Au cours des huit derniers jours, des infirmiers de l’urgence de Granby ont refusé d’effectuer leur quart de travail à deux reprises.

Les sit-in se multiplient à l'hôpital de Granby

À près d’une semaine d’intervalle, des infirmiers de l’urgence de l’hôpital de Granby ont refusé d’effectuer leur quart de travail à deux reprises. Le manque de personnel serait la principale cause de ces sit-in .

Bien qu’elle ne préconise pas cette approche, la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, a passé la nuit de lundi à mardi au Centre hospitalier de Granby (CHG), auprès des infirmiers qui ont décidé d’utiliser cette ultime mesure pour faire entendre leur « cri du cœur ».

Un jeune infirmier s’est confié à la représentante syndicale. « Je ne veux pas y laisser ma santé. Depuis que je suis tout jeune que je veux travailler à l’urgence de nuit. Faire le travail, ça ne me dérange pas. Mais me retrouver toujours en écart de personnel à me demander quel genre de nuit d’enfer je vais passer, je ne suis plus capable, a-t-elle relaté. Je ne veux pas perdre mon permis de pratique parce que j’aurai commis des erreurs. C’est la vie des patients qui est en jeu. C’est rendu que j’ai mal au ventre tout le temps. Je ne me sens pas bien. »

Des effectifs du CHG ont interpellé La Voix de l’Est au sujet des deux récents sit-in à l’urgence. Selon nos informations, le premier est survenu du 14 au 15 avril. Des infirmiers ont alors refusé de rentrer à minuit. Une partie du personnel de soir est resté en poste jusqu’à 3 h le matin suivant, tandis que d’autres ont dû compléter deux quarts en continu.

Une situation similaire s’est répétée dans la nuit de lundi à mardi. Mme Séguin a mentionné que devant le désarroi de leurs collègues, restés toute la nuit à la cafétéria pour pallier tout débordement, l’équipe de soir a pris, par solidarité, les patients en charge jusqu’à 7 h 15 mardi.

Sécurité

La sécurité des patients et du personnel a également pesé dans la balance. « Les membres du personnel qui ont fait le sit-in nous ont dit qu’ils ne veulent plus travailler en bas de l’équipe de base. Ils considèrent que c’est dangereux », a fait valoir Mme Séguin.

Selon la représentante de la FIQ, un tel groupe travaillant de nuit à l’urgence du CHG est constitué de huit infirmiers et d’un infirmier auxiliaire. « Lundi, il y avait huit infirmières et une auxiliaire pour le quart de nuit. Mais elle n’avait aucune expérience à l’urgence, alors l’équipe de nuit calculait être sept sur neuf. Même si on leur a dit qu’un sit-in n’était pas la solution, ils n’ont jamais changé d’idée. Ils en avaient assez », a expliqué la présidente syndicale.

Bien qu’elle ne soit pas en faveur des «sit-in», la présidente de la FIQ-SPSCE, Sophie Séguin, a passé la nuit de lundi à mardi auprès des membres qui ont choisi cette ultime mesure.

Selon elle, malgré cette occupation des locaux, à aucun moment la clientèle de l’urgence n’a été privée des soins auxquels elle a droit.

Divergence

De son côté, l’employeur se dit « très préoccupé » par le plus récent sit-in à l’urgence du CHG. « Selon les informations dont on dispose, il n’y avait pas d’enjeu de sécurité pour la clientèle ou le personnel », a indiqué en entrevue la directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS de l’Estrie, Josée Paquette.

Cette dernière réfute ce que Mme Séguin a mentionné, évoquant que « l’équipe de base » était complète pour le quart de nuit à l’urgence lundi. De plus, la représentante du CIUSSS a fait valoir que la santé de l’équipe qui a fait des heures supplémentaires a « certainement été affectée ». « Les sit-in, c’est un moyen de pression qui n’a pas sa place dans l’environnement légal dans lequel on est, a-t-elle clamé. [...] On ne peut pas, sous aucune forme, cautionner ce genre d’intervention. On ne veut pas que notre clientèle soit placée dans des situations comme celle-là. »

Sanctions

Les employés ayant refusé d’effectuer leur quart de travail s’exposent à des mesures disciplinaires. Le CIUSSS de l’Estrie étudie actuellement les deux dossiers de sit-in afin d’évaluer les sanctions à imposer aux infirmiers. Une décision doit être rendue au cours des jours à venir. « On est dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, mais on va faire diligence », a affirmé Mme Paquette.

Bien qu’elle n’approuve pas ces actions, Sophie Séguin espère qu’ils feront écho auprès de la direction de l’établissement. « Quand on fait un sit-in, il faut s’attendre à avoir des impacts. De notre côté, on souhaite que ça se traduise par de l’écoute et des moyens pour régler la situation, plutôt que par des mesures disciplinaires. »