Les Québécois dans le camp de la professeure de l’Université d’Ottawa

Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA - L’enseignante de l’Université d’Ottawa au coeur d’une controverse peut compter sur l’appui de la très grande majorité des Québécois, selon un sondage effectué pour le compte de la firme Léger et de l’Association des études canadiennes.

Cet appui est également important en dehors du Québec, bien qu’un peu plus timide, à en croire les données recueillies par le sondeur.

La professeure de l’histoire de l’art Verushka Lieutenant-Duval est dans l’eau chaude depuis qu’elle a utilisé le mot qui commence par la lettre «n», dans le cadre d’un cours. Elle y expliquait comment certains groupes se réapproprient des qualificatifs insultants et en détournent alors le sens.

Si 80 % des Québécois sont au courant de cette affaire, seulement 31 % des Canadiens d’ailleurs au pays en ont entendu parler.

Et ça, c’est ce qui a le plus étonné le sondeur. Pourquoi cette affaire a-t-elle fait tant de bruit au Québec et passe-t-elle presque inaperçue ailleurs, même en Ontario où se situe l’Université d’Ottawa?

«Je ne sais pas exactement pourquoi», répond Christian Bourque, de la firme Léger. Et ceci rend le phénomène «encore plus fascinant», dit-il.

Une fois que le sondeur, en quelques phrases, explique la situation, 77 % des Québécois et 50 % des autres Canadiens disent appuyer la professeure. Seulement 13 % des Québécois et 30 % des Canadiens hors Québec appuient plutôt les étudiants qui ont dénoncé Mme Lieutenant-Duval.

L’écrasante majorité - 86 % au Québec, 71 % ailleurs - estime que la liberté d’expression doit être défendue à tout prix.

«On va dans le même sens mais une coche de plus (au Québec)», souligne M. Bourque, en entrevue téléphonique.

Toutefois, lorsqu’on s’éloigne du cas précis, ils ne sont que 19 % au Québec, mais 40 % ailleurs, à être prêts à interdire certains mots, quel que soit le contexte dans lequel ils seraient utilisés.

Et M. Bourque souligne «l’impressionnant clivage générationnel» sur cet enjeu.

La majorité des 18-24 ans, soit 53 %, est prête à interdire des mots. Alors qu’à partir de 45 ans, ils ne sont plus que 27 % ou 28 % à choisir la censure.

Ce «clivage» est également présent lorsque l’opinion sur l’incident de la professeure de l’Université d’Ottawa est mesurée. Chez les 18 à 24 ans, 37 % seulement se rangent dans le camp de Mme Lieutenant-Duval, tandis que 52 % choisissent le camp des étudiants qui lui ont fait des reproches.

Le sondage a été mené du 23 au 25 octobre, auprès de 1523 Canadiens. Comme l’échantillon n’est pas probabiliste, l’exercice étant mené en ligne, il n’est pas possible de calculer une marge d’erreur.

À quand des élections fédérales?

Ce sondage a également mesuré l’appétit des Canadiens pour la tenue d’élections générales fédérales. Le plus grand nombre d’entre eux est prêt à attendre la fin du mandat du gouvernement minoritaire de Justin Trudeau, à l’automne 2023, avant de retourner aux urnes.

Ainsi, 25 % voudraient des élections au printemps prochain, 18 % à l’automne de l’année prochaine, 10 % en 2022 et 47 % quand les libéraux auront gouverné pendant quatre ans.

La différence entre les Québécois et le reste du Canada dans cette dernière catégorie est minime. Ils sont 53 % au Québec à être prêts à attendre encore trois ans avant d’aller voter, comparativement à 45 % ailleurs au pays.

«Les gens préféreraient même qu’un gouvernement minoritaire se rende à la fin d’un mandat de quatre ans. Ce qui, je pense, ne s’est jamais vu dans l’ère moderne, au Canada», fait remarquer M. Bourque.

Ceci dit, les allégeances demeurent stables chez les électeurs décidés. Au Québec, les libéraux récoltent 35 % des intentions de vote, les bloquistes 32 %, les conservateurs 16 %, les néo-démocrates 10 % et les verts 5 %.