On voit ici la ligne électrique qui passe actuellement sur le terrain de Paul Sauvé à Shefford. Les nouveaux pylônes dépasseraient largement la cime des arbres.
On voit ici la ligne électrique qui passe actuellement sur le terrain de Paul Sauvé à Shefford. Les nouveaux pylônes dépasseraient largement la cime des arbres.

Ligne Cleveland-Waterloo: Hydro-Québec de retour à la table à dessin

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
La levée de boucliers dans le dossier de la ligne Cleveland-Waterloo, qui doit notamment passer au coeur de Shefford, semble avoir porté ses fruits. Hydro-Québec se donne jusqu’au printemps prochain pour réévaluer le projet et trouver des tracés alternatifs.

Hydro-Québec veut rehausser la capacité du circuit reliant le poste Cleveland, à Granby, à celui de Waterloo. Les travaux prévoient le remplacement des poteaux de bois existants par des pylônes d’acier plus volumineux. Or, le paysage s’en trouverait grandement affecté. Un regroupement de citoyens du quartier Tournesol-Gauvin-Laurence à Shefford, où la ligne doit directement passer, réclame un autre tracé ou l’enfouissement des fils. Un comité de travail, formé de citoyens, d’élus et de représentants de la société d’État, planche sur le dossier depuis des mois. La mouture du projet présentée ne passe pas du tout auprès des citoyens.

Hydro-Québec dit vouloir dénouer l’impasse. «On veut revoir le plan de modernisation du réseau dans son ensemble. On est à l’écoute du milieu et on veut obtenir la meilleure acceptabilité sociale. Il y avait des préoccupations qui demeuraient. On souhaite revenir dans le milieu le printemps prochain après avoir revu les possibilités», a indiqué en entrevue le porte-parole de l’organisation, Maxence Huard-Lefebvre.

En fait, le tracé qui avait été retenu par la société d’État, d’une longueur d’environ 12 km, serait utilisé avec une tension initiale de 120 kilovolts (kV). Le circuit pourrait néanmoins atteindre 230 kV. Le tronçon de Granby devait s’étendre sur près de 3 km, tandis que les portions de Bromont et Shefford auraient respectivement 3,6 km et 4,9 km. La ligne électrique devait suivre l’emprise actuelle, excepté à Bromont, où trois scénarios (A, B et C) sont envisagés à proximité du carrefour giratoire de la sortie 78 de l’autoroute 10. On devrait toutefois abattre une partie des arbres le long du tracé en raison du recours à des pylônes plus imposants que les équipements existants.

Scénarios

Maxence Huard-Lefebvre a réitéré que le circuit Cleveland-Waterloo «est en fin de vie». «C’est clair qu’il devra y avoir des projets en Estrie. À plusieurs endroits, on a des infrastructures des années 1940, a-t-il dit. Il y a aussi un enjeu avec la capacité du réseau.»

Selon le représentant d’Hydro-Québec, plusieurs scénarios sont à l’étude. La ligne pourrait passer par un tout nouveau tracé. «Pour résoudre le problème en Estrie, il y a plusieurs possibilités. Ça pourrait passer par d’autres infrastructures que celles présentées au milieu dans les derniers mois. (...) On peut aussi relier deux postes ensemble. On veut retourner toutes les pierres.»

Le maire de Shefford, Éric Chagnon, voit d’un bon oeil la «réflexion» entamée par Hydro-Québec.

M. Huard-Lefebvre met toutefois un bémol. «Pour relier les deux postes [Cleveland-Waterloo], on ne peut pas passer par Québec, a-t-il imagé. Mais, il y a une certaine marge de manoeuvre.»

Et qu’en est-il de l’enfouissement réclamé à Shefford? «Il y a un écart de coûts qui demeure plus élevé qu’un tracé aérien. On regarde comment on pourrait travailler sur ces écarts», a fait valoir le porte-parole.

Réactions partagées

Le maire de Shefford, Éric Chagnon, voit d’un bon oeil cette «réflexion» d’Hydro-Québec. «On souhaite un enfouissement ou une modification du tracé. Donc, pour l’instant, c’est une bonne nouvelle qu’Hydro-Québec revoit d’autres possibilités», a-t-il indiqué.

Il n’a pas été possible d’obtenir les commentaires de représentants du quartier Tournesol-Gauvin-Laurence, vendredi.

De son côté, Paul Sauvé, propriétaire d’une vaste propriété à Shefford où la ligne doit passer, estime que la démarche d’Hydro-Québec n’est que de la poudre aux yeux. «Cette ligne Cleveland-Waterloo est une Ferrari miniature pour [envoyer de l’électricité aux États-Unis] et desservir les grandes usines de Bombardier. Ce n’est pas un enjeu pour la région.»

Il croit que la conclusion de cet épineux dossier passera inévitablement par un bras de fer juridique. «La pression était trop forte. (...) Je ne crois pas à cette pause de six mois. La seule façon de résorber cette affaire est devant les tribunaux.»