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La tension des derniers jours et la crainte de se retrouver à la rue d’ici peu commence à faire son effet sur le moral des résidents du 94, rue Saint-Charles Sud.
La tension des derniers jours et la crainte de se retrouver à la rue d’ici peu commence à faire son effet sur le moral des résidents du 94, rue Saint-Charles Sud.

Les résidents du 94, rue Saint-Charles Sud toujours dans l’incertitude

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
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Le milieu communautaire de Granby continue de remuer ciel et terre pour venir en aide aux résidents du 94, rue Saint-Charles Sud, eux qui sont menacés d’éviction par le propriétaire du bâtiment en raison du non-paiement de loyer par son locataire, l’organisme Aide, Conseils et Assistance aux Familles Québécoises. Alors que les procédures légales pour évincer les résidents sont en voie d’être entamées, la partie est toutefois loin d’être gagnée.

Rappelons que le 1er décembre dernier, la douzaine de résidents de l’édifice, qui abritait jusqu’à tout récemment l’auberge d’aide familiale mise sur pied par l’ACAFQ, a reçu un avis d’éviction après que le bail signé par l’organisme et le propriétaire de l’immeuble ait pris fin pour défaut de paiement.

Selon M. Côté, l’administrateur du bâtiment au nom du propriétaire des lieux, Karine Darcy et sa soeur Caroline, les directrices de l’ACAFQ, ne se sont jamais acquittées du loyer mensuel et des factures pour divers services tels que l’électricité et les taxes municipales. Ces dettes que le propriétaire devra assumer s’élèvent à plusieurs centaines de milliers de dollars.

«La personne qui avait signé le bail a fait défaut dans ses obligations et elle a complètement disparu. Je dirais même qu’elle s’est poussée, affirme M. Côté. C’est vraiment de valeur pour les personnes qui sont encore sur place, mais légalement, on n’a pas le choix d’aller de l’avant avec la procédure d’éviction.»

M. Côté se présentera sous peu sur place pour faire l’inventaire des biens et des personnes qui s’y trouvent encore pour ensuite déposer une demande d’injonction au tribunal pour ordonner l’éviction des habitants.

«L’usage qu’ils font de la bâtisse n’est pas conforme au permis que j’ai, qui est d’exploiter une ressource d’hébergement avec services. Je pourrais perdre mon permis. Moi, je ne veux pas d’ennuis», souligne l’administrateur.

La tension des derniers jours et la crainte de se retrouver à la rue d’ici peu commencent à faire son effet sur le moral des résidents. «On dort mal, on est anxieux», affirme l’une d’entre elles, Marlene.

«On se croirait dans un film d’horreur, poursuit Nicolas, un autre locataire. Je suis angoissé comme je l’ai rarement été.»

Démarche concertée

Une rencontre d’urgence a été tenue mercredi après-midi pour essayer de reloger les locataires. Des représentants du milieu communautaire, du service de police, de la Ville de Granby et du député François Bonnardel se sont réunis à l’initiative de la Corporation de développement communautaire (CDC) de la Haute-Yamaska.

«Ça s’est avéré une rencontre très positive. On a réussi à trouver des pistes de solutions temporaires, mais on est encore en attente de confirmations, a fait savoir le directeur de la CDC, Sylvain Dupont. On demeure confiants de pouvoir relocaliser les gens temporairement jusqu’à ce qu’on leur trouve une solution plus durable. Évidemment, entre temps, on espère que d’autres avenues se présentent.»

«Beaucoup de gens sont prêts à aider, ajoute François Lemay, employé du bureau de circonscription du député François Bonnardel, qui était aussi présent à la rencontre. Malheureusement, personne n’a de logement disponible, les taux d’inoccupation sont très bas dans la région. Mais chacun essaie de proposer des solutions à partir de ses ressources et dans la mesure de ses moyens.»

L’ACAFQ et ses représentantes, Karine et Caroline Darcy, ne se seraient jamais acquittées du loyer mensuel et des factures pour divers services tels que l’électricité, le gaz et les taxes municipales.

M. Dupont aurait toutefois aimé que le propriétaire collabore avec le communautaire en amont pour éviter d’en arriver à la situation actuelle . «On avait sonné l’alarme au propriétaire cet été, à propos des problèmes qu’on voyait venir dans la place, a-t-il indiqué. Il nous avait revirés de bord en nous disant qu’il avait confiance en Mme Darcy», dit-il.

«Là, il tombe dans une situation où il dit que c’est assez, il réalise lui aussi qu’il s’est fait flouer. Pourquoi ne nous a-t-il pas interpellés à ce moment-là pour qu’on trouve des solutions pour aider tout le monde au lieu de décider de mettre les gens à la rue?», se questionne le directeur de la CDC.

M. Lemay abonde en ce sens. «Au moins, le milieu communautaire et le CIUSSS ont vu clair dans le jeu de Mme Darcy. Mais c’est quand même les travailleurs [du milieu] qui se retrouvent à ramasser les pots cassés.»

C’est à la suite de la première arrestation de Mme Darcy pour voies de fait et menaces, cet été, que M. Côté indique avoir commencé à s’intéresser davantage à ce qui se passait sur la propriété. «J’avais été approché par d’autres personnes concernant l’organisation, concède-t-il. Mais son idée était bonne, on avait vérifié, elle avait un plan d’affaires. Tout avait l’air beau. Elle avait travaillé dans ce milieu-là avec des gens que je connaissais. Tu ne peux pas la voir venir avant de l’avoir vue travailler... J’ai été obligé d’intervenir quand la police s’en est mêlée et c’est là que j’ai vu qu’il y avait des problèmes.»

Rappelons que Karine Darcy comparaîtra le 17 décembre prochain pour répondre de plusieurs accusations dans au moins deux dossiers liés à son auberge d’aide familiale.

Aide et méfiance

Mercredi soir, les résidents du 94, Saint-Charles Sud ont reçu la visite inattendue de deux femmes de la Rive-Nord de Montréal s’étant présentées comme des bénévoles du groupe Assez du DPJ, un regroupement virtuel d’individus dénonçant leurs déboires avec le système québécois de protection de la jeunesse et dont la page Facebook compte plus de 18 400 abonnés. Elles ont dit venir faire un état des lieux dans l’optique d’aider les locataires à trouver un nouveau toit, et ce, de manière tout à fait désintéressée.

Plutôt que de les réjouir, cette proposition a plutôt attisé la méfiance des locataires, ont confié ceux-ci au lendemain de la rencontre. «J’ai eu beaucoup de réticences, j’ai trouvé ça louche», note Marlene.

«J’ai la trouille, confie pour sa part Chandra, à qui les visiteuses auraient déniché un logis meublé chez des gens à qui elles sont déjà venues en aide dans le passé. Il est hors de question qu’on aille là avec mon conjoint et ma fille. On n’ira pas vivre loin d’ici avec des inconnus juste comme ça sans autre information alors qu’on est très vulnérables.»

Plutôt que de les réjouir, l’aide inattendue offerte par des membres de Assez du DPJ a attisé la méfiance des locataires. Chandra s’est fait proposer de partager un logement avec des inconnus dans la région de Windsor en compagnie de son conjoint et de sa fillette, une offre qu’elle ne compte pas accepter.

Le groupe Assez du DPJ s’est retrouvé au coeur d’une controverse plus tôt cet automne quand il a été révélé, par Le Soleil, qu’un de ses membres, qui fait d’ailleurs partie du noyau de citoyens impliqués dans un «marathon de démarches» pour venir en aide aux Granbyens menacés d’éviction, proposait des services d’enquête auprès de familles dans la mire de la DPJ, moyennant une somme de 2500$, alors qu’il ne détenait de pas permis du Bureau de la sécurité privée. Un service moussé par les administrateurs de la page Assez du DPJ, rapportait le quotidien de Québec.

Questionné à ce sujet, le résident du Bas-Saint-Laurent Louis Boisvert s’est défendu d’avoir offert ses services comme enquêteur privé. Il ouvrirait plutôt les dossiers et effectuerait principalement des enquêtes de crédit et de la vérification d’antécédents judiciaires, laissant la portion «enquête» à des avocats et de véritables enquêteurs.

Plusieurs sources externes n’ayant aucun lien avec l’ACAFQ ou avec Assez du DPJ ont comparé les deux regroupements comme étant «des compétiteurs», se vouant une hargne mutuelle. «Dans un cas comme dans l’autre, a-t-on allégué, ce sont des gens qui se font valoir grâce à la misère des autres.»

Ne s’improvise pas intervenant qui le veut

Mis au courant de ce nouveau rebondissement, Sylvain Dupont espère que toute la saga entourant le 94, rue Saint-Charles Sud fera en sorte que les gens seront plus vigilants quant à ceux qui s’improvisent intervenants.

«On se rend bien compte que des gens n’ayant pas les compétences, les connaissances ou l’expérience nécessaire approchent des personnes vulnérables dans une optique d’intervention où ils ne sont pas qualifiés pour agir, souligne-t-il. Ce n’est pas parce que toi-même, ta mère, ton conjoint, ta soeur ou ton enfant a vécu une problématique X dans le système que ça te donne une connaissance assez fine de cet enjeu et dudit système pour aller aider les autres.»