Les villes recevront plus rapidement leur part du Fonds de la taxe sur l'essence [VIDÉO]

Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA — «Un premier pas modeste.» C’est ainsi que les municipalités reçoivent l’annonce faite lundi par le gouvernement fédéral d’un versement plus rapide d’argent déjà prévu aux budgets.

Ottawa accélère le transfert aux municipalités du versement annuel du Fonds de la taxe sur l’essence. Les villes recevront donc en juin 2,2 milliards $ en un seul paiement plutôt que les deux versements qui étaient attendus plus tard.

«On devance de l’argent qui allait venir de toute façon dans six mois», a reconnu le premier ministre Justin Trudeau, lundi, au point de presse quotidien devant sa résidence officielle.

Ces 2,2 milliards $ représentent l’ensemble du financement prévu pour 2020-2021 du fonds fédéral.

Les municipalités estiment à au moins 10 milliards $ leurs besoins, étant donné les pressions financières qu’elles subissent depuis le début de l’épidémie de COVID-19. Cette aide, elles la réclament depuis le début du mois d’avril.

Le premier ministre a promis que le gouvernement fédéral en fera davantage pour aider les municipalités. Mais pour cela, il lui faut continuer de négocier avec les provinces. «Nous respectons les champs de compétence», s’est-il justifié.

Sa ministre de l’Infrastructure et des Collectivités a offert le même argument. «Nous espérons qu’on va voir les provinces qui vont reconnaître qu’on doit travailler ensemble pour aider les municipalités», a déclaré Catherine McKenna lors de la conférence de presse des ministres qui a suivi la sortie de M. Trudeau.

«Nous voulons que les municipalités puissent aller de l’avant pour les infrastructures qui sont planifiées», a dit la ministre, expliquant que les 2,2 milliards $ ne peuvent pas servir à payer les coûts opérationnels des villes. Toutefois, elle assure avoir bien entendu la réclamation des maires auxquels elle parle. «C’est sûr qu’ils ont besoin d’aide sur les coûts opérationnels, incluant le transport en commun», a-t-elle confirmé.

À la Fédération canadienne des municipalités (FCM), on s’est empressé de rappeler la demande de 10 à 15 milliards $, en réagissant au versement des 2,2 milliards $.

«Comme il ne s’agit pas de nouvelles sommes, ce premier pas modeste et préliminaire ne permettra pas d’enrayer les choix difficiles auxquels les municipalités sont confrontées», a déclaré Bill Karsten, président de la FCM, dans un courriel transmis à La Presse canadienne.

Celle qui l’a précédé au poste de président applaudit tout de même «un premier signal important».

«On a été entendus», souligne Vicki-May Hamm, mairesse de Magog, en entrevue téléphonique.

Mais si la mairesse peut utiliser sa part du 2,2 milliards $ pour une usine d’épuration des eaux, elle n’a toujours pas d’aide financière pour combler les pertes de ses revenus de stationnement ou les frais du télétravail des employés de sa ville ou encore la charge des camps de jour où les moniteurs devront être deux fois plus nombreux cet été.

Alors, quand on parle de champs de compétence, Mme Hamm a une réponse toute prête.

«On a démontré tout le long de cette crise-là qu’on est capable d’être agile tout en respectant les champs de compétence de chaque ordre de gouvernement. Je ne peux pas croire qu’on ne peut pas trouver une solution agile, efficace et rapide, sans s’enfarger dans de la bureaucratie. On ne l’a pas fait pour les autres actions qu’on a posées. Pourquoi on le ferait maintenant?» lance-t-elle.

De son côté, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) se montre plus critique encore, jugeant «insuffisante» l’annonce de lundi.

«Ce n’est pas de l’argent neuf», a déploré, dans une déclaration publique, la présidente de l’UMQ Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie.

L’UMQ calcule que les pertes de ses membres pourraient s’élever à 1,4 milliard $ pour 2020 seulement. «La préparation des budgets pour l’année 2021 est débutée et les enjeux financiers seront considérables», a prévenu Mme Roy, estimant incontournable une aide fédérale.

Conseils pour manifestants

Alors que les Canadiens ont commencé à descendre dans la rue pour protester contre le meurtre de George Floyd à Minneapolis, les autorités de santé publique rappellent les dangers des foules en temps de pandémie.

La ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, a préfacé ses commentaires sur le sujet en soulignant le droit de tout citoyen de manifester. «Il y a des façons de le faire de manière sécuritaire», a-t-elle suggéré. Elle a conseillé d’avoir à portée de main du gel désinfectant et de porter un masque.

«Les situations changent rapidement lorsque vous êtes dans une foule. Vous pourriez ne pas pouvoir garder vos distances», a averti la ministre.

«Crier (...) peut projeter plus de gouttelettes», a rappelé, pour sa part, Dre Theresa Tam, l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada. Elle a donc recommandé de choisir plutôt des pancartes pour porter son message ou encore d’utiliser d’autres instruments que sa voix pour faire du bruit dans la rue.

Dre Tam a ajouté que les manifestations extérieures représentent moins de risques que les rassemblements intérieurs pour la propagation du virus.

Nombre de cas

Il y a eu plus de 1691 000 tests administrés au Canada depuis le début de la pandémie. Environ 5 % d’entre eux ont détecté la maladie. La semaine dernière, on a fait passer, en moyenne, 29 000 tests par jour.

Jusqu’à maintenant, on a recensé 91 647 cas confirmés ou probables dans l’ensemble du pays. La COVID-19 a provoqué la mort de 7325 Canadiens.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux et territoriaux : 51 354 cas au Québec, dont 4661 décès; 28 263 cas en Ontario, dont 2276 décès; 7044 cas en Alberta, dont 143 décès; 2597 cas en Colombie-Britannique, dont 165 décès; 1057 cas en Nouvelle-Écosse, dont 60 décès; 646 cas en Saskatchewan, dont 11 décès; 295 cas au Manitoba, dont sept décès; 261 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont trois décès; 132 cas au Nouveau-Brunswick, dont 120 guéris; 27 cas à l’Île-du-Prince-Édouard, tous guéris; 11 cas au Yukon, tous guéris; cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest, tous guéris; aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s’ajoutent les 13 cas, tous guéris, chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.