[L'été de nos personnalités] Amanda Simard nostalgique de ses étés d'autrefois

Denis Gratton
Denis Gratton
Le Droit
L'ÉTÉ DE NOS PERSONNALITÉS / L’été que nous vivons suit un printemps pas comme les autres. Toutes les sphères de la société ont été affectées par la pandémie et le confinement. Dans cette série baptisée « L’été de nos personnalités », les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) vont à la rencontre de personnalités de tous les domaines — politique, science, culture, vie communautaire… — afin de savoir comment se passe leur été. Des conversations libres que nous vous présentons chaque samedi.

Vacances, dites-vous ? Quelles vacances ? C’est quoi ça des vacances ?

La députée franco-ontarienne de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, a éclaté de rire à la question: «avez-vous pris des vacances cet été ?». Ce mot – vacances – est presque disparu de son vocabulaire au cours des dernières années. Elle doit même se creuser les méninges pour se souvenir de la dernière fois qu’elle a décroché.

«Ça fait six ans que je suis élue, dit-elle. D’abord comme conseillère municipale (du village de Russell), puis comme députée provinciale. Ça fait onze ans que je travaille en politique, j’oeuvrais au Sénat avant d’être élue tout en faisant mes études en droit. Et depuis trois ans, je vis des montagnes russes qui pourraient faire l’objet d’un téléroman, lance la députée qui a claqué la porte du parti conservateur du premier ministre ontarien, Doug Ford, en novembre 2018, pour s’opposer aux coupes imposées à la communauté franco-ontarienne.


« J’aimerais 'reconnecter' avec la nature avant la fin de l’été. Ça me manque beaucoup. J’en ai besoin. »
Amanda Simard

«Donc non, je n’ai jamais pu décrocher au cours des 10 ou 11 dernières années, reprend-elle. C’est peut-être parce que j’adore mon travail. Mais là, je crois que je vais prendre quelques jours de congé et revoir mes amis. J’aimerais 'reconnecter' avec la nature avant la fin de l’été. Ça me manque beaucoup. J’en ai besoin.»

Elle se rappelle ses étés d’enfance. Ces étés d’insouciance, de liberté, de pure joie. Les week-ends de camping avec son père au lac Simon, dans la Petite-Nation. Les visites avec sa mère au chalet d’amis et de proches.

Pendant son enfance, Amanda Simard a passé plusieurs été dans la Petite-Nation.

Les journées ensoleillées passées en bateau, en canot, en kayak. Sur l’eau. Dans le bois. Loin de la ville et loin de la vie de tous les jours.

«J’ai adoré ces moments de mon enfance, dit-elle avec un brin de nostalgie dans la voix. Ce sont des moments inoubliables que j’apprécie encore plus aujourd’hui. Lorsque j’allais en camping avec mon père, je me faisais des amis qui venaient d’un peu partout. Je suis enfant unique, j’étais un peu obligée de sortir de ma coquille pour créer des amitiés. C’est peut-être pour ça que je suis devenue politicienne et que j’aime tellement rencontrer les gens, laisse-t-elle tomber en riant. Tout ça vient de ces étés dans la nature.

«Et à Embrun, là où je suis née, et que j’ai grandi, mes amies et moi assistions à tous les festivals et tous les événements de l’Est ontarien, c’était une tradition. Le Festival de la curd de Saint-Albert, le Russell Fair et tous les autres, on les faisait tous chaque été. Donc ce n’est pas nouveau pour moi comme politicienne de participer à ces événements, ça fait partie de ma vie.»

VICTIME DE LA COVID-19?

Si Amanda Simard n’a pas pris de vacances depuis des lunes, elle a toutefois été obligée de prendre quelques jours de congé en début d’année, convaincue est-elle qu’elle a été victime de… la COVID-19 !

«Je suis pas mal certaine que je l’ai eue à la fin décembre, début janvier, laisse-t-elle tomber. On commençait à parler de ce virus, mais personne ne s’en inquiétait ici. Je voyage beaucoup, je suis à l’aéroport international Pearson de Toronto deux fois par semaine. Il y a beaucoup de gens à cet aéroport et beaucoup de boutiques et de commerces dans lesquels on touche à tout. Je pense que c’est là que j’ai attrapé ce virus.

«J’ai été tellement, mais tellement malade au Jour de l’an ! Je ne pouvais plus bouger, j’ai passé cinq jours au lit, je croyais mourir. J’avais perdu le sens de l’odorat et le sens du goût. J’avais tous les symptômes. Je me suis confinée chez moi pendant cinq jours avant même qu’on parle de confinement général.

«Mais je ne saurai peut-être jamais si j’ai contracté ce virus ou non. Le jour où je devais aller voir le médecin, je me sentais mieux, j’allais bien. Je ne voulais pas déranger le médecin pour rien. J’ai 31 ans, je suis encore jeune, je voulais laisser ma place. Mais je n’avais jamais été malade comme ça», dit-elle.

Le confinement - celui qu’on vit tous depuis mars dernier - a été difficile pour la députée libérale de l’Ontario. Très difficile.

«Ça m’a vraiment affectée, avoue-t-elle. Je suis habituée de voir les gens, j’aime le monde, c’est ce qui me donne de l’énergie. Nous, les Canadiens français, adorons les caresses, les étreintes. On se voit, on s’embrasse. Comme politicienne, quand j’arrive dans une salle, je passe de table en table, je donne des caresses à tout le monde. J’étais habituée à cette routine. À l’épicerie, je peux passer deux heures à jaser avec les gens. Puis tout à coup, on ne pouvait plus se voir. J’ai eu des bas. Je me suis sentie très seule et isolée par moments. De ne plus voir les gens me brisait le coeur un peu.

«À Queen’s Park, à Toronto, on a siégé pas mal tout l’été. Ça aussi c’était difficile. Je ne pouvais pas prendre le train, il ne roulait pas. Je ne pouvais pas prendre l’avion non plus. Je devais donc conduire d’Embrun à Toronto presque chaque semaine et les «En Route» (aires de service autoroutières) étaient tous fermés. C’était cinq heures de route, seule, sans endroit pour m’arrêter manger ou pour simplement me dégourdir les jambes. Ces dix heures de route aller-retour étaient un défi chaque semaine.

La petite Amanda Simard

«C’est un été pas comme les autres, ajoute-t-elle dans un long soupir. Par contre, cette pandémie, malgré tous ses aspects négatifs, nous a permis de reconnecter avec nous-même. De voir ce qui est important dans notre vie, l’essentiel. Et je crois qu’on peut tous en ressortir meilleurs.»

UN SOUHAIT POUR L’AUTOMNE ?

«Mon souhait pour l’automne est qu’on évite une deuxième vague. Et que les enfants, les enseignants et les parents soient en sécurité. La rentrée scolaire me tracasse beaucoup, les enfants sont notre priorité.»

UN PLAN POUR CE QUI RESTE DE L’ÉTÉ ?

«Prendre quelques jours de vacances et vraiment renouer avec la nature. Peut-être passer une fin de semaine avec mes amies de fille dans un chalet, comme on le faisait souvent à l’époque. Ce serait magique.»