Directeur du CPS H-Y, Yves Bélanger a donné le coup d’envoi de la 29e semaine nationale de la prévention suicide.

L’importance de demander « ça va ? »

« Comment ça va ? » Une question banale, mais qui peut tout changer pour une personne en détresse qui songe au suicide.

Dans le cadre de la 29e semaine nationale de la prévention du suicide, qui se tient du 3 au 9 février, le Centre de prévention du suicide de la Haute-Yamaska (CPS H-Y) invite la population à être à l’écoute des autres.

La thématique « Parler du suicide sauve des vies » a été choisie pour une deuxième année afin de favoriser la prise de parole et, ainsi, prévenir les actes irréversibles.

« Lorsqu’un ami est vulnérable, il ne faut pas hésiter à poser la question : “Comment tu vas ? Penses-tu au suicide ?” Parfois, on hésite parce qu’on est mal à l’aise et on craint la réponse qu’on va recevoir. Mais souvent, la personne qui est en souffrance attend cette question-là et elle va se sentir libérée pour s’exprimer », évoque Yves Bélanger, directeur du CPS H-Y.

L’effet Gaétan Girouard

Il y a 20 ans, le suicide de Gaétan Girouard, journaliste et animateur, a eu un impact considérable sur les statistiques provinciales.

Son départ a été à un point tel médiatisé qu’il a fait grimper le nombre de décès par suicide à 1500 cette année-là.

Le mois de janvier est le mois où le taux de suicide est le plus bas au Québec, avec un peu moins de 100 suicides. Or, pour la période du 15 janvier au 15 février 1999, 155 décès par suicide ont été comptabilisés.

« Ça a eu un impact qui a amené un effet de contagion. En 20 ans, la problématique du suicide a beaucoup évolué, mais aussi l’approche et les interventions », constate M. Bélanger.

Jacques Viens (à gauche) et Gilles Dion étaient deux bons amis de Gaétan Girouard. Nathalie Préfontaine était quant à elle son épouse.

M. Girouard avait même accepté d’être le porte-parole du centre de prévention à Québec. Sa femme Nathalie Préfontaine avait déjà eu des discussions sur le suicide avec son mari, qui lui avait dit que jamais il ne poserait un tel geste. « Dans ma tête, c’était réglé », lance Nathalie.

« Il voulait nous protéger, donc il nous disait toujours de ne pas nous inquiéter. C’était une personne foncièrement insécure, donc ça ne prenait pas grand-chose pour le déstabiliser au niveau émotionnel », ajoute-t-elle.

Après ce tragique événement, Jacques Viens, un ami du défunt, a réalisé l’importance de la question « comment ça va ? ».

« Il ne voulait jamais qu’on parle de lui. On se sentait grand avec lui parce qu’il t’attachait beaucoup d’importance. [...] Quand on lui demandait comment ça va, il retournait toujours ça de bord, relate-t-il. Depuis cet événement, je demande comment va la personne sur une échelle de 1 à 10.»

Activités

Au mois de février dernier, l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) a lancé un tout nouveau site web, commentparlerdusuicide.com, où on peut trouver des outils pour aborder une personne qui nous inquiète ou quelqu’un qui a perdu un proche par suicide.

« On invite les gens à s’exprimer et à parler de leur souffrance. Souvent, on a tendance à dire “c’est pas grave, ça va passer, ça va aller mieux”. Il faut aller plus loin et creuser. Pour trouver la bonne façon d’aborder le sujet, le site web de l’AQPS nous aide », fait valoir M. Bélanger.

Le CPS H-Y organise également une conférence gratuite offerte par Josée Boudreault, humoriste et animatrice qui a été victime de deux accidents vasculaires cérébraux (AVC). Cette dernière présentera « Rebondir après l’épreuve ! Le bonheur est en nous », le lundi 4 février à 19 h au Palace de Granby. Pour y assister, les intéressés doivent se procurer un laissez-passer au Palace. La contribution est volontaire.

Les intervenants du réseau communautaire et public en Estrie pourront eux aussi s’offrir un moment de ressourcement. Lors d’un déjeuner-conférence, le 7 février, ils en apprendront davantage sur l’importance de prendre soin d’eux grâce à Richard Gagnon, qui présentera sa conférence « Stress — Détresse, peut-on réellement gérer le stress ? ».

« [Les intervenants] sont nos yeux et nos oreilles. On leur parle chaque jour. C’est important pour nous de réseauter et de mettre des visages sur les personnes avec qui on parle », estime Marie-Josée Viens, formatrice accréditée.

Les hommes surreprésentés

Le CPS H-Y a constaté une baisse du nombre de suicides commis annuellement sur les territoires de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi. Le nombre de suicides est passé de 23 en 2014 à 25 en 2015. Ce nombre a diminué à 17 en 2016 et à 16 en 2017. Les hommes sont représentés dans la majorité des cas (85 %) et ils sont en moyenne âgés de 44 ans. 

Même si le taux de suicide est en baisse sur les territoires de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi, l’enjeu demeure critique aux yeux du centre de prévention.

« Ces personnes ne sont que la pointe de l’iceberg. Le défi demeure de prendre conscience collectivement de l’enjeu et d’être en mesure de choisir les bons mots pour qu’on ait un plus grand impact », souligne Marie-Josée Viens.

Au Québec, pas moins de trois suicides par jour sont commis, à 80 % par des hommes. En 2015, 1128 personnes se sont enlevé la vie.

Sachant qu’un montant de six millions de dollars par année est accordé aux campagnes publicitaires pour la prévention des accidents de voiture, André Charbonneau, président du CPS H-Y, espère voir un investissement dans la prévention du suicide.  « Il y a 300 personnes qui décèdent dans les accidents de voiture et il y en a 1200 qui meurent par suicide », plaide-t-il.