Cet atelier de bricolage fait partie de la programmation des Fêtes mise sur pied par la Société Alzheimer Granby et région (SAGR), qui débutait cette semaine, à l’attention des membres de ses groupes en répit-stimulation.
Cet atelier de bricolage fait partie de la programmation des Fêtes mise sur pied par la Société Alzheimer Granby et région (SAGR), qui débutait cette semaine, à l’attention des membres de ses groupes en répit-stimulation.

L'esprit des Fêtes du communautaire pour contrer la solitude

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
La période des Fêtes est pour grand nombre d’entre nous synonyme de retrouvailles et de réjouissances. Pour d’autres, il s’agit plutôt d’un moment où leur solitude est plus lourde à porter. Tels des lutins de Noël, les artisans de plusieurs organismes communautaires de la région s’affairent toutefois à semer de la magie des Fêtes pour leur faire oublier leur isolement.

Une dizaine d’aînés s’affairaient à décorer des sacs de papier et des cartes de Noël avec des boutons, des rubans et des autocollants. Autour d’eux, des intervenantes vêtues de rouge – la couleur thématique retenue pour la semaine — s’assurent que tous y prennent du plaisir alors que tombe une fine neige blanche à l’extérieur en ce début décembre.

Cet atelier de bricolage fait partie de la programmation des Fêtes mise sur pied par la Société Alzheimer Granby et région (SAGR), qui débutait cette semaine, à l’attention des membres de ses groupes en répit-stimulation.

Ateliers thématiques, décorations, fabrication de boules de Noël, confection de biscuits au sucre, concours de lutins farceurs et chorale : plusieurs activités seront déployées à Granby, Cowansville et Bedford jusqu’au 18 décembre pour permettre aux personnes aux prises avec un trouble cognitif de se plonger dans l’esprit des Fêtes.

« On a essayé de trouver des activités qui vont plaire à tout le monde, mais surtout qui valorisent les personnes qui vont y participer tout en leur procurant le même plaisir à s’y adonner que nous avons eu à les organiser », explique Joanie Bérubé, conseillère famille et répit à la SAGR.

La plupart des responsables des organismes sondés à la suite d’un appel à tous mentionnent que les usagers de leurs services sont, en grande majorité, des personnes vivant seules et n’ayant que très peu d’occasions de socialiser en dehors de leurs locaux.

Marc Valence et Chantal Descôteaux sont président et directrice de Partage Notre-Dame, où se donnent rendez-vous chaque jour des personnes seules.

Le 20 décembre prochain, le Partage Notre-Dame tiendra son traditionnel dîner de Noël, où plus de 200 repas seront offerts gratuitement lors des deux services consécutifs. Un rassemblement plus festif qui permet de marquer le début de la période des Fêtes.

Ensuite, le Partage sera ouvert le 23 décembre, avant de fermer pour trois jours à l’occasion de Noël. La réouverture du 27 décembre promet d’être achalandée, mentionne le président du conseil d’administration de l’organisme, Marc Valence.

« Après trois jours de fermeture, c’est clair qu’on va en avoir du monde ! , lance-t-il. Ici, on a des gens qui se donnent rendez-vous tous les jours. Quand on n’est pas ouverts, ils s’ennuient. »

Entre 80 et 90 % de la clientèle du Partage Notre-Dame s’y rend régulièrement, si bien que des amitiés et même des relations amoureuses sont nées sous les yeux du personnel et des bénévoles.

« Des gens se donnent rendez-vous à une table spécifique où ils peuvent passer des heures à discuter et à jouer aux cartes. Des personnes qui, à la base, ne se seraient jamais côtoyées autrement », raconte Caroline Archambault, intervenante au Partage Notre-Dame.

Le sentiment d’habitude est si fort que presque chaque usager a sa « chaise » bien à lui dans la grande salle. Et gare à qui y prendrait place par inadvertance ! , blague M. Valence. C’est une manière d’avoir ‘’leur’’ place chez nous et hors de chez eux, où ils n’ont personne à qui parler », illustre-t-il.

Chaque année, l’Auberge sous mon toit organise une soirée de Noël en l’honneur de ses pensionnaires et à laquelle se joignent même d’anciens bénéficiaires demeurés attachés à l’organisme, des années après leur départ, souligne sa directrice Marie-Ève Théberge (à gauche).

Oublier sa différence le temps d’une fête

Plaisir et joie sont le mot d’ordre des ateliers, qui visent en premier lieu à faire remonter d’agréables souvenirs du temps des Fêtes dans la mémoire des bénéficiaires de la SAGR. « Ce n’est pas le résultat qui compte, c’est d’avoir du plaisir », renchérit l’intervenante.

Ce plaisir découle entre autres du sentiment d’appartenance qui lie tous les membres d’un groupe. « Certains vivent le deuil de leurs pertes cognitives. Le fait de se retrouver avec d’autres personnes dans la même situation, ça les lie entre eux », indique Mme Bérubé.

C’est un constat que dresse également l’Association des personnes aphasiques Granby-Région (APAG), qui organise elle aussi un repas des Fêtes pour ses bénévoles, ses membres, et leurs familles, le 14 décembre prochain. Une trentaine de personnes sont d’ailleurs attendues pour cette célébration devenue une tradition pour bon nombre d’entre elles.

Selon la coordonnatrice Diane T. Charette, l’événement permet aux membres de l’association, qui ont des difficultés à communiquer, généralement à la suite d’un accident vasculaire cérébral, de passer un moment sans avoir constamment leur condition en arrière-pensée.

« Durant les Fêtes, tout le monde parle en même temps, mais ce n’est pas tout le monde qui a la patience de les écouter, eux, explique la coordonnatrice. Alors, certaines personnes se sentent isolées même au sein de leur propre famille. Entre nous, ils se sentent plus libres, car leur condition ne leur est pas constamment remise dans la face. Tout à coup, ils se sentent comme tous les autres, avec qui ils peuvent simplement vivre un moment agréable et festif sans être jugés ou incompris. »

« Ça leur permet de sortir de leur isolement, renchérit Mme Charette. Et puis, à force de se côtoyer, on est devenus nous-mêmes comme une famille. »

Des familles de cœur

Un sentiment qu’ont tous évoqué les intervenants interrogés, qui en sont venus à former des familles de cœur les uns avec les autres.

« En sortant d’ici, les gens n’ont pas nécessairement plus d’amis ou de contact avec leur famille. Décembre, c‘est une période lourde qui remue beaucoup d’émotions chez certains, qui sont à fleur de peau. Donc, on essaie de mettre un baume dans le cœur de certains qui n’auront pas la chance de vivre un party des Fêtes avec leurs proches », mentionne Marie-Ève Théberge, directrice générale de l’Auberge sous mon toit (ASMT).

Néanmoins, la grande majorité des résidents de la ressource en hébergement pour hommes prennent part à la soirée de Noël organisée en leur honneur chaque année et à laquelle se joignent même d’anciens bénéficiaires demeurés attachés à l’organisme, des années après leur départ.

Et même pour les plus réfractaires, la magie finit par opérer. « On fait un sapin, on décore. On a l’esprit de groupe, détaille Mme Théberge, qui prend la peine d’écrire un mot personnel à chacun des pensionnaires. Pour certains, c’est même la première fois qu’ils vont vivre ça : c’est déjà arrivé qu’un résident, un homme de 37 ans, soit ému aux larmes, car c’était la première fois qu’il faisait un sapin de Noël de toute sa vie. On en a même qui finissent par y prendre goût ! Imagine des gars virils qui viennent de sortir de prison et qui prennent plaisir à se faire prendre en photo sur les genoux du père Noël ! »