«On nous demande d’enseigner comme s’il n’y avait pas la COVID», déplore la présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska, Alina Laverrière. Mais la qualité de l’enseignement en pâti et les profs sont épuisés, dit-elle.
«On nous demande d’enseigner comme s’il n’y avait pas la COVID», déplore la présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska, Alina Laverrière. Mais la qualité de l’enseignement en pâti et les profs sont épuisés, dit-elle.

«Les profs ne sont plus capables»

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
La pandémie entraîne une charge de travail supplémentaire qui pèse lourd sur les enseignants. Très lourd, selon le Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY), en Montérégie, qui prédit que les profs seront bientôt nombreux à tomber au combat.

«Ce qu’on a vécu au printemps dans les CHSLD, ça s’en vient en éducation», affirme la présidente du SEHY, Alina Laverrière.

Pas les morts, bien sûr, mais un manque de personnel aggravé par des employés de plus en plus exténués. «Il y a toujours une vague de départs en congé de maladie en novembre, dit Mme Laverrière. Là, ça va venir beaucoup plus tôt.»

En plus de leurs défis quotidiens, les professeurs doivent maintenant composer avec plusieurs tâches de supervision et de nettoyage qui grugent leur temps d’enseignement, dénonce le SEHY.

La liste comprend une surveillance accrue pendant les récréations et les allers-retours aux toilettes, le nettoyage des outils pédagogiques, la gestion des règles sanitaires... «Il y a vraiment un trop-plein, dit Alina Laverrière. On en met toujours plus sur leur dos et les profs ne sont plus capables.»

Et pendant ce temps «on nous demande d’enseigner comme s’il n’y avait pas la COVID», dit la présidente. Mais impossible de dispenser 100 % de l’enseignement dans les circonstances actuelles, ajoute-t-elle, d’autant plus que les profs ont déjà un retard à récupérer de l’année scolaire précédente.

«L’argument qu’on me tient, c’est que tout le monde doit mettre la main à la pâte, dit Mme Laverrière. J’en conviens. Mais une fois qu’on a dit ça, on en rajoute toujours.»

Le SEHY préconise que le centre de services scolaire du Val-des-Cerfs «augmente le temps de conciergerie». Celui-ci a déjà été haussé de 40 % en début d’année, «mais c’est clairement insuffisant», dit la présidente, qui soutient que les employés sanitaires actuels ne suffisent pas à la tâche.

«Ils en ont déjà trop et ils n’ont pas le temps de tout faire. Il reste des planchers sales après une journée.»

Alina Laverrière croit que Val-des-Cerfs peine à trouver des concierges supplémentaires, ce qu’elle juge «inadmissible».

Rareté ou pénurie ?

Directeur général de Val-des-Cerfs, Eric Racine reconnaît que le recrutement de concierges a été «un enjeu» en début d’année scolaire. «Mais les gens aux RH (NB: ressources humaines]) ont mis le paquet, dit-il. On a fait des embauches massives et on continue notre recrutement pour garnir nos banques de candidats.»

Ces employés sont présentement en nombre suffisant, dit le DG, et ils n’ont pas à nettoyer le matériel des enseignants ou à surveiller les élèves. «Leur tâche est de nettoyer et désinfecter le bâtiment et le mobilier.»

«Notre vie a changé et il revient maintenant aux profs de désinfecter leur matériel et d’assurer le respect des consignes, dit M. Racine. C’est sûr que c’est énergivore, mais il faut que ça soit intégré. Avec le temps, ça sera de plus en plus fluide, et au fur et à mesure que ça sera entré dans les moeurs, le temps dévolu à ça va diminuer.»

Il reconnaît que la pandémie occasionne des tâches supplémentaires, et ce pour presque tous les types d’emploi. «On ne s’en sort pas, dit-il. Il faut en faire plus individuellement pour que collectivement on soit capables d’arriver.» Mais le moral des troupes est «quand même bon» et du personnel d’encadrement a été ajouté dans certaines écoles, mentionne M. Racine.

Cela reste insuffisant aux yeux d’Alina Laverrière, qui estime que la situation ne fera qu’empirer le manque d’enseignants. Déjà, dit-elle, beaucoup de postes sont comblés par des candidats «peu ou pas qualifiés» ou par des spécialistes d’un domaine autre que celui dans lequel ils ont étudié.

Elle reproche d’ailleurs à Val-des-Cerfs de minimiser le problème. «C’est clair qu’il y a une pénurie alors arrêtez de parler de rareté», dit la présidente du SEHY.

Là-dessus, Eric Racine persiste et signe. «Contrairement à d’autres centres de services scolaires, on n’a pas de poste d’enseignant non doté. J’ai un enseignant ou un suppléant pour chaque poste, donc on est en rareté, pas en pénurie. La pénurie, c’est quand il n’y en a pas. Mais c’est vrai que notre banque de candidats est beaucoup plus mince que par les années antérieures, et on est à risque avec la saison des rhumes qui s’en vient.»

«J’ai pas l’habitude d’avoir la langue de bois et quand on sera en pénurie, je serai le premier à le crier, précise le DG de Val-des-Cerfs. Mais j’espère que la situation ne se présentera pas.»