Entouré de sept conseillers municipaux, le maire suppléant de Granby, Robert Riel, a tenu à faire une mise au point à la suite de la dernière séance du conseil houleuse.

Les propos du maire Pascal Bonin «profondément blessants»

Le maire suppléant de la ville de Granby, Robert Riel, a tenu à faire une mise au point vendredi après que lui et les membres du conseil eurent fait l’objet de critiques de la part du maire Pascal Bonin, lors de la dernière séance du conseil municipal.

Entouré de sept conseillers municipaux à l’air grave, Robert Riel a d’entrée de jeu précisé, « pour éviter toute ambiguïté », qu’il n’avait aucune intention de se présenter à la mairie en 2021. 

Absent de l’hôtel de ville depuis près de trois mois pour des raisons de santé, le maire Bonin s’est brièvement présenté à la dernière séance, lundi, pour annoncer son retour prochain. Il a au passage adressé certaines critiques acerbes aux élus. « Depuis 2017, il y a beaucoup trop de maires à la table du conseil, pas assez de conseillers. Dès mon retour, il n’y aura plus qu’un maire », a notamment laissé tomber M. Bonin. 

Ce dernier a aussi invité les élus, de même que les salariés de la municipalité, à se rappeler qu’ils sont « au service du citoyen, et non celui de la Ville ou le vôtre ou celui de l’administration ». « Je vous demande simplement et publiquement que cessent tous ces jeux de coulisses, de mensonges et de guerres de pouvoir », a déclaré Pascal Bonin sans détailler davantage sa pensée. 

Il a aussi affirmé que Robert Riel a menti, alors qu’il avait affirmé à La Voix de l’Est, la semaine dernière, être sans nouvelles du maire. Pascal Bonin a notamment affirmé avoir rencontré la coordonnatrice de la mairie, Marie-Claude Delisle, à deux reprises, pour signer des documents. Il a aussi dit que M. Riel a reçu une copie des textos qu’il a échangés avec le directeur général de la Ville, Michel Pinault, depuis son départ. Le conseiller Robert Vincent lui a aussi rendu visite quelques heures. 

Mais Robert Riel maintient sa position. « Depuis le départ du maire pour cause de maladie le 11 novembre dernier, l’administration municipale, le conseil et moi-même n’avons jamais été informés de l’état de santé du maire à savoir s’il allait bien et quand il serait possible d’attendre son retour », a-t-il affirmé vendredi. 

Blessés

Robert Riel et les autres membres du conseil présents au point de presse affirment avoir été « profondément blessés » par les propos de M. Bonin. « Les commentaires n’ont pas affecté que le conseil municipal, ils ont aussi affecté toute l’administration municipale au complet. Ça a fait mal », dit-il. 

Les conseillers municipaux présents ont opiné du chef à cette affirmation. Mais ils n’ont pas souhaité commenter davantage. 

Robert Riel dit par ailleurs n’avoir eu aucune nouvelle de Pascal Bonin depuis lundi dernier. « Je n’ai jamais eu de nouvelles de M. Bonin sur son état de santé. Et je n’en ai pas plus aujourd’hui », a-t-il déclaré. 

« L’aspect de la santé du maire lui appartient et ce sera à lui d’informer la population en temps opportun. Depuis trois mois, j’invite les citoyens et les citoyennes, ainsi que les partenaires de la Ville, à respecter la vie privée de M. Bonin, pour ainsi éviter les rumeurs. Il reviendra quand il sera en mesure de le faire, sans plus, sans jugement, et avec tout le respect du monde », a souligné le maire suppléant. 

Pascal Bonin n’est pas entré dans les détails lundi sur les raisons de son absence, mais il a assuré qu’il répondra à toutes les questions à son retour. Il s’était absenté quelques semaines au printemps 2019 et avait évoqué un épuisement professionnel pour expliquer cette pause.

S’il a ouvert la séance du conseil municipal, Pascal Bonin s’est éclipsé avant la première période de questions. Sa présence lui a toutefois permis de facto de s’absenter pour une nouvelle période maximale de 90 jours.

« Depuis les trois derniers mois, le conseil municipal a maintenu le cap en harmonie, afin d’être au service des citoyens. Nous faisons de la politique dans le respect de nos collègues et en étant transparents. Je tiens à rappeler que le conseil agit de bonne foi dans l’exercice de ses fonctions », a assuré Robert Riel en précisant que l’énergie nécessaire est mise « afin de livrer les projets pour la population ». 

Absents

Deux conseillers municipaux, Éric Duchesneau et Jocelyn Dupuis, n’étaient toutefois pas aux côtés de leurs collègues vendredi. « Les deux travaillent », a fait valoir Robert Riel.

Une affirmation corroborée par M. Duchesneau. S’il n’avait pas été retenu pour des raisons professionnelles, il se serait joint à ses collègues, a-t-il affirmé. 

Lundi, Éric Duchesneau et Jocelyn Dupuis ont cependant voté contre une résolution adoptée par leurs homologues qui prolonge le mandat de Robert Riel à titre de maire suppléant jusqu’au 31 octobre 2020. 

La disponibilité et le travail effectué par M. Riel à ce jour dans les dossiers ont été évoqués pour justifier cette décision. À l’origine, Éric Duchesneau devait prendre le relais à compter du 1er mars prochain, tel que le prévoit une résolution adoptée en 2017 pour permettre la rotation des élus à titre de maire suppléant. 

Pascal Bonin a aussi dénoncé au passage cette modification. 

« Depuis les six dernières années, en tant que conseiller municipal, j’ai mis toute l’énergie et les efforts nécessaires, comme l’ensemble du conseil d’ailleurs, à servir les citoyens et les citoyennes et à faire avancer les dossiers de façon honnête et collégiale. Cette énergie, je continue à la mettre tous les jours comme maire suppléant », a déclaré vendredi Robert Riel. 

Celui-ci dit par ailleurs avoir voulu « prendre du recul » pour digérer les propos de Pascal Bonin avant de réagir publiquement. D’où les quelques jours écoulés depuis la dernière séance du conseil. 

Le maire Pascal Bonin a participé brièvement à la dernière séance du conseil municipal.

JOCELYN DUPUIS « PAS OUTRÉ »

Le conseiller municipal Jocelyn Dupuis affirme n’avoir été avisé que vendredi matin du point de presse auquel a assisté la majorité des élus pour réagir aux propos tenus par le maire Pascal Bonin lundi. Les médias ont pour leur part été conviés dès jeudi soir à l’événement médiatique. Cette invitation aurait été formulée à la suite d’une rencontre des élus ; rencontre à laquelle M. Dupuis n’a pas assisté non plus. « Comme j’ai été mis au courant ce matin [vendredi] du point de presse, je ne pouvais pas me libérer. Mais même si j’avais pu, je n’aurais pas participé », a déclaré M. Dupuis à La Voix de l’Est. Celui-ci affirme ne « pas avoir été outré » des déclarations du maire Bonin. « Je l’ai pris d’un côté constructif. J’étais peut-être visé parce qu’en tant que conseiller, j’en ai fait des erreurs. Je ne suis pas parfait », lance-t-il.