Les visages de Mélina Martin et de Nathalie Champigny, respectivement disparues depuis 13 et 26 ans, voyageront sur les routes du Québec.

Les visages de Nathalie Champigny et Mélina Martin voyageront

« Disparue depuis trop longtemps. Aidez-moi ! Ma famille me cherche. S.V.P. Parlez ! » Ces cris du cœur accompagnent les visages de Nathalie Champigny et de Mélina Martin, deux jeunes femmes de la région qui sont disparues depuis respectivement 26 et 13 ans, sur des camions de transport qui circulent aux quatre coins du Québec.

« C’est difficile de parler des victimes qui sont parties depuis longtemps. Il doit y avoir quelque chose de nouveau pour que les médias en parlent. Ça prend de la visibilité et c’est pourquoi j’ai pensé aux camions. Il y a des milliers d’automobilistes qui vont les voir tous les jours », explique Stéphane Luce, qui est à l’origine de cette initiative.

Son idée est de tapisser les portes à l’arrière des remorques de visages de personnes disparues ou assassinées dans l’espoir de recueillir de nouvelles informations.


«  On ne peut pas garantir aux familles que la remorque est toujours dans la région, mais le but est de les faire voyager dans leur secteur pour faire parler les gens dans le village.  »
Stéphane Luce, à l’origine de l’initiative

Son expérience personnelle l’a incité à mettre en place une nouvelle façon de faire voir les visages de personnes assassinées ou disparues partout en province. Sa mère a été assassinée dans son appartement de Longueuil en 1981. Encore aujourd’hui, le meurtrier est introuvable. « C’est un crime qui n’a pas été beaucoup médiatisé. Elle est tombée dans l’oubli », raconte-t-il.

Après avoir œuvré huit ans au sein de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues, M. Luce a lancé il y a quelques années Meurtres et disparitions irrésolus du Québec, un organisme à but non lucratif.

Visibilité
Le visage de la personne, un court message et un numéro où transmettre de l’information, soit le 819-200-4628, se retrouvent ainsi sur de grandes affiches apposées à l’arrière des remorques. Les informations recueillies sont transmises au corps policier responsable de l’enquête dont il est question. Ce sont les familles des personnes assassinées ou disparues qui sollicitent M. Luce. « Je fonctionne seulement avec les demandes des familles. Je crois que certaines familles étaient silencieuses et là, ça les intéresse », explique-t-il.

Le frère de Nathalie Champigny, cette femme disparue en février 1992 à Cowansville, a formulé une demande. Sa photo est accompagnée du message « Disparue depuis trop longtemps. Aidez-moi ! ».

Une sœur de Mélina Martin a également souhaité voir la photo de l’adolescente de Sainte-Sabine disparue depuis 13 ans sur une remorque. L’inscription « Ma famille me cherche. S.V.P. Parlez ! » peut être lue sur une remorque.

Ce projet, lancé en février, a permis à ce jour d’apposer le visage de 12 personnes. Six s’ajouteront en avril et six autres en mai.

Sous les bons yeux
Différentes entreprises ont accepté de participer à cette initiative. Elles se sont engagées à diffuser les affiches pour une période minimale d’un an, ou tant qu’elles seront en bon état. Les camions voyagent principalement dans la région où la personne est disparue ou a été assassinée, mais ils peuvent circuler ailleurs au Québec et même en Ontario.

« On ne peut pas garantir aux familles que la remorque est toujours dans la région, mais le but est de les faire voyager dans leur secteur pour faire parler les gens dans le village. Les gens, ça placote et là y en a un qui dit un mot de trop et quelqu’un nous le rapporte, explique Stéphane Luce. Mais la réponse peut aussi se trouver à Sept-Îles. Il faut seulement que ça tombe sous les bons yeux. »

À ce jour, quelques informations ont été transmises via la ligne téléphonique de Meurtres et disparitions irrésolues du Québec, mais aucune n’a permis de faire progresser l’enquête policière.

Les coûts d’impression des affiches sont à la charge de Meurtres et disparitions irrésolus du Québec. Afin d’amasser l’argent nécessaire, une campagne de sociofinancement a été lancée sur la plate-forme Go Fund Me. Elle a permis de recueillir 2800 $ jusqu’ici.