Le directeur des communications à la Sûreté du Québec, Guy Lapointe

Les policiers assurent avoir les Hells Angels à l’oeil

Les policiers de la Sûreté du Québec et leurs partenaires ne lésinent pas sur les moyens à déployer pour lutter contre le crime organisé alors que les membres en règle des Hells Angels et leurs supporters — estimés à 500 dans la province par les forces policières — font sentir leur présence.

Les policiers ont revu leur stratégie en matière de lutte au crime organisé qui se déploie sur trois principaux axes.

L’Escouade nationale de répression au crime organisé (ENERCO) s’attaque aux têtes dirigeantes. Les Escouades régionales mixtes ciblent quant à elles les clubs de supporters. Puis, des équipes d’enquêtes luttent localement et régionalement contre les réseaux de distribution de stupéfiants, c’est-à-dire par les services de police municipaux ou les équipes d’enquêtes et de coordination sur le crime organisé du corps policier provincial, explique l’inspecteur Guy Lapointe, directeur des communications à la Sûreté du Québec.

Ces différents groupes impliquant plusieurs corps policiers ont permis de saisir 120 kilos de cocaïne, 2,5 millions de comprimés de drogues de synthèse, 114 kilos de MDA (matière première utilisée pour produire les drogues de synthèse), plus de 2 millions de dollars et 163 armes à feu au Québec depuis le 1er janvier dernier.

Des opérations découlent également du travail réalisé par ces différentes escouades, dont le projet Objection réalisé au printemps dernier et qui visait à démanteler des réseaux de trafic de stupéfiants, notamment dans les secteurs de Granby et de Cowansville.

Plusieurs individus ont alors été arrêtés. Un des suspects recherchés, Stéphane Maheu de Roxton Pond, s’est livré aux autorités en se présentant dans une salle d’audience du palais de justice de Montréal cette semaine après une longue cavale. Il a été condamné à six ans de prison.

«Quand on a fait le projet Objection, le but était de venir frapper où ça fait mal, c’est-à-dire en détruisant des réseaux bien implantés. On frappe directement dans les revenus. On a frappé à tous les niveaux simultanément», rappelle l’inspecteur Lapointe.

Présence accrue

Une autre escouade composée de patrouilleurs, d’enquêteurs et d’agents de renseignements de la SQ spécialement formés a été créée pour intervenir lorsque surviennent des problématiques ponctuelles aux quatre coins de la province. Cette unité, baptisée Division de l’intervention sur le crime organisé, a vu le jour après la présence remarquée de membres en règle des Hells Angels et de leurs supporters à l’exposition agricole de Saint-Hyacinthe, à l’été 2017.

«C’est la première fois qu’on a vraiment constaté qu’on avait un problème, que ces gens-là s’affichaient en toute impunité», explique le directeur des communications à la SQ. Les équipes de cette escouade ont à ce jour initié 104 dossiers criminels, principalement en matière de stupéfiants et de bris de condition. Ils ont exécuté 73 mandats divers et relevé 69 infractions pénales au Code de la sécurité routière ou des règles de la Régie des alcools des courses et de jeux, par exemple.

Ces policiers ont aussi interpellé 369 individus reliés aux bandes de motards hors la loi depuis le 1er janvier dernier, indique l’inspecteur Lapointe en entrevue avec La Voix de l’Est.

Les autorités policières estiment qu’il y a présentement pas moins de 400 sympathisants et 87 membres en règle des Hells Angels au Québec.

«Il ne faut pas se leurrer: les Hells Angels ont pratiquement le monopole en matière de contrôle de territoire au Québec. Ils n’ont pratiquement pas d’opposition. Dans ce contexte-là, on veut maintenir la pression et continuer à être là et à intervenir régulièrement.»

Il y aurait trois principaux clubs de supporters présents en Estrie et en Montérégie: les Devils Ghosts à Sherbrooke, Les Gladiateurs à St-Jean-sur-Richelieu et les Demons Choice sur la Rive-Sud.