Mélina Roberge saura mercredi soir si elle pourra recouvrer sa liberté en attendant la tenue de son procès, en août.

Liberté sous caution: Mélina Roberge revient en cour

Mélina Roberge, de Granby, qui est accusée dans une affaire de trafic d'une importante quantité de cocaïne en Australie, saura mercredi soir si elle pourra recouvrer sa liberté en attendant la tenue de son procès, en août.
Les avocats criminalistes Jocelyn Grenon (à gauche) et Robert Jodoin
La jeune femme de 23 ans sera de retour jeudi à 10 h (mercredi 18 h, heure du Québec) devant le juge Anthony Blackmore de la Cour de Sydney. 
Elle tentera alors de répondre à plusieurs critères et conditions afin d'obtenir sa liberté provisoire jusqu'à son procès, prévu le 28 août prochain. « Des conditions assez rigoureuses devraient être soumises dans son cas, si elle veut obtenir sa liberté, explique Jean-Claude Bernheim, chargé de cours en criminologie à l'Université de Saint-Boniface, au Manitoba. Par exemple, elle devrait pouvoir fournir une adresse bien précise aux autorités. Elle devra prouver qu'elle aura de bons moyens pour assurer sa subsistance et vivre convenablement. »
« Également, elle pourrait se voir obligée de ne pas troubler la paix et un des critères les plus importants : elle devra remettre son passeport. Elle ne pourrait pas revenir au Canada­ entre-temps », ajoute de son côté Stéphane Beaulac, professeur titulaire de l'Université de Montréal spécialisé en droit international, entre autres. Il précise qu'il y a beaucoup de similitudes entre le droit canadien et le droit australien, découlant tous deux du droit anglo-saxon.
Selon l'avocat criminaliste Robert Jodoin, le premier critère à respecter sera que l'accusée puisse prouver qu'elle sera présente à chaque étape menant au procès. « En même temps, soulignons que c'est une jeune fille qui n'a aucun antécédent criminel. Je ne crois pas qu'elle représente un danger pour le public et qu'elle minerait la confiance de ce dernier (en étant libérée) », dit-il.
Les deux autres accusés dans le dossier, André Tamine, 64 ans, et Isabelle Lagacé, 28 ans, se sont vu refuser leur demande de liberté sous caution. 
L'avocat criminaliste Jocelyn Grenon­ est d'avis que ça ne change rien dans le cas de la demande de Mélina Roberge. « Le juge doit prendre le cas individuel. Moyennant une grosse caution et plusieurs conditions, il ne serait pas impossible qu'elle puisse être libérée en attendant la suite des procédures », argue-t-il.
Rappelons que la Granbyenne a été arrêtée le 29 août 2016 en compagnie d'Isabelle Lagacé et André Tamine. Les autorités, avec l'aide de chiens renifleurs, ont saisi 95 kilogrammes de cocaïne de haute qualité à bord du luxueux bateau de croisière MS Sea Princess sur lequel ils voyageaient, dont 29 kilos dans la cabine partagée par les deux femmes. Le tout atteindrait une valeur de 31 M $ australiens (30,5 M $ canadiens).
Ils ont tous trois été accusés d'importation d'une quantité commerciale d'une substance contrôlée, soit la cocaïne.
Isabelle Lagacé, qui a plaidé coupable, devra patienter jusqu'au 30 juin pour connaître sa sentence.
Stéphane Beaulac, professeur titulaire de l'Université de Montréal spécialisé en droit international
« Sa meilleure alliée »
Selon les deux avocats criminalistes d'expérience consultés par La Voix de l'Est, Isabelle Lagacé représenterait la « meilleure alliée » de Mélina Roberge lors du procès.
« Mme Roberge a plaidé qu'elle ignorait que la cocaïne se trouvait dans sa cabine dans son enquête préliminaire et son amie a plaidé coupable. C'est certain que si elle vient dire que tout est de sa faute et que Mme Roberge n'a rien fait, ça vient aider sa cause, souligne Me Grenon. [...] La Couronne peut aussi dire qu'elle a fait de l'aveuglement volontaire en ne s'intéressant pas au contenu de la valise. Elle devrait avancer que Mme Roberge ne s'est pas posé de questions alors qu'il y avait lieu de s'en poser. »
Me Robert Jodoin rappelle que la Granbyenne a droit à la présomption d'innocence. « On parle ici de l'importation d'une quantité très importante de drogue dure. Il y a plusieurs choses qu'on ne sait pas. Pourquoi avoir confié cette tâche à deux jeunes filles sans antécédents criminels ? [...] Pourquoi son amie plaide-t-elle coupable et elle, non ? Peut-être que Mme Roberge a été mise devant le fait accompli », avance le criminaliste. 
Advenant que Mélina Roberge soit condamnée au terme de son procès, les deux avocats croient que bien qu'elle puisse faire face à une lourde peine, il serait surprenant qu'elle écope de la prison à vie. « Il y aurait plusieurs facteurs qui seraient à la discrétion du juge, mais je ne crois pas qu'il voudrait se rendre jusque-là. Il faudrait réussir à déterminer son degré d'implication dans l'affaire », estime Jocelyn Grenon. 
Une extradition vers le Canada deviendrait alors possible. « Les deux gouvernements concernés devraient en venir à une entente. Elle purgerait alors sa peine australienne au Canada­ », précise le professeur­ Stéphane­ Beaulac.