapés et en difficulté d’apprentissage était à l’ordre du jour.

L’employabilité des personnes en situation de handicap en était la suite toute naturelle, explique Marie-Christine Hon, coordonnatrice de la DHGR. En ouverture, celle-ci a plaidé pour une plus grande ouverture. «La différence, ce n’est pas seulement la discrimination. C’est aussi la richesse de l’autre, un voyage au coeur de la diversité et l’exploration des facettes de notre humanité», a-t-elle affirmé.

Pour Geneviève Ledoux, sa collègue Martine est la meilleure dans ce qu’elle fait, peu importe sa différence.

Les bienfaits d’un emploi

Plusieurs intervenants ont souligné les bienfaits d’avoir un emploi sur le développement personnel des individus. «Avoir un emploi permet d’obtenir un revenu qui nous préserve de la précarité financière, nous écarte de l’isolement et contribue à la réalisation de nos projets de vie», a fait valoir Ophélie Sylvestre, directrice des interventions sectorielles stratégiques pour l’Office des personnes handicapées du Québec.

«La réduction des inégalités, notamment par l’inclusion, améliore les conditions, mais aussi l’espérance de vie des personnes», a pour sa part plaidé Roxana Cledon, organisatrice communautaire à la Direction de la santé publique du CIUSSS de l’Estrie. Elle ajoute que non seulement un emploi donne accès à un meilleur revenu, mais permet aussi « la construction d’une estime de soi et de son identité».

En contrepartie, les personnes intégrées ont beaucoup à offrir aux organisations qui osent la différence. «Le besoin de reconnaissance est un moteur d’implication», a poursuivi Mme Cledon.

Maximiser l’intégration

Beaucoup de chemin a été fait pour permettre une meilleure inclusion des personnes en situation de handicap sur le marché du travail, par exemple l’implantation de cibles d’embauche au gouvernement, des mesures de soutien en milieu scolaire et la bonification de subventions visant à adapter les milieux de travail, a souligné Ophélie Sylvestre.

«Souvent on perçoit [le changement à mettre en place] plus gros que ça ne l’est réellement. Les adaptations requises sont souvent minimes ou moins importantes qu’on s’y attend, explique-t-elle. C’est un aspect à considérer lorsqu’on soutient les entreprises.»

Un constat qu’a confirmé Philippe Labelle, coordonnateur du Programme d’intégration pour les étudiants en situation de handicap à l’Université de Sherbrooke. «Il y a plein de choses novatrices qui ont été mises en place depuis quelque temps. L’accessibilité devient de plus en plus universelle», a-t-il souligné.

Dans une présentation bourrée d’humour, le conférencier a énuméré nombre d’exemples de réussite, autant d’intégration scolaire que d’intégration professionnelle.

Il reste évidemment des obstacles pour maximiser l’intégration des personnes avec un handicap. La solution passe indubitablement par une concertation de tous les acteurs concernés, a soutenu le directeur de Pleins Rayons, Stephan Marcoux, qui a développé un plan d’action pour améliorer l’embauche inclusive dans la province.

«Il faut travailler ensemble, a-t-il martelé. Plusieurs ministères, comme celui de l’Éducation, celui du Travail, des Transports et celui de l’Emploi et de la solidarité sociale doivent se concerter. Par exemple, j’ai plein de gens que je pourrais placer en emploi, mais qui n’ont pas accès à du transport. La solution doit être globale.»

«Le futur de l’embauche inclusive passe par des coachs en employabilité et des éducateurs spécialisés pour soutenir le personnel autiste, avec une déficience intellectuelle ou une maladie mentale», a-t-il ajouté.

Le cofondateur et directeur général de Pleins Rayons, Stephan Marcoux, a inspiré les participants du colloque avec le modèle unique et novateur de l’organisme d’insertion sociale de Cowansville.

L’EXEMPLE INSPIRANT DE PLEINS RAYONS

Le cofondateur et directeur général de Pleins Rayons, Stephan Marcoux, a inspiré les participants du colloque «Osez employer la différence» avec le modèle unique et novateur de l’organisme d’insertion sociale de Cowansville. 

«La différence? Il n’y en a pas de différence. On doit inclure», a-t-il lancé d’emblée, se méritant la première de plusieurs salves d’applaudissements.

Parmi les 12 projets d’économie sociale développés au sein de Pleins Rayons, M. Marcoux a choisi de parler de la fabrication de nichoirs d’oiseaux, dont des centaines sont maintenant installés dans plusieurs vignobles, vergers et jardins de Brome-Missisquoi. 

Avec des impacts concrets: «juste au Vignoble de l’Orpailleur, les
45 nichoirs sont occupés à 80% et en trois ans, ça a permis de diminuer de 70% le taux d’insecticide utilisé», a illustré le directeur général.

«Ça démontre quelle différence il est possible de faire dans la communauté, pour ces gens-là, a-t-il renchéri. Ils ont une déficience intellectuelle, ils sont autistes, mais ce sont eux la cause de ce beau projet-là : ils ont construit, vendu, installé et supervisé les nichoirs.»

Croissance

Depuis trois ans, pas moins de 26 protégés de Pleins Rayons ont décroché un emploi, dont quatre à temps plein. «On leur donne la confiance et ce qui leur manque pour être capables d’aller se chercher une job», s’est réjoui
M. Marcoux.

D’ailleurs, la demande pour les services de l’organisme ne cesse de croître, ce qui confirme son cofondateur dans son désir d’implanter Plein Rayons dans toutes les régions du Québec. 

Granby devrait d’ailleurs être la prochaine terre d’accueil de l’organisme, et ce aussi tôt que l’an prochain.