Les citoyens de Frelighsburg n'ont pas à payer pour les ratés des marais filtrants de la municipalité. Ils ont été aménagés suivant l'accord du ministère de l'Environnement qui reconnaissait leur efficacité, signale le maire Jean Lévesque.

Les ratés des marais filtrants artificiels à Frelighsburg

Le traitement des eaux usées dans des marais filtrants artificiels n'apporte pas les résultats attendus à Frelighsburg et à Notre-Dame-de-Stanbridge. Le ministère de l'Environnement, qui a approuvé ce système de traitement, enjoint les deux municipalités à trouver des solutions d'ici l'automne.
Beaucoup moins chers à mettre en place que les usines d'épuration conventionnelles, les marais filtrants artificiels permettent de traiter les eaux usées en les faisant passer à travers un lit de substrats poreux composé de végétation aux capacités filtrantes, comme les phragmites australis (roseaux). Encouragées par Québec, 17 petites municipalités en ont aménagé depuis 1993. Plusieurs éprouvent toutefois des problèmes à respecter les rejets de phosphore, a appris La Voix de l'Est.
C'est le cas à Frelighsburg, où les plantes filtrantes peinent à pousser. Selon les données du ministère de l'Environnement, non seulement la municipalité ne respecte pas les normes de rejets de phosphore, mais également les normes de matières fécales.
Le maire Jean Lévesque s'explique difficilement ces problèmes. « On a acheté quelque chose de bonne foi. On a fait aménager les champs de roseaux comme le ministère nous a recommandé de le faire. Maintenant, on réalise que ça ne fonctionne pas. Et ils nous demandent d'embaucher une firme de génie, de réparer tout ça. Et c'est à nous de payer. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. »
La construction d'un réseau d'égout et du système de traitement des eaux usées à Frelighsburg a coûté 3,1 millions de dollars en 2011. De ce montant, la petite municipalité a payé 1 M $, le restant étant assuré par Québec et Ottawa. En tout, 96 maisons et 10 commerces envoient leurs eaux usées vers les marais filtrants.
À Notre-Dame-de-Stanbridge, les installations ne sont fonctionnelles qu'à 60 %. Des dix cellules de roseaux, quatre sont inopérantes, indique la mairesse Ginette Simard-Gendreault. Les conduits qui amènent les eaux usées auraient été mal conçus, provoquant leur blocage, et le système d'injection d'air fait défaut, croit-on à la municipalité. Par ailleurs, les efforts pour entretenir les cellules dépassent les estimations.
Ces ratés font que la taxe spéciale payée par les propriétaires de 130 maisons et commerces du village est passée de 90 $ par unité de logement en 2009 à 190 $. « Nos citoyens n'ont pas à payer pour ça », soutient Mme Simard-Gendreault.
La municipalité a déboursé 922 544 $ en 2010 sur un total de 2,7 M $ pour remplacer les conduits de son réseau d'égout, pour ajouter de nouveaux postes de pompage et pour aménager les marais filtrants.
Mises en demeure
L'administration municipale a communiqué avec la compagnie Civ-Bec, l'entrepreneur qui a aménagé les marais filtrants (également à Frelighsburg). Elle a fait faillite. La firme HG Environnement, qui a conçu les plans et devis, a mis fin à ses activités. Finalement, Genivar­ (devenue WSP), qui a surveillé les travaux d'aménagement des marais, n'a pas donné signe de vie. Les compagnies d'assurance de deux dernières entreprises ont communiqué avec la municipalité à la suite des mises en demeure envoyées par celle-ci. Personne ne reconnaît sa responsabilité, déplore Mme Simard-Gendreault.
L'affaire sera débattue devant un juge, a indiqué la mairesse. « On doit protéger les droits de nos citoyens. On ne peut pas leur demander de payer encore pour les marais. »
Une analyse commandée l'an dernier au Centre des technologies de l'eau par le ministère de l'Environnement propose des modifications à apporter aux systèmes de marais filtrants défectueux. À Frelighsburg, les experts de l'organisme recommandent d'installer un média filtrant pour réduire le phosphore dans les rejets. L'ajout d'un tel équipement, l'utilisation de produits chimiques et le recours à plus de main-d'oeuvre augmenteront les coûts d'opération, signalent-ils.
La même recommandation s'applique à Notre-Dame-de-Stanbridge.
Les experts recommandent aussi à Frelighsburg de replanter des roseaux pour assurer le processus de filtration.
La question demeure entière, a insisté le maire Lévesque. « Qui va payer ? Je ne pense pas que ça soit à nos citoyens », soutient-il.
Un an pour se conformer
Au ministère de l'Environnement, on rappelle que les municipalités ont des responsabilités. « En tout temps, les municipalités sont tenues de respecter les normes du Règlement sur les ouvrages municipaux d'assainissement des eaux usées, ainsi que les exigences, engagements ou conditions stipulées dans l'autorisation qui leur a été délivrée », explique le porte-parole, Clément Falardeau.
Les deux municipalités, qui ont appris l'an dernier qu'elles ne respectaient pas les normes, disposent d'une « période transitoire d'un an » pour se conformer, a dit M. Falardeau.
Outre Notre-Dame-de-Stanbridget et Frelighsburg, les municipalité de Sainte-Ursule (Mauricie) et Saint-Valentin (Montérégie) sont dans la mire du Ministère.