Sophie Veilleux, présidente du Syndicat des enseignants de la Haute-Yamaska, et Sylvain Mallette, président de la Fédération­ autonome de l’enseignement

Les profs veulent être écoutés

Alors que les négociations avec le gouvernement débuteront dans les prochaines semaines, l’autobus du syndicat de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a terminé sa tournée québécoise dans plusieurs établissements scolaires de la Haute-Yamaska, mardi. « Le premier ministre François Legault affirme que l’éducation est la première priorité du gouvernement. Alors, qu’il écoute les profs », a résumé à bord de l’autobus rouge Sylvain Mallette, président de la FAE, durant son arrêt devant l’école des Bâtisseurs, à Granby.

Avant tout, les enseignants veulent être écoutés, dit Sophie Veilleux, présidente du Syndicat des enseignants de la Haute-Yamaska : « On entend souvent les profs, mais on ne les écoute pas », a-t-elle déploré.

« François Legault cherche à nous mettre la population à dos, mais pourtant nous avons reçu un accueil très chaleureux lors de nos différents arrêts. Les gens ont à coeur l’école publique », a soutenu M. Mallette. La FAE a décidé de partir en tournée pour montrer que le premier ministre ne bénéficie pas autant qu’il le prétend du soutien populaire.

Depuis le 29 octobre dernier — date du dépôt des demandes syndicales au gouvernement en vue du renouvellement de la convention collective —, l’autobus rouge a ainsi parcouru les 17 régions du Québec, et ce, même si la FAE ne représente pas des enseignants dans autant de régions. « Nous ne sommes pas dans une approche corporatiste, a insisté M. Mallette. On voulait avant tout parler aux citoyens. »

Ils ont ainsi distribué 13 000 tracts durant cette virée inhabituelle pour un syndicat, lors de leurs haltes dans les centres d’achat, centres-villes et facultés d’éducation du Québec. Cette tournée de sensibilisation a été préférée à une campagne de publicité télévisée nationale, tel que prévu d’habitude.

Mardi, les dirigeants syndicaux sont allés tour à tour à la rencontre des professeurs des écoles de Roxton Pond, Jean-Jacques-Bertrand, Massey-Vanier, La Chantignole, des Bâtisseurs et du CRIF.

Les dirigeants syndicaux rappellent que les solutions qu’ils proposent au gouvernement s’appuient sur la réalité du terrain.

De meilleurs salaires

Le président de la FAE rappelle que les compressions salariales de ces dix dernières années équivalent à des coupures de 1,5 milliard de dollars dans le secteur de l’éducation. Selon la FAE, le rattrapage salarial des profs n’aura pas lieu avant 2024, au rythme auquel le gouvernement Legault investit.

Les enseignants québécois seraient ainsi les moins bien payés au Canada, selon la FAE qui s’appuie sur des données récentes de Statistique Canada.

Le syndicat propose alors une nouvelle échelle salariale au gouvernement, composé de 11 échelons au lieu des 17 actuels. Un prof entamerait alors sa carrière à un salaire annuel de 56 415 $, au lieu des 42 431 $ actuels. Au sommet de l’échelle, un prof gagnerait 91 894 $ au lieu de 82 585 $.

« On n’a pas à rougir de nos demandes », a assuré M. Mallette, qui est par ailleurs professeur au secondaire. « Nos conditions de travail, ce sont aussi les conditions d’apprentissage des élèves et le respect de l’école publique. »

D’autres demandes syndicales ne sont pas monétaires. L’allègement de la tâche des jeunes professeurs en fait partie, ceux-ci ayant davantage de périodes d’enseignement que leurs collègues plus âgés, ce qui explique notamment les nombreux arrêts de travail et démissions parmi cette catégorie d’enseignants. C’est plutôt l’inverse qui devrait être fait, selon M. Mallette, afin d’encourager les plus jeunes à embrasser la profession.

La baisse d’autonomie des profs et le « tripotage des notes » sont également dénoncés, puisque le projet de loi 40 — celui abolissant les commissions scolaires — viendrait légaliser cette pratique permettant aux directions des écoles d’outrepasser l’évaluation de l’élève par le professeur.

Quelques heures avant le dépôt des offres patronales, le syndicat interpelle ainsi le gouvernement. « On verra si le premier ministre respecte notre profession », a conclu Sylvain Mallette.

LE PROJET DE LOI 40 « MAL PENSÉ  »

Avec 312 articles législatifs, le projet de loi 40 ne propose pas simplement d’abolir les élus et les commissions scolaires, prévient Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement. Selon lui, seule une vingtaine d’articles sont en lien avec cette abolition.

«Ce projet de loi vise plutôt à réécrire la Loi sur l’instruction publique dans son ensemble, et ce faisant, le gouvernement s’éloigne de l’héritage de la Révolution tranquille, tranche
M. Mallette. On a voulu une école commune, permettant l’égalité des chances, où la mixité sociale était réelle. Ce projet de loi éloigne l’école publique de cette mission.»

Selon lui, le projet de loi diminue l’autonomie des professeurs, remet en question leur approche pédagogique, ne permet pas aux professeurs de se perfectionner adéquatement, accentue la ghettoïsation des milieux et centralise davantage les pouvoirs à Québec.