Chantal Brassard, Priscilla Viens et Catherine Rousseau ont expliqué l’étude qui a été réalisée par le Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles de Granby.
Chantal Brassard, Priscilla Viens et Catherine Rousseau ont expliqué l’étude qui a été réalisée par le Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles de Granby.

L'exploitation sexuelle, une problématique bien réelle dans la région

Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est
L’exploitation sexuelle des adolescentes et des jeunes femmes n’est pas vécue que dans les grandes villes. La problématique est bien réelle en Haute-Yamaska et dans Brome-Missisquoi, démontre une étude réalisée par le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Granby.

« L’exploitation sexuelle est réelle et prend de l’ampleur année après année », fait savoir Priscilla Viens, intervenante et chargée de projet en exploitation sexuelle au CALACS de Granby. Afin de bien cerner la problématique en Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi, la réalisation d’une étude s’est avérée nécessaire, ce qui a été possible grâce à un financement du ministère de la Sécurité publique.

Le projet, dont les résultats ont été dévoilés à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’exploitation sexuelle mercredi, a également été possible grâce à la participation d’une trentaine de milieux communautaires, institutionnels et scolaires qui ont accepté de s’impliquer en partageant leurs recommandations et pistes d’actions.

Les participants ont été invités à remplir un questionnaire, puis ont été conviés à des rencontres individuelles ou de groupe.

Huit femmes âgées, qui ont été victimes d’exploitation sexuelle entre l’âge de 13 ans et 25 ans, ont également accepté de participer à l’étude.

Les formes d’exploitations sexuelles qui sont le plus fréquemment rapportées sont la prostitution de survie et la prostitution de fin de mois, que ce soit en ligne (porno, échange des photos), des massages érotiques, de la danse nue ou en tant qu’escorte. « La fréquence est plus difficile à évaluer », constate Catherine Rousseau, la professionnelle de recherche qui a réalisé l’étude.

Des « contextes de vulnérabilité » ont également été identifiés. La précarité économique est l’un des facteurs les plus importants. À cette liste s’ajoutent notamment la consommation d’alcool ou de drogue, les problèmes de santé mentale, les difficultés scolaires, l’intimidation, le milieu familial instable et l’isolement social.

Survivante de la prostitution, Valérie Tender a livré un témoignage où elle parle sans barrières de cette période qui a marqué sa vie à jamais.

Les stratégies de recrutement, les besoins des victimes, les activités de prévention et le niveau d’aisance des intervenants du milieu ont également été analysés et regroupés dans le rapport qui contient près de 50 pages.

Un des éléments identifiés est l’hésitation des femmes à aller chercher de l’aide. « Elles ont peur d’être stigmatisées, peur d’être arrêtées parce qu’elles ont un mandat contre elles ou que ça ne serve à rien », résume Mme Rousseau. Lorsqu’elles demandent de l’aide, elles se sentent jugées et sont découragées à poursuivre la démarche, ajoute-t-elle.

Survivante de la prostitution, Valérie Tender en sait quelque chose. De 16 ans à 23 ans, elle s’est prostituée. La précarité financière a été la première raison qui l’a conduite dans cet enfer. « Il n’y a rien de plus sordide que la prostitution de fin de mois », a-t-elle raconté dans un témoignage qu’elle a livré sans barrières.

« C’est un entonnoir qui ne finit jamais. Ton seuil d’accessibilité ne cesse de baisser. Notre tolérance de ce qui est acceptable aussi, explique celle qui a obtenu l’aide d’un CALACS de Montréal quand elle a cessé la prostitution. C’est une industrie qui ne te mène jamais à plus de dignité. »

Artiste, militante et entrepreneure sociale, elle a expliqué que 78 % des femmes qui sortent de la violence sexuelle vivent un stress post-traumatique. « Vivre en état de stress, ça amène des problèmes. C’est horrible et très coûteux pour la santé », dit-elle.

Recommandations

Les résultats de l’étude ont amené le CALACS à formuler plusieurs recommandations autant pour leur organisme que pour l’ensemble des milieux qui travaillent auprès des adolescentes et des jeunes femmes de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi.

L’une d’elles est la création d’un poste spécialisé en exploitation sexuelle occupé par une intervenante du CALACS. Son mandat serait d’accompagner les jeunes femmes et adolescentes qui vivent de l’exploitation sexuelle. Son rôle serait également d’offrir des formations dans les milieux communautaires, institutionnels et scolaires.

L’élaboration d’une structure de concertation entre les milieux est aussi recommandée afin de favoriser une continuité dans les services.

Le CALACS suggère également la création de contenus de prévention à la carte pour bien répondre aux besoins des milieux, la tenue d’un colloque sous-régional concernant l’exploitation sexuelle, la promotion de la ligne d’écoute spécialisée en la matière et d’offrir une ressource en hébergement pour les victimes d’exploitation sexuelle.